Critiques

Savoir compter : Compte à rebours

Sandrick Mathurin

Cette saison, Marianne Dansereau a la chance de voir ses deux premières pièces portées à la scène. Avant de découvrir Hamster (prix Gratien-Gélinas 2015) en mars à la Licorne, on peut entrer ces jours-ci dans l’univers joyeusement angoissant de la jeune auteure grâce à Savoir compter, un texte mis en scène par Michel-Maxime Legault à la Salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Sandrick Mathurin

Chronique de banlieue, la pièce, non dénuée d’un certain suspense et d’un soupçon de romance, entrelace les destins de sept personnages aux noms pour le moins évocateurs: La Fille qui se demande combien (Patricia Larivière), La Femme qui a de la misère avec son forfait Illico (Annette Garant), L’homme qui dit: «Quand c’est rose, c’est beau!» (Jérémie Desbiens), La Fille qui compte sur ses doigts (Marion Van Bogaert Nolasco), Le Gars qui a arrêté de calculer (Sébastien Tessier), Le Gars de chez Vidéotron qui cruise des filles en file au McDo (Mathieu Quesnel) et Q-tips (Marianne Dansereau). Ce n’est qu’à la tombée du rideau qu’on saura précisément ce qui relie ces protagonistes désœuvrés, pour ne pas dire désespérés, tristes héros d’une histoire qui nous est racontée dans le désordre.

Le sujet de prédilection de Marianne Dansereau est certainement l’adolescence, cette période où les émotions sont exacerbées, pour le meilleur et pour le pire, et où les interdits, sociaux aussi bien que parentaux, ne demandent qu’à être transgressés. Bien entendu, il est essentiellement question de sexualité. On parle de désir, d’amour et de passion, heureusement, mais aussi, beaucoup, il faut en convenir, de contraception, de maladies, de consentement et d’agressions. Quand toutes les pièces du puzzle se seront remises en place, on comprendra d’où vient la faute, sur quoi s’appuie la tragédie, quel tabou a été enfreint.

Sandrick Mathurin

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la mise en scène de Michel-Maxime Legault, loin de tout réalisme, adopte un franc parti pris. Les comédiens apparaissent ainsi sur un plateau des plus exigus comme les suspects d’une parade d’identification. Inexplicablement prisonniers de ce territoire restreint, marqué par une bande de couleur suggérant par moments la touche d’un piano, ils sont immobilisés, pour ne pas dire freinés. Pourquoi leur avoir accordé si peu de moyens de faire exister des personnages qui sont pourtant agités de pulsions, emportés par des élans de vie et de mort? On ne peut pas reprocher à la vision son manque de cohérence, seulement le fait qu’elle semble priver l’œuvre d’oxygène.

Mais ce qui écrase encore plus fâcheusement le texte, c’est l’envahissante lecture des didascalies par Legault lui-même, costumé en dauphin. Le procédé, qui donne à la soirée des allures de lecture publique, alourdit la représentation à un point tel qu’on se surprend à perdre toute empathie pour les êtres de chair et de sang qui sont en quelque sorte épinglés sous nos yeux. En somme, un spectacle qui ne rend pas justice à une partition truculente, peut-être bien en étant trop respectueux envers elle.

Savoir compter

Texte: Marianne Dansereau. Mise en scène: Michel-Maxime Legault. Scénographie et costumes: Odile Gamache. Éclairages: David-Alexandre Chabot. Son: Gaël Lane Lépine. Avec Annette Garant, Mathieu Quesnel, Jérémie Desbiens, Marion Van Bogaert Nolasco, Marianne Dansereau, Michel-Maxime Legault, Sébastien Tessier et Patricia Larivière. Une production de Marianne Dansereau en collaboration avec le Théâtre de la Marée haute. À la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 1er décembre 2017.

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