Critiques

SLippery SLit et Si j’étais un homme : la gaieté queer

OFFTA 2020 StormMathieu Dionne

Au moins deux projets présentés au OFFTASlippery SLit et Si j’étais un homme – ont mis de l’avant ce qu’il est convenu de nommer la gaieté queer. La célébration d’une réalité qui n’a plus à se cacher et qui peut être diffusée sans compromis artistique ni justification aucune. Les projets de Nate Yaffe et d’Elle Barbara partagent le goût de la fête, un humour vivifiant dans l’exultation du corps, sans retenue et sans préjugés.

OFFTA 2020 YaffeEve Stainton

Avec SLippery SLit, le chorégraphe Nate Yaffe transpose sa pratique de la libération du corps en danse dans un monologue téléphonique qui enjoint l’auditeur ou l’auditrice à s’isoler dans une pièce de la maison pour faire fi de l’autocensure tout en se laissant aller au plaisir des sensations. Durant une demi-heure, il lit un texte qui vante les mérites du corps, de sa beauté, de ses capacités jubilatoires ainsi que des « plaisirs de l’inutile ». L’artiste suggère à l’auditeur de laisser son corps s’occuper de lui. « Un océan se bouscule en toi […] ta peau ressent tout, tout partout […] Tu es un clown sacré […] tu es une chair vibrante », dit-il dans un français laborieux, ce qui nuit quelque peu à la compréhension.

La voix suggère de sortir des conventions sociales. Les lettres « SL », comme dans « SLippery SLit », rappellent le jeu et réseau social des années 2000, Second Life, dont les millions d’adeptes dans le monde s’inventaient un avatar et une « seconde vie ». La démarche de Nate Yaffe procède du même esprit de détachement du réel et de la logique, en proposant l’existence d’un ailleurs joyeux, sensoriel, sensuel. 

Si j’étais un homme

On retrouve cette même exubérance dans le projet d’Elle Barbara, soit le tournage d’un vidéoclip, en direct sur le web, d’une version moderne de la populaire chanson de Diane Tell, « Si j’étais un homme », datant de 1980.

Le making-of interactif permet au public de commenter le travail de plateau. Pendant les pauses entre les prises de vue, la chanteuse lui explique son affection pour la chanson et pour l’œuvre de Diane Tell qui, ô surprise, se glisse parmi les 70 personnes assistant au spectacle : « Bonjour tout le monde ! Je suis en Suisse… dans les montagnes… très cool comme expérience », commente celle-ci. À la fin, les participant·es chantent en chœur avec Diane Tell et Elle Barbara. L’émotion est palpable.

Kitsch assumé et glamour à la sauce hollywoodienne comme il se doit, ce projet décomplexé et jubilatoire est une autre manière d’étaler une gaieté queer bienvenue dans les circonstances que nous vivons actuellement. Le titre de la chanson et de la performance joue évidemment sur l’ambiguïté sexuelle et il est étrange d’entendre les paroles au sujet de la ville de Bergame, qui a été l’un des épicentres de l’épidémie de la COVID-19 en Italie.

Figure majeure de l’underground montréalais, Elle Barbara est une militante qui travaille à l’organisation de la communauté trans et au « recentrage de la notion de culture noire » au moment même, doit-on rappeler, où la brutalité policière continue d’enflammer la vie aux États-Unis. Mais chanter comme elle fait et inviter à une danse des mots, comme le suggère Nate Yaffe, démontrent également que la défense des droits LGBTQ peut revêtir des habits de fête. 

SLippery SLit 

Interprétation et chorégraphie : Nate Yaffe. Traduction: Georges-Nicolas Tremblay. Photo: Eve Stainton. Présenté le 26 mai 2020 dans le cadre du OFFTA 2020.

Si j’étais un homme 

Vedette et idéation : Elle Barbara. Direction photo : Vjosana Shkurti. Montage : Alexander Storm. Direction artistique : Christopher Marlot. Maquillage : Ashley Mercier. Robe : Robyn Germanese. Illustration : Mathieu Dionne. Présenté le 29 mai 2020 dans le cadre du OFFTA 2020.

 

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