Critiques

Ti-Marc (le grand!) : En quête de soi

Suzane O'Neill

Cet été, au Théâtre du Bic, les Gens d’en bas présentent le troisième volet de la «trilogie maritime» de Cédric Landry. Après Pierre-Luc à Isaac à Jos (2009), qui lui a permis d’être finaliste au prix Michel-Tremblay et lauréat du Prix de la relève artistique du Bas-Saint-Laurent, puis Raphaël à Ti-Jean (2012), l’auteur originaire des Îles-de-la-Madeleine offre un conte comique, une quête identitaire, un voyage initiatique touchant et inspirant.

Suzane O'Neill

Si les deux premières pièces s’intéressaient à l’affirmation de soi et à la résolution de conflits familiaux dans un milieu rural traditionnel, celle-ci décolle rapidement du réalisme de la situation pour nous entraîner dans un monde onirique où la poésie et la philosophie côtoient la drôlerie, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Jeune homme orphelin, dont le développement identitaire a été perturbé par la mort accidentelle de ses parents, Ti-Marc a nourri son rêve de partir d’innombrables contes marins et de récits d’explorateurs. Surtout, il ne se voit pas passer sa vie à «crisser du homard dans des cannes», même si ses ancêtres l’ont fait de père en fils.

Son grand-père Pépé, joué avec la bonhomie et l’espièglerie de celui qui en a vu d’autres par un Normand Lévesque très en forme, a beau vouloir le faire changer d’idée, son petit-fils a pris sa décision de partir. Il affrontera la mer sur un radeau… Tout en l’aidant aux préparatifs, en lui fournissant vivres et boisson, Pépé offre à Ti-Marc un carnet de conseils de survie qui lui sera très utile, et la source de moments hilarants. On s’en doute, la solitude du marin sur l’océan sera pénible, et sa rencontre avec un goéland qui parle, Jonathan Go, si elle lui fait craindre la folie, lui apporte aussi un réconfort inattendu. D’autres rencontres marqueront son parcours.

Suzane O'Neill

Jeu d’acteurs, ombres et marionnette

Pour donner vie à l’univers de l’auteur, au style imagé, multipliant les formules, dont quelques-unes servant de leitmotivs aux personnages, le metteur en scène et directeur de la compagnie, Eudore Belzile, a misé sur des acteurs solides et sur des astuces visuelles et sonores efficaces. Il nous permet notamment d’apprécier, dans le rôle-titre, plusieurs facettes du talent de Steven Lee Potvin, diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 2016, qui assume avec vivacité le personnage, successivement déterminé, craintif, amoureux, exubérant. Il brille dans une chanson folk, s’accompagnant au ukulélé et à l’harmonica, et atteint un niveau de drôlerie irrésistible dans un duo de gars soûls avec Christian E. Roy, qui incarne avec brio un reporter du New York Times parachuté par un hélicoptère pour réaliser une série d’articles sur le marin solitaire. Ce qui donne lieu à quelques remarques acerbes sur le rôle des médias créateurs d’informations…

Pour sa part, Julie Renault est l’amoureuse provisoire de Ti-Marc, dont l’indépendance lui fait échapper à toute relation fusionnelle durable. Leur idylle, chacune de leurs phrases entrecoupées de «je t’aime», connaît son apogée dans un jeu d’ombres chinoises. C’est elle aussi qui manipule, à vue, la marionnette de Jonathan Go, le goéland parlant chiac, nanti d’un fort caractère. Ce personnage à part entière contribue à l’humour et à l’onirisme de l’ensemble. Il faut dire que tous les personnages sans exception se révèlent à travers leur accent, madelinot, français de France, anglo-américain. Un travail sur la langue porté par le ludisme de la parole assumée et la fierté de son appartenance identitaire.

Suzane O'Neill

Parti pour le Nord du Nord, à la découverte de lui-même, Ti-Marc le grand, conquérant de l’inutile, revient à son point de départ, enrichi par l’expérience et plein d’espoir. Se concluant par une chanson du répertoire de Bob Dylan, adaptée en français, Puisses-tu rester jeune à jamais, donnée par les quatre interprètes, ce spectacle rend hommage par maints clins d’œil à la culture traditionnelle, sans être folklorique. Il se déguste comme un bon produit d’un terroir régional qui semble connaître une renaissance, tel le phénix qui sert de modèle au héros.

Ti-Marc (le grand!)

Texte : Cédric Landry. Mise en scène : Eudore Belzile. Scénographie, costumes et accessoires : Marc Senécal. Éclairages : André Rioux. Musique et son : Antoine Létourneau-Berger. Marionnette : Christine Plouffe. Vidéo : HUB Studio/Antonin Gougeon-Moisan. Avec Normand Lévesque, Steven Lee Potvin, Julie Renault et Christian E. Roy. Une production du Théâtre les gens d’en bas. Au Théâtre du Bic jusqu’au 12 août 2017.

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