Critiques

A Mano : Tendre la main vers l’autre

À partir d’une boule de pâte à modeler naîtra et vivra sous nos yeux tout un petit monde d’êtres et de bêtes, animés par les mains agiles et aimantes des deux marionnettistes de la compagnie espagnole El Patio. Les Coups de théâtre ont le don partager avec le jeune public d’exquises petites formes comme celle-là, qui, sans une seule parole, étonne, amuse, ravit et émeut… en tout juste 45 minutes!

Une minuscule commode tient lieu de castelet, accueillant différents tableaux sur le thème de la rencontre: liens amicaux, mère-enfant, homme-animal, rapprochements amoureux… nos petits bonshommes ne veulent pas rester seuls une fois qu’ils ont été extirpés de leur pâte à modeler ou du tour de potier. S’esquissent alors de touchants ou drolatiques pas de deux, où l’on avance timidement vers l’autre, faisant deux pas et reculant de trois…

Les créateurs de A Mano, Izaskun Fernández et Julián Sáenz-López, manipulent avec délicatesse cet univers miniature baigné par des éclairages feutrés et accompagné par une bande sonore discrète, qui égaye ici avec des pleurs de bébé, et ajoute là une touche jazzée. Tout le regard est tendu vers l’infiniment petit, comme pour mieux appréhender les aléas du grand monde.

La majeure partie du spectacle se déroule dans la vitrine d’un «magasin de seconde main», où un petit bonhomme bien en vie côtoie, désolé, des figurines de faïence désespérément inanimées. Esseulé, et voyant les objets se vendre les uns après les autres, il tente de se créer une famille artificielle, de se divertir, de s’évader… bref de survivre à la solitude. Quand surgit dans la vitrine une «vraie» femme-poterie en terre cuite, issue de la boutique du potier voisin, la cour qu’il lui fait porte fruit. Sur La Vie en rose d’Édith Piaf, on assiste alors à leur tendre étreinte.

Mais hélas! c’est sur une note bien triste que se clôt cette ode tendre à la rencontre avec l’autre, car la vitrine se videra complètement et, même après le solde de fermeture, nul ne se fera l’acquéreur de cet attachant petit bonhomme. Un bien dur dénouement pour les enfants de 6 ans! Dans la lumière qui décline, son existence de personnage se termine seul, comme c’est notre humaine condition. Lucide, mais triste.

A Mano

Une production d’El Patio Teatro (Espagne). À l’Usine C, à l’occasion des Coups de théâtre, jusqu’au 18 novembre 2014.

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