Critiques

Une mort accidentelle (Ma dernière enquête) : Une société en perdition

Suzane O'Neill

François Archambault nous a habitués à une écriture directe et synthétique avec des pièces souvent ancrées dans le réel comme Tu te souviendras de moi, qui a connu un gros succès l’an dernier. Sa nouvelle création, Une mort accidentelle, présentée à la Licorne, est à ce titre surprenante. La première scène, qui sert d’amuse-bouche à l’intrigue, est déstabilisante parce qu’elle brouille les pistes dramatiques habituelles. Le jeu autant que les dialogues sont beaucoup trop gros, on a l’impression d’être dans une comédie loufoque ironisant sur le thème du mensonge.

Suzane O'Neill

Philippe Désormaux (Pierre-Yves Cardinal), jeune chanteur gagnant d’un concours télévisé, vient de tuer accidentellement sa compagne, Lucie D’Amour (Marie-Pier Labrecque), une populaire animatrice de télévision. Au lieu de prévenir les secours, Philippe panique, simule une agression et va tout raconter à son père, ministre du gouvernement, et à sa mère. Ensemble, ils vont décider d’inventer un mensonge pour le protéger, sans savoir où cela va les mener. Ils vont rapidement trouver sur leur route un enquêteur un peu dépressif et paresseux.

Le postulat de la pièce est assez peu crédible, et le reste de la trame narrative plonge allègrement dans l’absurde. Au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête, le propos devient toutefois plus consistant. L’auteur dresse un constat navrant de la société actuelle où la popularité et les interactions sur les réseaux sociaux ont pris la place de l’honnêteté, de l’honneur et de l’empathie. Même le jeu des comédiens évolue tranquillement vers plus de justesse et de réalisme. Il reste toutefois un déséquilibre entre l’émotion soutenue de certains seconds rôles – magnifiques Micheline Bernard et Roger La Rue – et le jeu, très premier degré et sans nuances du personnage central, Pierre-Yves Cardinal.

Suzane O'Neill

La dictature des réseaux sociaux

On ne peut qu’être déstabilisé par le cynisme arrogant du jeune chanteur, de son père ministre, ou de sa belle-mère et gérante, pour lesquels le regard et la perception du public sont plus importants que la vérité. La pièce nous renvoie l’image d’une société assoiffée d’informations en continu, peu importe qu’elles soient vraies ou fausses, et dans laquelle le regard des autres et le besoin de reconnaissance de chacun est élevé au rang de diktat.

Même la chute de la pièce, assez grotesque, permet de montrer l’insensibilité de notre monde face à la justice et au sens commun.

Ainsi, la mort de quelqu’un est moins importante que le nombre de commentaires et la valeur de l’émotion qu’elle va susciter sur les réseaux sociaux. En est-on vraiment arrivé là?

Une mort accidentelle (ma dernière enquête)

Texte : François Archambault. Mise en scène : Maxime Dénommée. Avec Annick Bergeron, Denis Bernard, Micheline Bernard, Pierre-Yves Cardinal, Stéphane Jacques, Marie-Pier Labrecque, Roger La Rue et Marie-Hélène Thibault. Assistance à la mise en scène : Marie-Hélène Dufort. Décor, costumes et accessoires : Elen Ewing. Éclairages : André Rioux. Musique : Éric Forget. Direction artistique du spectacle : Jean-Denis Leduc. Une Production de La Manufacture. Au Théâtre La Licorne jusqu’au 25 février 2017.

3 commentaires

  1. Michel Vaïs
    Michel Vaïs

    Je suis d’accord avec cette critique. Ce n’est pas une très bonne pièce. L’intrigue est plutôt invraisemblable.

  2. Gilles Marsolais

    Cette pièce d’humour noir (très noir!) doit être reçue au second degré, comme une fable sur le monde assez désespérant dans lequel nous vivons. Tout y passe: amour, famille, politique, médias, etc. Le texte incisif déstabilise constamment le spectateur partagé entre le rire et l’effroi. François Archambault a l’art de se réinventer et de nous surprendre. La mise en scène est efficace et le jeu des acteurs de haut niveau. Ce spectacle mérite d’être repris et de rejoindre un vaste public.

    • Sylvie b..

      Bien d’accord. nous avons adoré et beaucoup ri, mon fils et moi.). intelligent, et quand je raconte à mon mari, beaucoup de choses à dire. C’est vrai que le fils dans la pièce à un jeu superficiel, mais ça marche.

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