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Sous la peau, la nuit : Percer la pénombre

Le bruit des pas dans la rue, dans la pénombre brumeuse. Ainsi débute la dernière création de la chorégraphe Danièle Desnoyers (Le Carré des Lombes), Sous la peau, la nuit, pour six interprètes (Tal Adler Arieli, Karina Champoux, Paige Culley, Bernard Martin, Pierre-Marc Ouellette et Anne Thériault). Les longues jambes fines des trois danseuses, souliers à talons, entonnent littéralement une gestuelle inspirée des danses des années 40. Cette inspiration ponctuera la pièce, donnant un twist, un swing, au travail physique détaillé, décortiqué des interprètes.

Au cœur de ce cabaret, la nuit revêt un caractère tantôt illicite, tantôt humoristique. Des jeux de pouvoir et de séduction prennent forme. Les séquences – ou les numéros – se succèdent avec des transitions toutefois peu originales, fades. Plusieurs histoires, rêves ou complots, s’élaborent ainsi, hésitant entre l’humour, le geste formel et l’expressivité théâtrale. Les corps se déploient, bras et jambes allongés puis entrelacés, et fouettent l’air au rythme de la musique. Les coups d’épaules semblent vouloir ébranler le mur de minuit, le cœur prêt à sortir à travers les plis du corps. Entre élans et manipulations, certains duos, desquels naît une sensualité douce, naïve, dévoilent un charme. On y retrouve à quelques reprises l’impulsion musicale et l’énergie brute, dénuées de toute affirmation, propres à la chorégraphe. L’image des danseuses pendues, suspendues, chevelure en désordre, sur les pieds en l’air des danseurs est belle. Des étreintes se développent, se brisent puis se soudent à nouveau. 

Et la nuit tourne… les corps de même. La musique électro-acoustique, aux accents dramatiques, est entrecoupée de silences, de courts intermèdes qui se veulent souvent humoristiques. Puis, quelques flashs viennent faire vaciller cette nuit traversée par des battements de corps. On attend le vertige. Le propos ou la réflexion sur le pouvoir expressif de la danse à l’origine de cette pièce apparaît peut-être trop volontaire ou manque alors de chair pour percer la pénombre. Ou est-ce la mise en scène qui ne réussit pas à occuper, à texturer l’espace, à trouver le souffle liant ces voies nocturnes ? On glisse davantage sur la peau de cette nuit, plutôt que d’y plonger pleinement à la recherche de mystères, de silences vibrants. On guette l’éclaircie, l’ébranlement qui annonce l’aube.

 

Sous la peau, la nuit
Chorégraphie Danièle Desnoyers
Une production Le carré des lombes, présentée à l’Usine C jusqu’au 4 juin
Dans le cadre du festival TransAmériques

 

 

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