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Réjean Ducharme : 1941-2017

Claire Richard / Gallimard

Romancier, dramaturge, scénariste et sculpteur, Réjean Ducharme, né à Saint-Félix-de-Valois, le 12 août 1941, est mort à Montréal le 21 août 2017. «Je ne suis né qu’une fois. Cela s’est fait à Saint-Félix-de-Valois, dans la province de Québec. La prochaine fois que je mourrai, ce sera la première fois. Je veux mourir verticalement, la tête en bas et les pieds en haut.»

Mathilde Corbeil

On doit à Ducharme quatre pièces de théâtre : Le Cid maghané (1968), Ines Pérée et Inat Tendu (1968), Le Marquis qui perdit (1969) et Ha ha!… (1978). De L’Océantume à L’Hiver de force en passant par La Fille de Christophe Colomb, plusieurs de ses romans ont été adaptés à la scène.

Le milieu littéraire et théâtral québécois est en deuil. Voici quelques témoignages glanés sur Facebook…

Sylvain Scott : «Comme pour beaucoup de mes collègues, c’est avec une grande tristesse que j’apprends la mort de Ducharme. J’ai eu l’immense privilège de me frotter à son univers à deux reprises (L’Océantume, La vraie vie est ailleurs). Ducharme reste pour moi une large fenêtre sur des paysages trop peu fréquentés mais combien ennivrants. J’ai envie, j’ai besoin aujourd’hui de célébrer ce géant et de me rappeler ses phrases coups de poing. J’ai une pensée aussi pour mon ami Martin Faucher qui a été celui par qui Ducharme est entré dans ma vie.»

Sophie Cadieux : «Merci de nous avoir offert ce refuge. Tu m’as mis au monde, sauvée, désespérée et réconfortée. Tu m’as mis tant de fois à l’envers et tant de fois enlignée. Je pleure. Voilà 26 ans que je te porte toujours quelque part en moi. Aujourd’hui, je me sens vieille comme Bérénice. Bye Réjean. Claire va te lire quelque chose de l’fun.»

Vincent Giard

Érika Soucy : «Réjean Ducharme est mort. Et moi je pleure en écrivant dans un café. Merci pour Bérénice. Merci pour tout.»

Stéphane Laporte : «Adieu Réjean Ducharme, il a fait du québécois, une langue émouvante, poétique, triste et drôle à la fois. Une langue de blessés résistants.»

Gabriel Nadeau-Dubois : «Le Québec est en deuil de Réjean Ducharme. Sachant si peu de choses sur lui, il ne nous reste maintenant plus que ses mots, beaux et révolutionnaires.»

Théâtre des Fonds de Tiroirs : «Aujourd’hui le TFT est en deuil. Nous avons fait Le cid maghanéInes Pérée et Inat Tendu, Les bons débarras. Frédéric [Dubois] a monté Dévadé, À quelle heure on meurt?, Ha ha!… Réjean Ducharme, tu as rejoint ta muse. Merci pour tout ce que tu as fait pour le Québec et notre langue.»

Tristan Malavoy : «Il a beau faire 30 degrés, voilà une nouvelle qui force l’hiver… Reposez en paix Monsieur Ducharme, et merci pour tous ces lumineux moments de lecture.»

Anne-Marie Olivier : «La nouvelle tombe et nous laisse devant un vide immense. Réjean Ducharme : poète, romancier, dramaturge, parolier, scénariste et, pour moi, un être libre, un éternel enfant, un être blessé, sauvage, rieur, le vireur à l’envers de dictionnaire, le bum de notre littérature, le fou d’amour, le joueur invétéré. Il faut le relire, le jouer et le réeentendre pour que sa parole unique demeure vive; cette parole si libératrice, jouissive, assumée, qui nous a fait tant de bien et nous en fait encore.»

Marc-André Towner

Gabriel Anctil : «C’est le plus grand joueur de mots qu’aura connu le Québec. Celui qui a exploré comme personne la musique et les possibilités ludiques de la langue québécoise. Son joual était révolutionnaire et décolonisé.»

Eugénie Beaudry : «Merci monsieur Ducharme. Merci de m’avoir rassurée en me laissant glisser un œil à l’intérieur de votre esprit. Bon repos, grand fantôme.»

Ines Talbi : «Merci d’avoir fait croire à ma maman qu’Ines était un nom Québécois. Je le porte avec fierté.»

Danièle Lévesque : «Merci Réjean Ducharme de vos mots, de vos images, de vos personnages qui m’ont tant inspirés, et qui vont hanter à jamais ma mémoire…»

Péristyle Nomade

Martin Faucher : «1987, 1988, Suzanne Lemoine, Benoit Vermeulen et moi, nous lisions tout, tout tout, tout de Réjean Ducharme, romans, théâtre, paroles de chanson, pour ce qui allait devenir À quelle heure on meurt?, la plus belle matière littéraire que j’ai travaillée au théâtre. Presque 30 ans plus tard, je peux citer des phrases entières de Ducharme et être ému. C’était, et c’est tellement beau. Tellement. Tellement. Tellement. Ducharme c’est Montréal et le Québec qui clament au monde entier des mots, des sensations qui n’appartiennent qu’à nous. J’aurais tellement à dire. Mes visites chez Ducharme sur la rue Notre-Dame, puis sur la rue Quesnel. Claire, sa Claire partie l’an dernier. J’aurais tellement à dire, beaucoup. Je suis triste oui, mais je suis heureux. Ducharme n’a-t-il pas écrit : “Fuck, qui manchent da marde!”? Réjean Ducharme m’a rendu riche à jamais de Chateaugué et Mille Milles, d’André et Nicole, de Bérinice et Constance Chlore, de Colombe Colomb aussi. J’aurais tellement à dire.»

Alain Farah : «je ne savais pas tu étais où / mais depuis que j’avais appris à lire / je savais que tu étais là / c’est fini maintenant / ça me donne des coups au coeur / je viens de replacer tes livres / près du petit corbeau / merci Ducharme.»

Péristyle Nomade

Charlotte Laurier : «Je suis sous le choc. Je parlais de lui aujourd’hui même à un jeune Français et je lui racontais qu’il avait été le premier auteur québécois à être publié chez Gallimard. Réjean Ducharme, c’est mon père spirituel. Il m’a donné la parole et la colère pour me défendre, toute jeune déjà. C’est rare un rôle qui marque à ce point. C’est comme si il avait joué avec mon ADN. Après toutes ces années, je me suis construite et la chose la plus belle c’est de se sortir de cette colère. Heureusement, j’ai rencontré Claire sa compagne, qui m’avait dit des mots tendres de la part de Réjean. Les bons débarras reste le plus grand film dans lequel j’ai joué, et cette intensité je l’ai toujours recherché dans le jeu. Merci Réjean, j’ai su braver la tempête ! Fais de beaux rêves Ducharme !»

Catherine Larochelle : «Un auteur qui a ouvert bien des portes dans mon esprit et qui, du même coup, m’a élargi le cœur, tout en me donnant une envie féroce de la poésie brute.»

Péristyle Nomade

Louis-Dominique Lavigne : «Le roi est mort! Vive le roi! Il était le roi des mots. Le roi de l’enfance. Le roi des espaces ludiques. Le roi du Chat noir. Le roi de l’hiver de force. Le roi des eaux gelées de la rivière des Outaouais. Le roi du restaurant Les Quatre coins de L’Île-Perrot. Le roi du Marché Atwater. Le roi de plusieurs des meilleures chansons de Robert Charlebois. J’aime tant son théâtre. Ses romans aussi. Que j’ai lu comme de grandes aventures du langage. Des voyages. Au-delà des récits. Au-delà des personnages et de leurs enjeux. J’ai embarqué dans ses aventures. Je me rappelle de tous les endroits où j’ai lu ses livres. Dans les cafés. Le métro. Installé dans mon auto. En pleine tempête de neige. Dans les salles d’attente. Partout. Jamais chez moi. L’écriture de Ducharme m’invitait à sortir de mon salon. À aller jouer dehors. Comme un enfantôme. Un dévadé. Avec Claude Gauvreau, Réjean Ducharme est mon dramaturge québécois préféré. Un phare. Que plusieurs de nos metteurs en scène ont monté avec tant d’inspiration. […] J’aime ses textes parce qu’ils sont d’une audace fulgurante. Ils font confiance aux mots. D’une manière presque aveugle. Au-delà de tout. Ils proposent des univers qui sortent des lois habituelles du théâtre. Ses phrases sont uniques. Elles jouent avec les mots. Elles les font se rencontrer comme pour la première fois. Elles les propulsent en pleine liberté. Elles les font danser au-delà des personnages et des situations. Elles nous mènent quelque part qui ne ressemble à rien. Et nous, spectateurs, on aime ça. Parce qu’on ne décroche pas. Jamais. Ducharme invente. Démesurément. Mais il pense à nous. Jamais il ne nous abandonne. Avec Réjean Ducharme, on s’écarte joyeusement, mais on n’est jamais perdu. Alors on le suit. Jusqu’en des endroits inimaginables. Hyperréalistes, oniriques, crus, fantaisistes, tragiques… vivifiants. Et quand le spectacle est terminé. On rentre chez soi. Enchantés. Oui. C’est peut-être le bon mot. Réjean Ducharme, en défiant cette sorte de réalisme un peu mièvre qui enferme nos vies, nous invite au cœur de ses mots fous et nous enchante. Merci Réjean Ducharme! Et ce n’est pas fini. C’est ça qui est formidable avec les écrivains. Ils ne meurent pas. Tu n’es pas mort, Réjean. Tes œuvres sont éternelles. Elles vont nous faire rêver encore longtemps. Tant mieux. Nous en avons tellement besoin.»

Péristyle Nomade

Éric Noël : «Je me souviens de finir Le nez qui voque et d’être tellement en colère que j’avais lancé le livre au bout de mes bras, sur le mur, à l’autre bout de ma chambre. Et je me souviens que les larmes montaient et que je respirais plus comme un gars qui venait de se sauver d’un ours qu’un gars qui venait de finir un livre. Je me souviens de terminer L’hiver de force au soleil couchant en marchant sur le viaduc Brien au-dessus de l’autoroute 40 à Repentigny pour rentrer chez mon père. Je me souviens de la tristesse abyssale qui m’avait saisit, mais aussi de la fulgurance de cette émotion qui surpassait à la fois la tristesse et la laideur du paysage devant moi: j’étais tellement en vie. Et j’avais l’impression que c’était les mots que je venais de lire qui faisaient battre mon coeur. Je me souviens aussi, c’était à l’époque où je pensais encore être un acteur pas pire, avoir eu la belle naïveté d’accepter de jouer André dans une adaptation théâtrale de cet Hiver de force mise en scène par Justine Philie… Je me souviens que les mots étaient nombreux, très nombreux, mais qu’ils s’apprenaient tout seul parce que la langue de Ducharme coule comme l’eau du Fleuve: avec une force inimaginable, mais sans le moindre effort. Je me souviens de rédiger à l’université une étude comparée de L’hiver de force et d’Ines Pérée et Inat Tendu sur le thème du refuge. Je me souviens que ça m’avait profondément touché de me rendre compte que Ducharme, presque systématiquement, même dans le drame et la brutalité, offrait un refuge à ces personnages… C’est une leçon que j’espère avoir retenue, en écriture comme dans la vie…»

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