Critiques

Mamma Mia! : Escapade nostalgico-festive

Mamma Mia!Laurence Labat

Située sur une île grecque paradisiaque, mettant en scène des personnages colorés sans être trop caricaturaux et axée sur une quête simple ouvrant généreusement la porte à la drôlerie, la populaire comédie musicale Mamma Mia!, créée il y a exactement 20 ans à Londres, possède bien des ingrédients de la mythique recette du succès. Quoi qu’il en soit, alors que l’absence des chansons cultes du film Fame s’était cruellement faite sentir l’an passé dans la production du même nom présentée par Juste pour rire, la plus large part du plaisir que procure le dernier opus dirigé par Serge Postigo réside justement dans le fait de retrouver les airs connus et appréciés du répertoire du groupe scandinave ABBA à partir desquels est construit le spectacle. D’autant plus qu’ils sont offerts dans leur version originale anglaise, plutôt que d’avoir été traduits, et qu’ils sont généralement fort bien interprétés, tant en ce qui a trait à la voix qu’en ce qui relève du jeu.

Mamma Mia!Laurence Labat

Tout d’abord, il y a Donna, quadragénaire qui tient à bout de bras une auberge au cœur de cet idyllique îlot hellénique, campée par Joëlle Lanctôt, qu’on a vue récemment personnifier sur scène nulle autre que Mary Poppins. Bien qu’elle affuble son personnage d’un accent québécois si appuyé qu’il en apparaît par moments forcé, elle s’avère absolument éblouissante de vérité et de virtuosité vocale dans son interprétation de la chanson The Winner Takes It All. Dommage que la mise en scène, qui ne manque par ailleurs ni de charme ni de vivacité, ne lui permette pas d’émouvoir autant à travers la mélancolique Slipping Through My Fingers.

Ensuite, il y a sa fille Sophie, sur laquelle repose l’intrigue, puisqu’elle a invité à son mariage trois anciennes flammes de sa mère susceptibles d’être son père. Elle est incarnée par la jeune comédienne Romane Denis, qui foule pour la première fois les planches et qui, quoiqu’elle apparaisse parfois gênée dans ses mouvements par sa longue perruque blonde, épate par sa voix cristalline. Si les trois hypothétiques papas sont livrés avec efficacité et diversité par Hubert Proulx, Frayne McCarthy et Éloi ArchamBaudoin, on ne saurait toutefois taire l’apport considérable des deux amies de Donna, interprétées par Sharon James (drôle et juste) et Karine Belly, qui trouve ici un savoureux rôle de Française goguenarde qu’elle sert admirablement. Chacune de ses apparitions sur scène se révèle vivifiante.

Mamma Mia!Laurence Labat

Notons qu’il est rafraîchissant que son personnage de croqueuse d’hommes amatrice de chirurgie esthétique soit aussi polyglotte. Parce que les êtres humains – entre autres les femmes – sont rarement aussi unidimensionnels que la fiction aimerait parfois nous le faire croire. Ajoutons que les personnages féminins de cette comédie musicale vingtenaire se révèlent plutôt émancipés, notamment sur le plan sexuel, ce qui contribue à l’ambiance contagieusement réjouissante qui règne sur scène.

Certaines chorégraphies auraient sans doute pu se montrer plus surprenantes et plus toniques – pensons à celles qu’a signées, aussi sur de la musique disco, Malik Le Nost, avec la collaboration de Nico Archamault, pour Saturday Night Fever. Néanmoins, les éclairages, les projections vidéo (de la mer miroitant au soleil, par exemple) ainsi que la scénographie (représentant une place publique bordée d’un côté par l’entrée de l’auberge, celle-ci pouvant prendre le centre de la scène, et même être remplacée par une chambre à coucher) sont superbes. Les changements de décor, parfaitement coordonnés, se font à peine remarquer, et le rythme général de la production prouve que Serge Postigo est un fier héritier de sa mentore Denise Filiatrault.

Mamma Mia!Laurence Labat

Bien sûr, comme la trame narrative est plutôt mince, il ne se passe que bien peu de choses entre les chansons et toutes ne possèdent pas les qualités requises pour devenir des classiques. Il est par ailleurs intéressant de noter que l’adaptation cinématographique que Phyllida Lloyd a tirée de la comédie musicale en 2008 avait omis certaines de ces mélodies, dont The Name of the Game, qui romp la cadence endiablée de la fête prénuptiale, portée par les irrésistibles Gimme Gimme Gimme et Voulez-Vous. Néanmoins, les scènes trépidantes le sont au point où on en oublie les moments plus plats. La fin de cet équivalent théâtral d’un feel good movie s’avère d’ailleurs si sémillante que son festif esprit disco s’empare du public qui en reste imprégné pendant des heures… voire des jours.

Mamma Mia! La comédie musicale

Concept original : Judy Craymer. Livret : Catherine Johnson. Traduction, adaptation et mise en scène : Serge Postigo. Musique et paroles : Benny Andersson, Björn Ulvaeus et Stig Anderson. Chorégraphies : Steve Bolton. Direction musicale : Guillaume St-Laurent. Direction vocale : Estelle Esse. Scénographie : Pierre-Étienne Locas. Éclairages : Matthieu Larrivée. Son : Louis Morneau. Projections : Émilie Fortier et Jonas Libon. Costumes : Denis Lavoie. Accessoires : Alain Jenkins. Coiffures et perruques : Louis Bond. Maquillages : Amélie Bruneau-Longpré. Avec Joëlle Lanctôt, Romane Denis, Joanie Guérin, Laurence Champagne, Karine Belly, Sharon James, Frayne McCarthy, Hubert Proulx, Éloi ArchamBaudoin, Tommy Tremblay, Guillaume Bory et Gabriel Favreau. Présenté par Juste pour rire au Théâtre Saint-Denis jusqu’au 28 juillet, puis à Québec, à la salle Albert-Rousseau du 14 au 31 août.

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