Critiques

Bras de fer : Saut en longueur

Shanti Loiselle

La Roulotte, célèbre théâtre familial ambulant, atteint cet été sa 65e saison. Bras de fer, la pièce de Mathieu Héroux, mise en scène par Jean-Simon Traversy, est une histoire d’océan et de cour d’école qui a le grand mérite d’exposer les jeunes spectateurs à l’expérience d’un jeune réfugié.

Après avoir donné vie aux aventures du Baron de Münchhausen, du Magicien d’Oz, d’Hansel et Gretel, de Fifi Brindacier et de combien d’autres héros et héroïnes de contes et de légendes populaires, les administrateurs de la Roulotte ont décidé l’an dernier de lancer un concours d’écriture afin de susciter la création de textes intégralement inédits. La première lauréate de cette compétition organisée par la Ville de Montréal, le Centre des auteurs dramatiques, le Conservatoire d’art dramatique de Montréal et l’École nationale de théâtre était Lauriane Derouin. Sa pièce, Les Déculottés, a été présentée l’été dernier dans une mise en scène d’Isabelle Leblanc.

Mathieu Héroux, deuxième lauréat du concours, a imaginé avec Bras de fer un récit initiatique dont le héros, un robot de 11 ans, faits son entrée dans une école secondaire montréalaise après avoir franchi l’océan à bord d’une embarcation de fortune. Bras de fer et ses parents espèrent une vie meilleure. Avec du courage et de la détermination, on peut traverser mer et monde, semble nous dire l’auteur. Pour s’intégrer, notamment en rejoignant l’équipe de ballon-chasseur de son école, le jeune robot devra en quelque sorte se réparer, faire la paix avec son passé, appendre à vivre avec les séquelles de son voyage, mieux encore, en faire une force, une extraordinaire singularité.

Mais pour un champion du saut en longueur, un garçon dynamique, intelligent et optimiste, il n’est pas facile d’accepter de vivre avec de la rouille dans les articulations et de mauvais souvenirs dans la tête. D’autant qu’il est victime de l’intimidation des Wannabeibers, Jean Jean (Antoine Charbonneau-Demers) et le Suiveux (Maxime Isabelle), deux apprentis rappeurs qui ne réalisent pas encore les ravages que peut causer l’exclusion. Mais Bras de fer (Gabriel Favreau) a également des alliées : sa professeure, Mme Bonny (Joanie Guérin), drôle, perspicace et sensible, mais surtout Suzy (Myriam Gaboury), une jeune fille aussi allumée et courageuse que lui.

Shanti Loiselle

Les comédiens, doués, ne ménagent pas leurs efforts. La mise en scène table sur d’astucieux changements de décor, elle fait appel à de jolies marionnettes, des costumes et des accessoires colorés, de la musique et des chansons entêtantes, sans oublier quelques chorégraphies bien rigolotes. Sans jamais verser dans le didactisme ou la leçon de morale, le spectacle traduit l’immense pouvoir de la création, le caractère salvateur de la mise en récit, la nécessité qu’il y a, pour un individu aussi bien que pour un peuple, à exprimer d’où l’on vient pour savoir où l’on va.

S’il est heureux que Jean Jean, le Suiveux, Suzy et Mme Bonny prennent part aux mises en scène de Bras de fer, on est encore plus ému de les voir enfin, dans les derniers instants de la représentation, donner au garçon les moyens de raconter lui-même les histoires qui l’habitent. Voilà qui est fort inspirant, et pas seulement pour les jeunes spectateurs.

Bras de fer

Texte : Mathieu Héroux. Mise en scène : Jean-Simon Traversy. Scénographie et accessoires : Catherine Goerner Potvin. Costumes : Philippe Massé. Son : Mykalle Bielinski. Marionnettes : Joannie D’amours. Avec Antoine Charbonneau-Demers, Gabriel Favreau, Myriam Gaboury, Joanie Guérin et Maxime Isabelle. Une production de la Roulotte. Dans les parcs de Montréal jusqu’au 23 août 2017. Gratuit.

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