Critiques

Ils étaient quatre : Réjouissant party

Ils étaient quatre, quatre amis de jeunesse qui aimaient boire, danser, séduire les filles. Avec la trentaine, leurs chemins ont commencé à diverger un peu, ils réussissent plus ou moins bien professionnellement et sont rendus à différents stades sur les plans affectif et familial.

Mais ce soir, ils se retrouvent pour faire la fête dans un loft montréalais entourés d’artistes, peintres, danseurs, comédiens. L’alcool coule à flot, la MDMA met tout le monde de bonne humeur, la coke rend volubile. Et puis il y a cette fille, LA fille, une rousse superbe qu’ils lorgnent tous du coin de l’œil, celle par qui la dynamique de leur amitié sera à jamais altérée.

Dans cette nouvelle création de la compagnie Orange noyée (dont on se rappelle les enthousiasmants Un et Deux), chacun des quatre interprètes (Éric Bruneau, Guillaume Cyr, Jean-Moïse Martin, Mani Soleymanlou) joue son propre rôle, et la réalité se mêle allègrement à la fiction : Mani y est ici dépeint comme un acteur et auteur de théâtre obsédé sexuel; Éric, vedette de la télé, s’afflige de ce que les femmes prennent ses marques de tendresse pour des preuves d’amour; Guillaume, récemment installé en banlieue, s’interroge sur son tout nouveau rôle de père; et Jean-Moïse, fauché, un peu rabat-joie, n’est pas trop sûr de ce qu’il veut faire de sa vie… Ce party déjanté va réveiller la bête endormie en chacun d’eux.

Ce que nous offre Ils étaient quatre, ce n’est ni un véritable portrait de génération, ni une réflexion pénétrante sur la masculinité, mais plutôt une démonstration des excès qui nous sont parfois nécessaires pour nous sentir exister. On y parle certes de sexe (beaucoup), d’argent, de famille, et de quête du bonheur, mais sans sortir des lieux communs, chose qui, toutefois, devient plus acceptable pour le spectateur lorsque la pièce avance et que les facultés des protagonistes sont de plus en plus affaiblies par la drogue et l’alcool.

Ce qui séduit dans cette pièce ce n’est donc pas la profondeur de la pensée qui y est déployée, mais bien son humour et son énergie dévastatrice. La complicité entre les comédiens est palpable, et l’autodérision dont ils font preuve est désarmante. Vêtus de noirs et chaussés de baskets (la marque de fabrique de Soleymanlou, qui signe la mise en scène et a coécrit le texte avec Mathieu Gosselin), plantés chacun devant un haut-parleur, se déhanchant sous des lumières clignotantes, ils nous font remuer en rythme sur nos sièges et ressentir de manière tangible l’ambiance de cette soirée décadente. On sort à la fois galvanisés et ravis de ce qui est somme toute une célébration de l’amitié.

Ils étaient quatre

Texte de Mani Soleymanlou et Mathieu Gosselin. Mise en scène de Mani Soleymanlou. Une production Orange noyée. Au Théâtre La Licorne jusqu’au 3 avril 2015.

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