Critiques

Sur 3 pattes : Voyage initiatique

Sur 3 pattes reconstitue le voyage initiatique de Caméra qui quitte son dépotoir et s’enfonce dans la forêt. La scène initiale propose un tas de détritus où vient s’éteindre un ours malade. Le tas d’immondice bouge, respire et s’agite de petites bêtes dont un écureuil chapardeur qui trouve un briquet et l’emporte avec lui en le protégeant de tous: un «C’t’à moi» répétitif qui deviendra un leitmotiv pour les touts petits. Un coup d’aile de papillon insuffle la vie à une caméra rejetée là avec son trépied. Elle entreprendra alors un long voyage à travers la forêt où elle rencontrera un orignal et son faon, des papillons et des lucioles que vient animer Philomène, une vieille femme sorcière ou magicienne, la Mère-Terre en somme, qui jongle avec les forces de la nature.

Ce voyage initiatique, c’est d’abord le regard. La métaphore de la caméra invite à explorer le monde avec un œil curieux. Il faut savoir observer, avoir une vue d’ensemble, mais zoomer aussi sur le petit, glisser sa lentille dans l’antre des bêtes. Utilisant également un procédé de projection de vidéo d’animation avec acétates et marionnettes, le Théâtre de l’œil nous convie au roulement du temps, aux forces naturelles où s’opère une métamorphose permanente. Les jours et les nuits passent, les saisons se succèdent, des animaux meurent, d’autres naissent, les forêts brûlent et le vert toujours se pointe à travers les cendres. Les gros plans permettent de suivre la fourmi accrochée à un ballon qui proférera l’autre leitmotiv puisqu’elle traverse toute la pièce, parfois en direct, parfois médiatisée sur l’écran avec le poignant cri « Ooooooh nooooon ! », où une pointe de désespoir arrache des rires à la salle.

Pour  ce théâtre sans texte soutenu par la remarquable narration sonore de Michel F. Côté, chaque parcelle de l’univers est une marionnette. Les personnages tels Caméra, Philomène mais aussi les animaux, et enfin le décor : la forêt, la lune, les herbes et arbustes, les bestioles, la lumière même animée dans des marionnettes objets qui sont des feuilles, des brindilles, des troncs d’arbres calcinés.

Ce conte philosophique envoûte par la fluidité des rencontres, la naissance de la nature, l’engloutissement du dépotoir. Les auteurs Simon Boudreault et Richard Lacroix ont su éviter une morale naïve, ils invitent plutôt à découvrir dans les cycles de la nature le sens de la vie. Et si mon jeune compagnon de quatre ans était bien triste du décès de l’ours, il s’est entiché de Caméra et Philomène, celle qui fait surgir papillons et lucioles au cœur du monde.

Sur 3 pattes

Scénario de Richard Lacroix et Simon Boudreault

Mise en scène par Simon Boudreault

Une production du Théâtre de l’Oeil, présentée aux Gros Becs à Québec du 6 au 22 décembre 2011

 

Alain-Martin Richard

À propos de

Il vit et travaille à Québec. Artiste de la manœuvre et de la performance, il poursuit en parallèle un travail de commissaire, de critique et d’essayiste.

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