Critiques

Straight : Crise de la trentaine

Cette année, dans la vaste programmation du Zoofest, on ne trouve que trois spectacles étiquetés théâtre. Pour un festival qui se réclame d’être le pendant montréalais du Fringe d’Édimbourg, avouons que c’est bien peu. Les organisateurs du Zoofest, un événement qui est décrit comme «givré et multi-genre», auraient-ils de la difficulté à mettre la main sur des productions théâtrales qui sont «déjantées, voire dérangeantes»? La question se pose.

Cela dit, l’un des spectacles de cette année, Straight, d’un humour grinçant, un brin subversif, s’inscrit parfaitement dans la programmation du Zoofest. C’est le comédien Guillaume Tellier qui a eu l’idée (excellente) de traduire et adapter la pièce de D. C. Moore, un auteur britannique né en 1980.

Lors d’une soirée bien arrosée, Louis et Ferdinand, amis depuis des lustres, franchement hétérosexuels, franchement orgueilleux, font un pari : tourner ensemble un «film d’art érotique» qui sera présenté dans un festival. Dans une chambre d’hôtel, ils auront à tester les limites de leur courage et de leur amitié.

Cette intrigue vous est familière? C’est normal puisque la pièce, créée en 2012, est inspirée de Humpday, un film de l’États-Unienne Lynn Shelton sorti en 2009 et mettant en vedette Mark Duplass et Joshua Leonard. Vous avez peut-être aussi vu le remake français, Do Not Disturb, avec Yvan Attal et François Cluzet, sorti en 2012.

L’art du dialogue

Interrogeant l’amour et l’amitié, l’engagement et la liberté, mais surtout la sexualité des hommes qui refusent de se dire qu’ils ont expérimenté dans ce domaine tout ce qui méritait de l’être, la pièce est implacable. Les dialogues, traduisant à merveille l’oralité des échanges tendus, avec tout ce que ça implique de sous-texte logé dans les silences et les hésitations, sont pour beaucoup dans l’intérêt du spectacle. Tellier transpose parfaitement l’action et les références dans le Québec d’aujourd’hui.

La mise en scène de Jean-Simon Traversy est simple et efficace. Après tout, il s’agit d’abord et avant tout d’un théâtre d’acteurs. Entourés de spectateurs, les quatre comédiens livrent une performance enlevante. Marie-Claude Guérin incarne la conjointe de Louis, celle dont les convictions sont mises à rude épreuve. Anne Trudel campe l’actrice porno amateure, celle qui va tout déclencher. Dans les rôles de Louis et Ferdinand, qui leur vont comme un gant, Guillaume Tellier et Benoît Mauffette sont désopilants, parfois même touchants, jamais cabotins.

Le seul défaut de cette pièce? Elle est trop courte! On aurait aimé en savoir plus sur les états d’âme des personnages. Sur les retombées de cette nuit à l’hôtel dans les vies amoureuses et sexuelles de Louis et Ferdinand. On reste un peu sur notre faim. Ce qui, on vous l’accorde, est déjà mieux que de sortir du théâtre gavé. À quand une suite?

Straight

Texte : D. C. Moore. Traduction et adaptation : Guillaume Tellier. Mise scène : Jean-Simon Traversy. Avec Marie-Claude Guérin, Sarah Laurendeau (en remplacement d’Anne Trudel), Benoît Mauffette et Guillaume Tellier. À la Chapelle, à l’occasion du Zoofest, jusqu’au 28 juillet 2015. Au cabaret du 4e, au Monument-National, à l’occasion du Zoofest, du 8 au 24 juillet 2017.

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