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In memoriam Jean Salvy

Radio-Canada

Jean Salvy est mort le 28 novembre 2016, à 83 ans, dans le sud de la France. Il était arrivé au Québec en 1972, après avoir rencontré Louise Marleau lors d’un tournage. Leur union, qui a duré douze ans, a donné naissance à une fille, Sarah-Jeanne Salvy, aujourd’hui psychologue.

Surtout homme de télévision (il avait dirigé les émissions dramatiques à Radio-Canada de 1995 à 1999) cinéaste et scénariste (il a enseigné un temps à l’UQAM), il avait aussi signé plusieurs mises en scène au théâtre. Par exemple, il avait dirigé Yvette Brind’Amour au Rideau Vert dans Harold et Maude en 1979. Mais l’actrice qu’il aimait le plus diriger – et qui aimait par dessus tout être dirigée par lui –, ce fut Louise Marleau, même après la fin de leur union conjugale !

Salvy m’avait confié un jour qu’il aimait travailler au minuscule Café de la Place (devenu aujourd’hui la salle Claude-Léveillée de la Place des Arts), avec des acteurs si proches des spectateurs. Il appelait cela du théâtre « à bout portant ». C’est là que Louise Marleau a atteint son apogée dans le rôle-titre de Mademoiselle Julie de Strindberg, pièce reprise à la première Quinzaine internationale du théâtre de Québec en 1984, où elle a récolté un prix d’interprétation des mains d’un jury présidé par la célèbre Liv Ullman.

Louise Marleau, dirigée par Salvy, excelle aussi dans le rôle de la violoncelliste handicapée de Duo pour une soliste de Tom Kempinski, qu’elle joue en français et en anglais, dans plusieurs salles à partir de 1988. Réduite à l’immobilité (son personnage étant atteint de sclérose en plaques), la comédienne, minutieusement dirigée, se confiant à son psychiatre (Benoît Girard), explorait les infinies nuances d’un jeu où l’émotion était à couper au couteau… Salvy l’a aussi dirigée de main de maître dans des œuvres de Racine, Pinter ou Tennessee Williams.

Comme son compatriote et aîné d’une dizaine d’années Jean Faucher, qui a fait des merveilles en dirigeant à la scène son épouse Françoise, ou son autre et prolifique compatriote Daniel Roussel, plus jeune d’une dizaine d’années, Jean Salvy excellait dans les nuances du jeu psychologique, épousant toutes les ressources des acteurs. Louise Marleau reconnaît que c’est grâce à lui – mentor autant que conseiller – que sa carrière a pris un tournant, quand elle est passée de la jeune première un peu passive à la comédienne mûre, forte et énergique.

Michel Vaïs

À propos de

Docteur en études théâtrales, membre de la rédaction de JEU, il écrit dans la revue depuis le premier numéro. Secrétaire-général de l’Association internationale des critiques de théâtre depuis 1998, il voyage beaucoup à l’étranger.

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