Critiques

Papoul : Un papa poule et ses poussins

Michel Pinault

C’est la narration d’une journée ordinaire dans la vie d’un papa poule qui prend soin avec tendresse de ses poussins. Sa vie est rythmée par une horloge sans pitié qui conditionne ses tâches quotidiennes. Mais cette horloge tyrannique transmet ses ordres par l’intermédiaire d’un merveilleux contrebassiste. La contrebasse devient ainsi à la fois complice de Papoul et témoin de son affection pour ses rejetons.

Michel Pinault

Le décor est construit comme un module de parc où les enfants grimpent, glissent, empruntent des passerelles. Dans ce microcosme fonctionnel et ludique, fait d’escaliers, de trappes, de petites portes, de murs qui s’ouvrent, de cylindres alimentaires, Papoul organise sa journée sous les pressions du temps et de la technologie. Du lever au coucher, il faut nourrir les enfants, les amener à la «pouletterie», préparer les repas, jouer à cache-cache… Et à travers tout cela, trouver le temps pour ses obligations professionnelles.

Le jeu des deux protagonistes se situe dans une zone expressive qui ne tombe jamais dans la caricature. Ils en font juste assez pour devenir volatiles mais pas au point de devenir volaille. Les costumes, la démarche, le rapport avec les petits empreint de tendresse amoureuse, les taquineries, tout est dosé pour rendre la chose évidente avec juste un soupçon de questionnement.

Quel est ce personnage à la contrebasse? Le grand-père, un dindon? Et quel est ce travail du papa? Que fait-il après avoir amené ses enfants à la garderie, ce travail innommé qui dure le temps d’un superbe solo de contrebasse? Et puis quel charmant clin d’œil de Papoul qui pose la question insoluble de la primauté de l’œuf ou de la poule, à l’aide d’un croquis tracé sur le mur de son poulailler. Cette question s’adresse bien sûr aux parents présents, mais doit susciter de belles hypothèses auprès des tout petits.

Pour un théâtre sans paroles

Pour cette troisième pièce qui porte sur les liens père-enfant, sur la présence amoureuse du père, Jasmine Dubé a écrit puis «désécrit» Papoul. Elle voulait voir où en était l’enfant de Petit monstre (1992), devenu papa, dans cette vie trépidante du 21e siècle. À partir d’un travail préparatoire, la contrebasse s’est imposée jusqu’à éliminer le texte de départ. Les enfants (petiots de 3 ans) apprécient le jeu expressif de Charles Dauphinais et sa complicité avec Christophe Papadimitriou, qui utilise la contrebasse pour dialoguer avec Papoul. «Trop drôle» surgit régulièrement de la bouche des jeunes spectateurs captivés.

Michel Pinault

Au cours des 32 dernières années, la directrice du Théâtre Bouches Décousues a abordé à trois reprises la présence du père comme figure aimante et attentive. Lorsque l’on parle d’éducation pour corriger les comportements machistes, le théâtre pour enfants offre une tribune exceptionnelle. Ici, la prise de conscience de la part d’un père aimant devient un modèle positif pour garçons et filles qui sont les adultes de demain.

Sous la direction artistique de Jean-Philippe Joubert, les Gros Becs proposent cette année une programmation portée par des questions philosophiques. Papoul s’inscrit parfaitement dans ce questionnement sur la relation père-enfant. Si la transposition femme-homme semble a priori un peu légère, par une simple substitution des genres, elle participe quand même à une valorisation de la tendresse au-delà de tout sexisme. En optant pour une production sans texte, ce ne sont pas les histoires racontées qui importent, mais la manière même dont Papoul s’occupe de ses enfants. Trois quarts d’heure de pur plaisir.

Papoul

Texte et mise en scène: Jamine Dubé. Scénographie et costumes: Patrice Charbonneau-Brunelle. Accessoires: Alain Jenkins. Éclairages: Luc Prairie. Musique et son: Christophe Papadimitriou. Maquillages: Angelo Barsetti. Barbichette: Rachel Tremblay. Avec Charles Dauphinais et Christophe Papadimitriou. Une production du Théâtre Bouches Décousues. Aux Gros Becs jusqu’au 5 novembre 2017. À la Salle Albert-Dumouchel (Valleyfield) le 19 novembre 2017. À la Maison des arts de Laval du 3 au 7 décembre 2017. Au Théâtre Léonard Saint-Laurent (Sherbrooke) les 4 et 5 février 2018. À la Maison des arts Desjardins Drummondville le 11 février 2018. Au Théâtre du Vieux-Terrebonne les 24 et 25 avril 2018. Au Théâtre des Deux Rives (Saint-Jean-sur-Richelieu) du 1er au 3 mai 2018.

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