Critiques

Effets secondaires : Officine pour apprentis-sorciers

Dans l’antre d’une pharmaceutique puissante, deux jeunes s’engagent comme cobayes pour les essais cliniques d’un nouvel antidépresseur. Pendant l’expérience, la responsable du projet constate que les volontaires font des rêves étranges, succombent à une attirance réciproque irrépressible et développent une libido incontrôlable pimentée d’excès de violence.

Entre les comportements fantasques et les actes de contrition excessifs, leur vie se dérègle. Aux prises avec un médicament dont on augmente la dose quotidienne, le couple atypique ne comprend plus ce qui lui arrive. Le dilemme se transporte entre la chargée de projet et le directeur de l’institut qui a commandé cet essai clinique.

L’intérêt du texte de Lucy Prebble réside précisément dans le conflit qui éclate alors entre les deux. Leur interprétation du phénomène diverge profondément sur le fond. Est-ce que l’on assiste ici à des effets secondaires de la nouvelle molécule où n’est-ce pas plutôt les conditions de réclusion, de proximité, la jeunesse même des cobayes qui expliquent cela.

Ici se pose la question de la médication accrue pour le traitement des problèmes de santé mentale. Le débat ne cesse de s’amplifier depuis plusieurs années dans les revues spécialisées et sur la place publique. L’économie de ce marché est si gigantesque que la raison capitaliste semble l’emporter sur la mission médicale.  

Si le texte de Prebble n’amène rien de nouveau dans le débat entre la chercheuse et son directeur — on apprend alors qu’il s’agit de son ex-partenaire —, il a le mérite de bien cerner la question et d’en faire un portrait plutôt juste. Le directeur admet à mots à peine couverts que la science, psychologie, neurologie et chimie combinées, nage dans des eaux troubles, où il est très difficile, voire impossible, de reconnaître les effets réels de la médication sur les maladies mentales et surtout de connaître les causes de celles-ci : physiques ou psychologiques ? Comme si le désir d’aider atténuait tous les scrupules. Le directeur justifie la poursuite des recherches pour psychotropes et autres Prozac par le bref répit de la souffrance. Peu importe les ravages. D’autant plus que les profits réels sont pharamineux.

Les Effets secondaires de Niveau Parking est un spectacle plutôt décevant. Comme si aucun des ingrédients ne parvenaient à s’amalgamer adéquatement pour donner vie au texte de Prebble. Agacement du spectateur devant un décor réaliste qui n’ajoute que de la lourdeur à l’ensemble, déplacements des comédiens plaqués dans cette scénographie inefficace et terriblement terre-à-terre.

Soulignons toutefois la prestation remarquable de Véronika Makdissi-Warren en chercheure, elle-même victime de dépression chronique. Lorsqu’elle rage d’impuissance, emportée dans le gouffre lugubre de la maladie mentale, sa détresse est palpable. Les autres personnages me sont apparus désincarnés, comme empêtrés sur une scène qu’ils ne parviennent pas à habiter.

Le choix d’inscrire le chaos mental dans une structure très organisée ne convainc pas. Comme si les… effets secondaires de ce choix rendaient le propos non crédible. Ici le jeu théâtral est trop manifeste pour atteindre sa cible. Nous ne sommes ni tristes, ni heureux du dénouement, nous ne sommes pas non plus interpellés par cette souffrance. Dommage. Le procès contre les multinationales de la pharmacologie ne sera pas entamé sérieusement avec cette pièce.

Effets secondaires

Texte de Lucy Prebble. Mise en scène de Michel Nadeau. Une production du Théâtre Niveau Parking. Au Théâtre Périscope jusqu’au 25 octobre 2014.

 

À propos de

Il vit et travaille à Québec. Artiste de la manœuvre et de la performance, il poursuit en parallèle un travail de commissaire, de critique et d’essayiste.

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