Critiques

Un animal (mort) : Se perdre à la lisère du sens

Ce ne sont point les chants des oiseaux exotiques, ni le rugissement du lion agonisant, mais une douce complainte expérimentale qu’on entend dans cette savane. L’animal dont il est question dans la dernière création de Félix-Antoine Boutin, tient bien son nom d’Anima, du latin « âme », puisqu’il est question de cette énergie qui gronde en chacun de nous, de cette soif de survie qui nous anime et ne parvient pas toujours à nous ressusciter dans Un animal (mort).

La scénographie remarquable, signée Odile Gamache, happe d’entrée de jeu le spectateur, alors qu’il prend place au sein de cet écosystème végétal et se retrouve plongé dans une atmosphère tamisée à la lueur des lampions. L’autel du fond, décoré par des offrandes de fruits et d’autres objets symboliques n’est pas sans rappeler une thématique présente tout au long de la pièce : celle du rituel initiatique.

L’auteur et metteur en scène, en deuxième année de résidence au Théâtre d’Aujourd’hui, en est déjà à sa cinquième production, une suite à ses œuvres qui explorent le sens sacré du rituel telles que Koalas, Les dévoilements simples et Orphée Karaoké. Inspiré d’un conte indochinois dans lequel les personnages meurent et ressuscitent dans des lieux et des situations parfaitement inusités, Un animal (mort) questionne les apparences et la notion de cycle, alors que les personnages « surgissent » des herbes hautes, se présentent et s’évaporent, se reconstruisent, se survivent, suivant un rythme fataliste.

À mi-chemin entre la fable et le rêve, on assiste aux confidences, parfois griffonnées sur un bout de papier, que nous livrent dans un langage métaphorique ces êtres qui semblent lutter pour s’inscrire dans l’histoire qui leur échappe. Sans prénom, la « jeune vierge » (Juliane Desrosiers Lavoie) laissera aussitôt sa place à son homologue Marie-Line Archambault, « la petite crisse » installant volontairement une confusion, marquée par leurs costumes identiques.

La distance avec laquelle ces changements s’opèrent donne l’impression que les comédiens enfilent un masque et le repose pour en choisir un autre dans un ballet minutieusement orchestré où un profond vide cherche à être comblé. L’auteur cherche à transposer l’histoire dans un espace hors du temps, où la mort n’est plus rien d’autre qu’une étape de survie et où les personnages tenteront un instant de se transcender avant de disparaître parmi les taillis.

Toutefois, bien qu’on puisse percevoir à travers ce fouillis de métaphores une véritable proposition artistique originale, on se perd dans les torrents de mots qui noient trop souvent le sens du propos. Somme toute, les comédiens relèvent avec courage le défi lancé par ce texte énigmatique en offrant de belles performances et en unissant leurs voix en de savants chœurs portés par la musique berçante de Stéphane Lafleur.

Un animal (mort)

Texte et mise en scène : Félix-Antoine Boutin. Dramaturgie : Marilou Craft. Scénographie : Odile Gamache. Éclairages : Julie Basse. Musique : Stéphane Lafleur et Christophe Lamarche. Avec Marie-Line Archambault, François Bernier, Lise Castonguay, Juliane Desrosiers Lavoie, Marcel Pomerlo et Sébastien René. Une production de la compagnie Création Dans la Chambre. À la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 26 mars 2016.

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