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Hidden Paradise : une chorégraphie citoyenne et engagée

Hidden ParadiseMaxime Robert-Lachaine

Au cours d’une entrevue à l’émission C’est pas trop tôt de Marie-France Bazzo, en 2015, à la radio de Radio-Canada, l’économiste Alain Deneault a pourfendu les grandes entreprises et les banques qui promeuvent un système de paradis fiscaux qui contourne illégalement le fisc alors que les gouvernements répètent ad nauseam qu’on dépense trop d’argent collectivement. Ce plaidoyer a tellement interpelé Alix Dufresne et Marc Béland qu’ils ont décidé de réagir en mouvements plutôt qu’en paroles. Le verbatim de l’entrevue sert donc de trame sonore à cette chorégraphie théâtrale.

Hidden ParadiseMaxime Robert-Lachaine

Durant les dix premières minutes, on écoute l’entrevue des deux protagonistes originaux au complet, alors que les deux comédiens-danseurs sont aussi en écoute attentive. Ils vont ensuite répéter le verbatim dans une chorégraphie qui met en lumière le langage paradoxal et l’urgence de changer une situation qui nous conduit inévitablement vers l’abime.

On a ensuite droit à une version accélérée qui montre l’absurdité de la situation économique et, lorsque Marc Béland manque de souffle pour finir ses phrases, c’est comme une métaphore de l’économie qui s’essouffle à venir en aide aux plus démunis alors que les riches envoient leurs fortunes à l’abri de l’impôt et ne contribuent pas équitablement à la société, bien qu’ils profitent des infrastructures, des écoles et des hôpitaux autant que tout le monde.

Dans la scène où les questions de Marie-France Bazzo, posées par Alix Dufresne, restent sans réponse, c’est la voix des banques et des multinationales qui est absente du débat et qui crée un vide sidéral.

Hidden ParadiseMaxime Robert-Lachaine

L’image des dérives de ce capitalisme déglingué, dans lequel les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres encore plus pauvres, trouve son apogée lorsque les deux comédiens-danseurs s’engagent dans une version de l’entrevue ralentie jusqu’au souffle d’intention. La violence du propos trouve un écho dans la douleur de leurs corps, qu’ils transmettent par mimétisme aux spectateurs par l’effet de la répétition.

Marc Béland prouve, à travers cette performance, qu’il est non seulement un très bon comédien parlant; mais qu’il peut aussi exprimer beaucoup plus uniquement par son corps. Sa gestuelle et sa maitrise des mouvements sont impressionnantes. Quant à Alix Dufresne, sa présence est moindre, mais son apport tout aussi solide et utile.

Hidden ParadiseMaxime Robert-Lachaine

Œuvre engagée, Hidden Paradise brise le confort du spectateur en le confrontant avec la vulgarité et la bassesse du réel. Elle prouve que l’action culturelle peut être aussi percutante et dénonciatrice que l’action politique. Plusieurs sortiront de la salle avec un sentiment de révolte et de frustration face à nos élites et à ceux qui profitent du système pour s’enrichir. Des sentiments humains et naturels en la circonstance.

Hidden Paradise

Idéation et interprétation : Alix Dufresne et Marc Béland. Dramaturgie : Andréane Roy. Composition sonore : Jean Gaudreau. Scénographie et costumes : Odile Gamache. Conception lumières : Cédric Delorme-Bouchard. Conseillères mouvement : Sophie Corriveau et Hendrickx Ntela. Direction technique et régie : Caroline Nadeau. Production déléguée : LA SERRE – arts vivants. Jusqu’au 6 novembre à La Chapelle, Scènes contemporaines.

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