Critiques

Flots, tout ce qui brille voit : Rêverie océane

Au loin, une douce musique se fait entendre. Lanterne à la main, L’Homme-qui-parle (Guy Daniel Tremblay) invite les enfants à le suivre sur son chemin de cailloux, de coquillages et de petites lumières scintillantes. Au bout de ce chemin, se tient une tente blanche, vaporeuse, enveloppante comme un cocon. À l’intérieur, nous accueille L’Homme-qui-chante (Josué Beaucage), entouré des instruments – banjo, harmonica, accordéon, sitar – avec  lesquels il fera jaillir, peu à peu, un ondoyant paysage sonore. Par délicates touches impressionnistes, son compagnon et lui font naître sous nos yeux un univers de bord de mer, petit monde de sable et de rêve où les poissons se transforment en oiseaux, et les oiseaux, en étoiles.

Destinée aux tout-petits de 18 mois à 5 ans, cette création du Théâtre des Confettis est un enchantement. Dans cette minuscule tente plantée au cœur du Théâtre Prospero, qui accueille cette année les spectacles à petite jauge de la Maison Théâtre, c’est une expérience captivante qui se met en place. Faite de bric et de broc, la scénographie imaginée par Erica Schmitz se transforme au gré des ondulations du récit: sur une corde à linge, passent un navire, une salière (il faut bien assaisonner la mer!) et quelques carrés de ciel; sur une table, qui se métamorphosera bientôt en surface de projection, se rencontrent des fioles d’eau et de sable, des brindilles et des cailloux qui font apparaître un rivage; au plafond, enfin, se balance un mobile alors qu’au bout de deux cannes à pêche dansent des méduses. Lorsque celles-ci surgissent, plusieurs des enfants, jusque-là tranquillement assis sur leur coussin, bondissent en lançant des exclamations. Les vaporeuses créatures aquatiques les taquinent, effleurent les têtes, frôlent les doigts, puis elles repartent, bientôt remplacées par des ombres chinoises de baleines et de tortues marines.

Si la complicité est palpable entre les deux interprètes, une connivence se tisse aussi, tout au long du spectacle, entre ceux-ci et les jeunes spectateurs. Immergés dans un univers onirique, où la linéarité de la fable le cède à la juxtaposition des images et à la sensorialité (on hume, on touche, on se laisse bercer par les sons), les bambins participent du déroulement du spectacle et font de Flots, tout ce qui brille voit un plaisir partagé.

Lorsque, à la fin de la représentation, L’Homme-qui-parle s’assoupit sur le sable, son compagnon décroche la lanterne et nous invite à le suivre à l’extérieur de la tente. Sur la pointe des pieds, les enfants s’échappent du cocon et reprennent le petit chemin lumineux. Au bout de celui-ci, L’Homme-qui-chante murmure à chacun quelques mots et lui offre un caillou qu’il tire d’un seau. Trésor en poche, les bambins retournent à la maison, emportant avec eux le chant de la mer et quelques éclats de beauté. Dans le programme du spectacle, la conceptrice et metteure en scène Véronique Côté écrit que «Faire du théâtre pour bébés, c’est (…) le contraire du cynisme. C’est de l’espoir à l’état brut. C’est tenter de parler avec le début du monde». Il est à espérer, vivement, que ce dialogue se poursuive.

Flots, tout ce qui brille voit

Conception et mise en scène: Véronique Côté. Scénographie, costumes et éclairages: Erica Schmitz. Musique: Josué Beaucage. Distribution originale: Josué Beaucage et Guy Daniel Tremblay. Une production du Théâtre des Confettis. Présenté par la Maison Théâtre dans la salle intime du Théâtre Prospero jusqu’au 5 janvier 2014.

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