Critiques

La Mort des Éternels : Le bateau vif

Marc Charlebois

Les Éternels Pigistes célèbrent cette année leur 20e anniversaire et, pour l’occasion, se produisent à deux reprises : d’abord à la Licorne avec ce spectacle écrit par Isabelle Vincent, et à l’automne, au TNM où Marie Charlebois mettra en scène une nouvelle pièce de Christian Bégin, Pourquoi tu pleures… ? Ces trois comédiens, ainsi que Pier Paquette, qui complète le quatuor, se retrouvent sur la scène, quinquagénaires, à l’heure des bilans, pour jouer La Mort des Éternels, un ultime périple qu’ils désignent comme leur « suicide artistique »…

Marc Charlebois

Eux, qui nous ont donné de mémorables moments théâtraux au cours de ces deux décennies, ont-ils tenté le diable avec une telle entrée en matière pour cette création ? S’agira-t-il effectivement de leur dernier tour de piste ? Ce serait dommage, mais force est de constater que, cette fois, la magie n’a pas opéré… La matière même de la pièce était-elle trop autobiographique, ne leur permettant pas de prendre le recul nécessaire pour transmettre leurs questionnements ?

Embarqués sur un voilier, à destination d’un nulle part qui pourra les faire sortir de leur zone de confort, les alter ego des comédiens se retrouvent confrontés, à bord de l’embarcation, à la présence inattendue et encombrante de leurs parents, pourtant décédés, pour certains, depuis plus de 30 ans ! Ainsi, alors que Pier apparaît sous les traits de la distinguée Mme Virginia, perruque et robe à col de fourrure, Isabelle et Marie incarnent leurs pères peu instruits, Charly et Marlo, véritables obsédés sexuels avec leurs ballons en forme de pénis érigés, et Christian, affublé d’une robe à bourrures, joue sa mère Laura, hystérique et iconoclaste.

Marc Charlebois

Si ces personnages de composition offrent des occasions de performances intéressantes aux deux acteurs masculins, on ne peut en dire autant des rôles des pères interprétés sans éclat, et avec beaucoup de bafouillage, par les comédiennes. Les grotesques jeux de mots et les dialogues où se mélangent pensées philosophiques, humour grinçant et crudité des propos partent dans tous les sens. Il devient bien difficile pour le spectateur de s’accrocher à la fable et d’en saisir les tenants et aboutissants. Riant jaune, on se désespère d’assister à un tel naufrage…

Malgré une scénographie évocatrice, de voiles tendues et de projections des vagues de la mer, les interprètes semblent souvent figés, debout dans leur barque, sans qu’on ne croit trop à ce voyage improbable. Le propos, entre désir de disparaître ou de transmettre, ne nous apparaît pas très clairement et, surtout, comme devant un objet étrange et hermétique, on s’attache peu à ce qui se passe sur scène… Si le collectif vit toujours, son bateau sombre ces jours-ci à la Licorne.

La Mort des Éternels

Texte : Isabelle Vincent. Mise en scène : Claude Desrosiers. Décor : Sarah Lachance. Costumes : Virginie Thibodeau-Urbain. Éclairages : Erwann Bernard. Musique : Ludovic Bonnier. Vidéo : Éric Gagnon. Avec Christian Bégin, Marie Charlebois, Pier Paquette et Isabelle Vincent. Une production des Éternels Pigistes. À la Licorne jusqu’au 7 mai 2016.

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