Critiques

Le Canard, la Mort et la Tulipe : Leçon de vie

Miha Fras

La qualité de la programmation du Festival de Casteliers, dédié aux arts de la marionnette pour adultes et pour enfants, dont la 12e édition se termine ce dimanche, se confirme d’année en année. La découverte d’œuvres et de démarches artistiques d’ailleurs, trop rares sur nos scènes, se révèle particulièrement instructive pour le public comme pour les créateurs québécois de ce type de théâtre.

Le spectacle Le Canard, la Mort et la Tulipe du Théâtre de marionnettes de Ljubljiana, en Slovénie, consiste en une adaptation scénique de l’album de l’illustrateur allemand Wolf Erlbruch. Destiné aux enfants de 5 ans et plus, cette proposition d’une grande douceur, conte poétique sur l’amitié et la fragilité de chacun devant l’existence éphémère, séduit d’emblée. Vêtues d’une longue tunique, blanche et beige à carreaux, deux comédiennes-manipulatrices accueillent leur public en chanson, l’une accompagnant l’autre au violon. Après quelques phrases de présentation… en français, ce qui a exigé un bel effort de leur part, elles nous invitent, joyeuses, à monter sur la scène du Théâtre Outremont, où leur spectacle, intimiste, profitera de la proximité avec l’auditoire.

Miha Fras

Polonca Kores et Asja Kahrimanović Babnik jouent et chantent en slovène, un interprète, Jean-François Beauvais, traduisant à quelques reprises les scènes qui viennent de se dérouler sous nos yeux. Une barrière langagière qui semble avoir déstabilisé davantage les adultes que les petits, tous s’étant cependant laissés charmés par l’ambiance chaleureuse, un peu mystérieuse, créée notamment par la musique et le théâtre d’ombres qui composent l’essentiel de la représentation. Un canard et un squelette figurant la Mort, formes découpées aux membres articulés, tiennent lieu de personnages que les actrices aux mines expressives animent avec dextérité.

Quand la Mort explique la vie

La Mort tourne autour du Canard, qui sent sa présence avant de l’apercevoir. Après s’être assuré qu’elle n’est pas venue le chercher, le volatile interroge sa nouvelle compagne, l’entraîne vers l’étang, où il plonge, insouciant, alors qu’elle est rebutée par le froid de l’eau. La Mort a froid, le Canard offre son aide pour la réchauffer… Les deux amis dansent, font des cabrioles en riant, jouent aux échecs, tirent à la corde, les écrans – toiles tendues entre des piquets de bois – s’animant de figures virevoltant dans des jeux de lumière, une actrice saisissant une de ces toiles, dansant à son tour avec l’écran où se poursuit la valse enjouée.

Mais ce qui doit arriver arrive : la Mort finit par déposer une tulipe pourpre sur le corps sans vie du Canard, le poussant à dériver sur l’eau après l’avoir gratifié d’une dernière caresse. « Quand la Mort vit le Canard disparaître, dit le texte, elle en fut presque chagrinée, ainsi va la vie… » En traitant de façon toute simple un thème d’une gravité extrême, cette œuvre offre une réflexion d’une grande subtilité. Les artistes slovènes la portent avec un plaisir évident, communicatif.

Le Canard, la Mort et la Tulipe

Texte : Wolf Erlbruch. Mise en scène, scénographie et éclairage : Fabrizio Montecchi. Marionnettes : Federica Ferrari, d’après les illustrations de Wolf Erlbruch. Musique : Mitja Vrhovnik Smrekar. Traduction : Dominique Joly. Composition musicale : Jera Ivanc. Corrections linguistiques : Irena Androina Mencinger. Avec Polonca Kores et Asja Kahrimanović Babnik. Interprète en français : Jean-François Beauvais. Une production du Théâtre de marionnettes de Ljubljana (Slovénie), présentée au Festival de Casteliers, sur le plateau du Théâtre Outremont, les 10 et 11 mars 2017.

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