Critiques

Ça! : Un monde de mots

Paul-Patrick Charbonneau

Sur la «scène intime» de la Maison Théâtre, le très jeune public de 2 à 5 ans est installé en demi-cercle, au plus près de l’aire de jeu, lové pour ainsi dire autour d’une scénographie tout en rondeur: une structure en arcs d’ogive, créant un espace enveloppant mais ouvert sur l’extérieur. Comme le monde des tout-petits.

Paul-Patrick Charbonneau

Ça!, ce sont les objets essentiels qui composent leur univers: la doudou, le biberon, la couche, le toutou, la poussette, le lit… Dans de courts tableaux, chaque objet donne lieu à une histoire toute simple, flirtant parfois avec la comptine en quelques phrases rimées. Le Théâtre de Quartier connaît mieux que quiconque ce public d’âge préscolaire et s’adresse à lui avec finesse et intelligence, de sorte que les plus jeunes comme les plus «grands» y trouvent leur miel. Signé Louis-Dominique Lavigne et Étienne Lepage, le texte est plaisant et vif, avec un vocabulaire riche mais facile à saisir dans les contextes familiers qui sont mis en scène ici, et avec juste un zeste de joyeuse insolence (autour du «c.a.c.a», les enfants hurlent de rire!).

Dans cet espace-cocon, Milva Ménard, habillée d’une combinaison courte de bébé, parle presque à l’oreille des bambins, dont c’est pour la plupart la première sortie au théâtre. Mais ils sont loin d’en être timorés! Interpellant la comédienne, ils acquiescent, renchérissent, veulent montrer leurs connaissances… Leur écoute est maintenue tout au long des 40 minutes du spectacle, heureux enfants tantôt éclaboussés de fantaisie lors de la rencontre incongrue d’un crocodile dans un verre d’eau, tantôt flottant dans l’onirique au gré de l’imaginaire d’un personnage qui vole avec un oiseau!

Paul-Patrick Charbonneau

Si ce sont les mots qui sont à l’honneur, la mise en scène de Lise Gionet les illustre de belle façon, notamment avec des accessoires surdimensionnés: la main réconfortante du papa est ainsi un gant géant qui recouvre tout le bras de la comédienne, main enveloppante dont elle entoure son corps; le biberon, gigantesque aussi, se mue en tambour… Les sons sollicitent l’attention des petits esprits, comme aussi les effets d’éclairage ou l’utilisation polyvalente d’une grande poche de tissu qui subit des métamorphosent créatives, de la doudou à l’oiseau, en passant par le lit…

Ce joli spectacle du Théâtre de Quartier est une ode à l’univers enfantin qui chaque jour s’élargit: monde de découvertes illimitées que les petits curieux explorent les yeux ronds. Il suffit de quelques nouveaux mots pour que le regard embrasse de nouveaux horizons, un autre point de vue, comme l’enfant du dernier tableau qui voit le monde d’en haut: «Quand on connaît le mot oiseau, on peut s’envoler. Quand on connaît le mot loin, on peut rêver.» Le noir tombe sur cette promesse de plaisirs infinis… Ces petits spectateurs hauts comme trois pommes connaissent désormais le mot théâtre, et tous les possibles qu’il recèle.

Ça!

Conception et mise en scène: Lise Gionet. Texte: Louis-Dominique Lavigne et Étienne Lepage. Son: Martin Tétreault. Scénographie, costume et conception graphique: Amélie Montplaisir. Éclairages: Richard Guèvremont. Avec Milva Ménard. Une production du Théâtre de Quartier. À la Maison Théâtre jusqu’au 22 octobre 2017.

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