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Lettre ouverte de 8 femmes en colère

Luma R. Brieuc

Aujourd’hui, le 22 mars 2018, après avoir reçu la décision arbitrale de grief entre l’UDA (Union des Artistes) et l’ACT (Association des Compagnies de Théâtre) et Volte 21 (le producteur) nous avons décidé de rendre publiques nos doléances, afin de dénoncer l’exploitation des femmes artistes et travailleuses du monde de la culture.

Nous devons conclure qu’en 2018 au Québec, les femmes artistes des arts de la scène doivent encore lutter avec force pour faire respecter leur intégrité psychologique et physique, leur talent, leur dignité, leur travail et leur rémunération. Depuis cet automne, nous nous sommes engagées dans un projet d’envergure, une œuvre théâtrale de 12 heures, prétendument sur la condition et l’émancipation des femmes et leur prise de parole dans le monde. Nous sommes 8 femmes en colère d’avoir été dupées sur le contenu, le fonctionnement, la rémunération, les exigences physiques et émotionnelles de cette production.

La production Utopie(s), mise en scène par M. Hanna Abd El Nour, vice-président et trésorier de la compagnie Volte 21 (anciennement directeur artistique du Théâtre de l’Urd à Québec) devait avoir lieu du 13 février jusqu’au 10 mars 2018 à Montréal. Après plusieurs plaintes de notre part à l’UDA (Union des artistes), le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, en signe de protestation nous avons mis fin à notre participation aux représentations de la production.

Par ce geste, nous voulions faire valoir nos droits fondamentaux, plus que bafoués, notamment les retards inadmissibles de paiement de nos cachets et ainsi cesser de subir les diverses irrégularités de la compagnie hautement irrespectueuse du travail de tous les artisans du spectacle. De plus, selon nos recherches dans le milieu artistique, certains gestionnaires semblent ne pas en être à leur première production houleuse et déficitaire. En outre, il est de notre devoir d’éveiller les consciences et d’empêcher toute autre récidive de leur part.

Par cette décision importante, nous dénonçons: le non-respect du contrat UDA et de l’entente collective qui le régit notamment: les règles de paiements; les jours, les horaires et les heures de répétition extraordinaires; la sécurité des artistes compromise; le nettoyage des costumes; les loges inadéquates; la cuisine sans tables ni chaises, etc. Le manque de transparence de la production quant à sa situation financière, cause directe de l’aggravation de notre précarité financière. Il est à noter que la clause d’exclusivité exceptionnelle nous empêchait d’honorer d’autres engagements. L’appropriation intellectuelle et artistique, et l’exploitation irrévérencieuse du matériel personnel fourni par chaque interprète. Le sentiment de vivre de l’abus de pouvoir et de la manipulation psychologique menant à un environnement de travail toxique et à la division du groupe d’interprètes.

Par notre acte de dénonciation publique, nous souhaitons: contribuer au respect du travail et des droits des artistes en particulier ceux des femmes et les encourager à dénoncer toute injustice; décourager les pratiques inéquitables et abusives dans le milieu artistique et susciter des réflexions pour la mise sur pied de mesures préventives plus adéquates et des sanctions plus sévères en cas d’injustice.

Cette année, le 8 mars, journée internationale des droits des femmes aura eu une signification particulière pour nous toutes.

Nous tenons à remercier M. Jacques Verret, conseiller en relations du travail de l’UDA pour avoir obtenu une décision arbitrale de grief en un temps record, en l’occurrence treize jours. Cependant, nous ne pourrons récupérer qu’une partie de nos cachets. Nous passons sous silence les séquelles psychologiques et physiques desquelles nous devrons nous remettre seules…

Il est à noter que la page Facebook de Volte 21 a disparu, et que tous les noms des membres du C.A. ont été effacés de leur site Internet.

Nous sommes 8 femmes, artistes d’expérience, dont des musiciennes, danseuses, chanteuses, chorégraphes, comédiennes, performeuses, artistes de cirque, artistes visuelles, enseignantes, qui ont partagé leur art sur plusieurs scènes au Québec, au Canada et à l’international.

Par ordre alphabétique, nous sommes 8 femmes en colère: Sarah Elola, chorégraphe et interprète soliste en danse africaine contemporaine; Raïa Haïdar, comédienne et performeuse; Veronica Melis, performeuse, metteure en scène, conseillère artistique et enseignante; Lousnak, arts visuels, chanteuse et comédienne; Kristin Molnar, violoniste, chanteuse, comédienne, danseuse et enseignante; Jeimy Oviedo, danseuse; Catalina Pop, comédienne et enseignante; Marina Sousa, comédienne.

3 commentaires

  1. Pourtant, Volte 21 ayant le NEQ 1168786722 est toujours en fonction et les membres de leur C.A. figure toujours au registraire des entreprises du Québec:

    http://www.registreentreprises.gouv.qc.ca/fr/consulter/rechercher/

    • Et oui! Ils croient qu’on ne peut pas les retracer et que l’internet ne contient pas de cache…. Malheureusement, aux dernières nouvelles, la sentence arbitrale n’a pas été homologuée, La compagnie s’en tire donc avec une petite tape sur la main et une fraction à payer de nos cachets.
      Nous sommes 8 Femmes, toujours en colère.

      • Et malheureusement dans tout ça, il y tout ceux sans qui il n’y a pas de spectacle; la régie, les concepteurs des costumes à la scéno, et eux, ils n’ont pas de syndicat pour les défendre.
        C’est un désastre monumental.

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