Bosch Dreams : La revanche de la dramaturgie
L’une des critiques les plus fréquentes formulées à propos des arts du cirque est qu’ils ne constituent qu’une suite de prouesses physiques sans fil narratif qui servirait à les relier ainsi qu’à leur donner un sens. Or on pourrait presque reprocher à la dernière création des 7 doigts de la main de verser dans l’excès contraire. En effet, la dramaturgie, que celle-ci passe par le texte ou par des saynètes de théâtre sans mot, de pantomime en quelque sorte, ou encore par les images mouvantes projetées sur l’entièreté de l’espace scénique, occupe une telle place dans Bosch Dreams que le cirque s’y fait, par moments, plutôt rare.
Cette pièce de commande, créée à Copenhague il y a trois ans et présentée dans de nombreux pays depuis, nous arrive bien rodée, contrairement au SisterS, de la même compagnie, que le Festival Montréal complètement cirque proposait l’an dernier. Néanmoins, il faut sans doute savoir à quoi s’attendre de ce spectacle inspiré de l’œuvre du peintre néerlandais Jérôme Bosch, et notamment de son célèbre triptyque Le Jardin des délices, afin de mieux l’apprécier. Car si les quelques numéros circassiens s’avèrent intéressants et réussis (pensons à la très élégante prestation d’équilibre donnant l’impression d’avoir lieu dans une bulle), ils ne représentent pas l’essentiel de la production. Celle-ci, plus proche d’un spectacle multimédia, repose bien davantage sur les projections (qui sont d’ailleurs tout à fait superbes) et, jusqu’à un certain point, sur l’histoire qu’elle propose, celle d’un conférencier si passionné par l’œuvre de l’artiste de la Renaissance flamande qu’il en néglige un peu sa propre fille. Il faut dire qu’il est bien occupé à contrer, auprès d’une étudiante, la lassitude sexuelle que lui inspire son union matrimoniale. Ironiquement, tout cela est aussi convenu que les tableaux de Bosch étaient originaux et subversifs.
Reste que, grâce à ses effets visuels, Bosch Dreams offre des moments fascinants. La trame sonore, diversifiée et surprenante (comprenant entre autres la chanson de Tom Waits Way Down in the Hole) accompagne aussi fort agréablement l’incarnation sur scène des créatures et personnages étranges imaginés par Bosch.
Texte : Samuel Tétreault, Martin Tulinius et Jean-Pierre Cloutier. Scénario : Samuel Tétreault, Martin Tulinius et Ange Potier. Mise en scène : Samuel Tétreault. Scénographie, costumes et masques : Ange Potier et Camille Thibault-Bédard. Éclairages : Sùni Joensen. Son : Janus Joensen. Accessoires : Hammer Juhl. Une coproduction des 7 doigts de la main et du Théâtre République présentée à la salle Pierre-Mercure jusqu’au 14 juillet.
Candide : La force du nombre
Le désormais traditionnel opus offert gratuitement, aux Jardins Gamelin, par le festival Montréal complètement cirque se déploie cette année sur une scène longiligne surmontée d’un immense cadre de métal, servant de support aux différents exploits circassiens. À l’exception de la performance sur fil de fer qui donne le coup d’envoi à la production ainsi que du numéro d’équilibre sur un échafaudage de tabourets, les prestations coupent peut-être un peu moins le souffle que celles vues lors de certaines éditions précédentes, mais l’attrait principal de Candide réside en ses mouvements de groupe (une trentaine d’artistes assaillent la scène), dont les effets sont fort bien orchestrés. Le dernier segment, constitué de plusieurs voltigeurs et voltigeuses se hissant dans cinq tissus aériens écarlates, ravit tout particulièrement. Difficile de savoir exactement ce que raconte le spectacle étant donné son iconographie hétéroclite, mais son esthétique et son contenu chorégraphique, sur fond de musique classique, se révèlent fort agréables.
Conception et mise en scène : Antony Venisse. Chorégraphies : Lucie Vigneault. Son : Maxime Fortin. Éclairages : Paul Chambers. Costumes et maquillages : Angela Rassenti. Présenté deux fois par jour aux Jardins Gamelin jusqu’au 14 juillet.
La Galerie : L’art des envolées
La dernière création de la compagnie québécoise La Machine de cirque explore le monde des arts visuels. Plusieurs expériences caractéristiques d’une galerie d’art (vernissage, contemplation des œuvres derrière des cordons de sécurité, enchères, etc.) servent de prétexte à des cabrioles plutôt imaginatives. On retrouve même, dans La Galerie, certains clins d’œil à des courants marquants de l’histoire de l’art, comme cette structure hasardeuse faite de formes géométriques et rappelant le constructivisme russe. Néanmoins, le rythme inégal de la production corrompt quelque peu le plaisir qu’on peut y prendre. Tandis que certains numéros sont vifs, étonnants et périlleux, d’autres relèvent plutôt d’un certain lyrisme qui atteint plus ou moins sa cible.
Il convient tout de même de saluer la cohérence et l’unicité de l’univers dans lequel nous invite La Machine de cirque, de même que la virtuosité de ses membres. Leurs prouesses de groupe, en main à main, en planche coréenne, en barre russe et même en jonglerie, laissent pantois·e.
Texte : Olivier Lépine avec la collaboration de Vincent Dubé. Mise en scène : Olivier Lépine. Scénographie : Julie Lévesque. Éclairages : Bruno Matte. Musique : Marie-Hélène Blay. Costumes : Emilie Potvin. Une production de La Machine de cirque présentée à la Tohu jusqu’au 14 juillet
Bosch Dreams : La revanche de la dramaturgie
L’une des critiques les plus fréquentes formulées à propos des arts du cirque est qu’ils ne constituent qu’une suite de prouesses physiques sans fil narratif qui servirait à les relier ainsi qu’à leur donner un sens. Or on pourrait presque reprocher à la dernière création des 7 doigts de la main de verser dans l’excès contraire. En effet, la dramaturgie, que celle-ci passe par le texte ou par des saynètes de théâtre sans mot, de pantomime en quelque sorte, ou encore par les images mouvantes projetées sur l’entièreté de l’espace scénique, occupe une telle place dans Bosch Dreams que le cirque s’y fait, par moments, plutôt rare.
Cette pièce de commande, créée à Copenhague il y a trois ans et présentée dans de nombreux pays depuis, nous arrive bien rodée, contrairement au SisterS, de la même compagnie, que le Festival Montréal complètement cirque proposait l’an dernier. Néanmoins, il faut sans doute savoir à quoi s’attendre de ce spectacle inspiré de l’œuvre du peintre néerlandais Jérôme Bosch, et notamment de son célèbre triptyque Le Jardin des délices, afin de mieux l’apprécier. Car si les quelques numéros circassiens s’avèrent intéressants et réussis (pensons à la très élégante prestation d’équilibre donnant l’impression d’avoir lieu dans une bulle), ils ne représentent pas l’essentiel de la production. Celle-ci, plus proche d’un spectacle multimédia, repose bien davantage sur les projections (qui sont d’ailleurs tout à fait superbes) et, jusqu’à un certain point, sur l’histoire qu’elle propose, celle d’un conférencier si passionné par l’œuvre de l’artiste de la Renaissance flamande qu’il en néglige un peu sa propre fille. Il faut dire qu’il est bien occupé à contrer, auprès d’une étudiante, la lassitude sexuelle que lui inspire son union matrimoniale. Ironiquement, tout cela est aussi convenu que les tableaux de Bosch étaient originaux et subversifs.
Reste que, grâce à ses effets visuels, Bosch Dreams offre des moments fascinants. La trame sonore, diversifiée et surprenante (comprenant entre autres la chanson de Tom Waits Way Down in the Hole) accompagne aussi fort agréablement l’incarnation sur scène des créatures et personnages étranges imaginés par Bosch.
Bosch Dreams
Texte : Samuel Tétreault, Martin Tulinius et Jean-Pierre Cloutier. Scénario : Samuel Tétreault, Martin Tulinius et Ange Potier. Mise en scène : Samuel Tétreault. Scénographie, costumes et masques : Ange Potier et Camille Thibault-Bédard. Éclairages : Sùni Joensen. Son : Janus Joensen. Accessoires : Hammer Juhl. Une coproduction des 7 doigts de la main et du Théâtre République présentée à la salle Pierre-Mercure jusqu’au 14 juillet.
Candide : La force du nombre
Le désormais traditionnel opus offert gratuitement, aux Jardins Gamelin, par le festival Montréal complètement cirque se déploie cette année sur une scène longiligne surmontée d’un immense cadre de métal, servant de support aux différents exploits circassiens. À l’exception de la performance sur fil de fer qui donne le coup d’envoi à la production ainsi que du numéro d’équilibre sur un échafaudage de tabourets, les prestations coupent peut-être un peu moins le souffle que celles vues lors de certaines éditions précédentes, mais l’attrait principal de Candide réside en ses mouvements de groupe (une trentaine d’artistes assaillent la scène), dont les effets sont fort bien orchestrés. Le dernier segment, constitué de plusieurs voltigeurs et voltigeuses se hissant dans cinq tissus aériens écarlates, ravit tout particulièrement. Difficile de savoir exactement ce que raconte le spectacle étant donné son iconographie hétéroclite, mais son esthétique et son contenu chorégraphique, sur fond de musique classique, se révèlent fort agréables.
Candide
Conception et mise en scène : Antony Venisse. Chorégraphies : Lucie Vigneault. Son : Maxime Fortin. Éclairages : Paul Chambers. Costumes et maquillages : Angela Rassenti. Présenté deux fois par jour aux Jardins Gamelin jusqu’au 14 juillet.
La Galerie : L’art des envolées
La dernière création de la compagnie québécoise La Machine de cirque explore le monde des arts visuels. Plusieurs expériences caractéristiques d’une galerie d’art (vernissage, contemplation des œuvres derrière des cordons de sécurité, enchères, etc.) servent de prétexte à des cabrioles plutôt imaginatives. On retrouve même, dans La Galerie, certains clins d’œil à des courants marquants de l’histoire de l’art, comme cette structure hasardeuse faite de formes géométriques et rappelant le constructivisme russe. Néanmoins, le rythme inégal de la production corrompt quelque peu le plaisir qu’on peut y prendre. Tandis que certains numéros sont vifs, étonnants et périlleux, d’autres relèvent plutôt d’un certain lyrisme qui atteint plus ou moins sa cible.
Il convient tout de même de saluer la cohérence et l’unicité de l’univers dans lequel nous invite La Machine de cirque, de même que la virtuosité de ses membres. Leurs prouesses de groupe, en main à main, en planche coréenne, en barre russe et même en jonglerie, laissent pantois·e.
La Galerie
Texte : Olivier Lépine avec la collaboration de Vincent Dubé. Mise en scène : Olivier Lépine. Scénographie : Julie Lévesque. Éclairages : Bruno Matte. Musique : Marie-Hélène Blay. Costumes : Emilie Potvin. Une production de La Machine de cirque présentée à la Tohu jusqu’au 14 juillet