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Koalas : La vie est un songe

On pourrait comprendre Koalas de Félix-Antoine Boutin comme une pièce sur la dépendance affective. Cela aurait sans doute été suffisant pour apprivoiser ce jeune auteur de 25 ans, qui a déjà mené à terme cinq projets distincts depuis sa sortie de l’École nationale en 2012 et semble disposer d’une voix à la puissance certaine.

Après tout, nous connaissons tous des gens ayant planté leurs griffes dans l’être aimé dans la peur de le voir prendre la fuite, tout comme cet attachant marsupial qui confond homme et arbre. Pourtant, Koalas va bien au-delà du théâtre de la cruauté des relations intimes, abordées de façon tantôt surréaliste, tantôt naturaliste. Pensée comme une longue didascalie écrite au conditionnel, dans laquelle les personnages aussi bien que l’auteur s’interrogent à voix haute sur les gestes qu’ils pourraient (ou auraient dû) avoir posés, la pièce se lit comme une réflexion sur le doute, notre incapacité à avancer, notre propension à rejeter sur les aléas de la vie des choix non assumés, des rêves non assouvis, des liens non explorés.

Ce premier texte du dramaturge (ici dans sa troisième et finale mouture, après avoir été présentée à Zone Homa en 2012 et à l’OFFTA en 2013) n’est certes pas exempt d’excès, tout comme la mise en scène que Boutin signe également, qui rappelle par moments les débordements qui accompagnaient son Sacre du printemps (Tout ce que contiens) monté en clôture de Zone Homa en 2013. Une propension certaine ici et là à en mettre trop, à en faire trop, à maximiser parfois à plus ou moins bon escient le côté performatif chez ses acteurs, pourtant tous entièrement investis dans le processus de création et de transmission.

De la même façon, si le concept de ces liquides et confettis rouges qui se répandent évoque bien le temps qui passe quand l’indécision nous paralyse et la mollesse des personnages (particulièrement Paul, qui laisse le hasard influer sur le cours de sa vie, en toute circonstance ou presque), le spectateur n’avait peut-être pas besoin que l’on déverse sur la scène un cageot de fausses pommes pour comprendre le message.

Le spectateur pourra contempler le tout tel un objet insolite – comme cette étrange nature morte dans laquelle les dites pommes jouent un rôle essentiel au premier acte. Il pourra aussi accepter de le percevoir comme un reflet, volontiers grossissant, rarement flatteur, de ses propres indécisions.

Koalas

Texte et mise en scène : Félix-Antoine Boutin. Scénographie : Odile Gamache. Éclairages : Émilie Martel et Julie Basse. Musique : Nans Bortuzzo. Avec Marie-Line Archambault, Philippe Boutin, Sébastien David, Daniel Desputeau et Juliane Desrosiers Lavoie. Une production de Création Dans la Chambre. À la salle Jean-Claude Germaine du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 25 octobre 2014.

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