Entrevues

Christine Beaulieu prend parole

Maryse Boyce

L’auteure et interprète de la pièce documentaire J’aime Hydro, qui triomphe partout en ce moment, a reçu avec émotion hier soir le Prix Michel-Tremblay du meilleur texte porté à la scène la saison dernière. Cet important prix est doté d’une bourse de 20 000$. Christine Beaulieu, qui a félicité les autres finalistes, Sébastien David, Suzanne Lebeau, Catherine Léger et David Paquet, a livré un vibrant hommage au théâtre québécois, «indémodable, nécessaire», un formidable outil pour «être ensemble», et a souligné l’apport des 45 personnes qui ont osé s’exprimer dans sa pièce.

Maryse Boyce

En entrevue pour JEU quelques minutes après la remise du prix, Christine Beaulieu s’avouait un peu dépassée par son succès: «C’est une année absolument insoupçonnée: tout ce projet fou, qui a pris trois ans de ma vie, je ne pouvais pas savoir où ça allait me mener. Ça m’a transformée, je serais incapable de m’imaginer aujourd’hui sans l’avoir fait. Cela a changé ma façon de voir notre société, la vie: avant j’étais centrée sur mon milieu, je prenais un journal pour lire les cahiers Culture et Cinéma, maintenant je m’intéresse à l’économie. Les enjeux énergétiques au Québec et partout dans le monde, c’est tellement intéressant!»

La comédienne s’étonne encore du statut d’auteure qui lui échoit, grâce à un défi artistique immense qu’elle a relevé avec brio. Ce défi, elle l’explique dans sa pièce, n’omettant rien des craintes et des découragements vécus dans le processus, mais elle redit aujourd’hui son admiration pour Annabel Soutar de la compagnie Porte Parole qui, en 2014, lui a mis sur les épaules ce projet de spectacle sur la relation complexe des Québécois avec Hydro-Québec.

Maryse Boyce

Sortir de sa zone de confort

«Le plus étonnant, dit-elle, c’est de constater à quel point c’est riche de sortir de son milieu. J’ai quitté ma zone de confort pour aller à la rencontre d’un autre milieu, ce qu’on devrait faire plus souvent. Avec les réseaux sociaux, on a tendance à se créer des microsociétés, des gangs, mais nos amis sur Facebook sont souvent des gens qui pensent comme nous: il y a un mouvement, on suit le mouvement, on se polarise beaucoup. Sortir de son milieu, c’est confrontant, on se place en position de vulnérabilité, je ne me suis jamais sentie si fragile. Comme comédienne, habituellement je joue un personnage, je suis cachée derrière lui, protégée par lui. Là, je prends parole, c’est moi, mon père, ma façon de réfléchir, ma candeur, de quoi j’ai l’air en peine d’amour… Les gens qui viennent voir J’aime Hydro ont l’impression de me connaître, et c’est vrai!»

Christine Beaulieu, qui jouait J’aime Hydro la veille à Saint-Jean-Sur-Richelieu, à partir de ce soir à Québec, se réjouit de voir des salles pleines, où le public accueille le spectacle avec enthousiasme. Sa tournée se poursuivra d’ailleurs l’an prochain. Les nombreux témoignages reçus au fil des mois la confortent dans l’espoir de changements pour le mieux.

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