Entrevues

Sara Marchand et l’autodétermination

David Ospina

Artiste multidisciplinaire, Sara Marchand s’intéresse tout particulièrement à la création pour les jeunes publics. En 2018, elle cofonde, avec Marie Fannie Guay et Marie-Eve Lefebvre, Libre course, une compagnie dont le premier spectacle, Récit d’une chaussure, issu de deux ans de recherches en médiation culturelle et en écriture de plateau, sera présenté au festival Petits bonheurs en mai.

À l’occasion du 17e Festival du Jamais Lu, Sara Marchand dévoile Sœurs Sirènes, une pièce qui nous invite «à nous questionner sur nos préjugés et à imaginer un avenir rempli de possibles pour des enfants marginalisés». Grâce au CEAD, l’auteure a bénéficié d’une résidence d’écriture au Bic pendant trois semaines, puis dans une école primaire pendant 10 semaines. «En raison de la nature des thèmes que j’aborde, explique Marchand, la recherche prend une place très importante dans mon processus de création. De plus, je suis convaincue que les enfants et les adolescents sont tout à fait à même de comprendre des enjeux de société, et c’est pourquoi j’essaie de m’adresser à eux avec la plus grande rigueur.»

Quand on lui demande de quelle manière elle s’associe à la formule «Manifester le fragile», thème de cette 17e édition du Jamais Lu, Sara Marchand n’hésite pas à évoquer l’identité de genre: «Ça me semblait primordial de trouver une façon de l’aborder ce thème avec des enfants de 9 à 12 ans, cet âge charnière de la fin du primaire. L’important, pour moi, c’était d’en parler sans donner de réponses toutes faites, mais d’apporter des outils pour traiter la question de manière sensible et respectueuse. Mon pari, c’est de nourrir l’imaginaire des enfants – et des adultes qui les accompagnent – avec des personnages qui se déterminent. Dans Sœurs Sirènes, l’identité de genre est abordée par la fiction, mais mon espoir est que certaines réflexions suivent les spectateurs une fois qu’ils auront quitté le théâtre.»

La pièce se déroule aux abords d’une piscine de quartier, dans un contexte contemporain, mais aussi dans un territoire imaginaire dont les habitants peuvent être qui ils veulent. «Je souhaitais présenter une histoire dans laquelle tous les enfants peuvent se reconnaître, explique Marchand. Outre l’identité de genre, il est question d’amitié, de dépassement de soi, d’autodétermination, du rapport au corps et de la relation aux autres.»

Depuis novembre, le texte a été lu à des classes de Montréal, de Longueuil et du Bas-Saint-Laurent. L’auteure avoue qu’elle a été agréablement surprise de la réaction des enfants: «Certains d’entre eux étaient sensibilisés à la question de l’identité de genre, d’autres non, mais tous comprenaient les enjeux. Le plus grand défi jusqu’à maintenant, ça a été de convaincre les adultes qu’il n’est pas trop tôt pour aborder ces sujets avec des enfants de cet âge. Tous les enfants connaissent le poids du jugement d’autrui. J’espère que les adultes sauront également se laisser persuader, notamment au Jamais Lu.»

AGNES – Tu savais qu’Annette Kellermann était atteinte de la polio quand elle était petite?

CHARLI – Depuis quand tu t’intéresses à elle?

AGNES – Les médecins lui ont dit qu’elle ne pourrait plus marcher. Pourtant tu m’as dit qu’à quinze ans, elle exécutait un plongeon depuis une plateforme de vingt-huit mètres.

CHARLI – Mais Agnes, Annette Kellermann, elle a jamais perdu ses jambes. (temps) C’est ça que tu veux faire maintenant, du plongeon?

AGNES – Elle a réussi à faire des choses que personne pouvait faire avant elle. (temps) Tu trouves ça niaiseux?

CHARLI – Non. (temps) Moi aussi j’aimerais ça faire des choses impossibles.

Sœurs Sirènes

Texte: Sara Marchand. Mise en lecture: Marie-Eve Lefebvre. Avec Pascale Drevillon, Marie-Fannie Guay et Marie-Claude St-Laurent. Aux Écuries, à l’occasion du Festival du Jamais Lu, le 10 mai 2018 à 13h.

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