Critiques

Eldorado : Vers une promesse incertaine

Roman de l’auteur français Laurent Gaudé, Eldorado a été converti en format radio-théâtre. Cette coproduction du Théâtre Niveau Parking et du Théâtre du Trident permet au public de se glisser dans la réalité de personnes migrantes clandestines et de ceux et celles qui bénéficient de leur malheur.

Le commandant Piracci patrouille les eaux entourant l’île de Lampedusa. Chargé de la tâche paradoxale d’intercepter les voyageurs et voyageuses entassé·es sur des navires laissés à l’abandon pour ensuite les livrer aux autorités italiennes, il sera bouleversé par la rencontre d’une femme qu’il a secourue quelques années auparavant. La rescapée, brisée par la perte de son enfant à bord de l’un de ces vaisseaux du désespoir, cherche à se venger de l’homme véreux qui orchestre ces voyages vers la mort. Piracci se découvre épuisé par ce travail de gardien des frontières maritimes, puis motivé à sauver les vies d’êtres courageux à la recherche d’une existence plus clémente sur le continent européen.

Parallèlement à ce récit, Eldorado suit le parcours déchirant d’un frère et d’une sœur venu·es d’Afrique, joué·es par Leïla Donabelle Kaze et Mamoudou Camara. Dans un court segment de bulletin de nouvelles en rafale, fort réussi et révélateur de l’absurdité de la question des frontières, des conflits qui provoquent les mouvements migratoires et de la réponse internationale à cette crise, une phrase résume le privilège de ceux et celles qui n’ont pas à fuir : « N’oublions pas que ce qui nous sépare des victimes n’est que le hasard des naissances ». Marie-Josée Bastien, à la mise en scène et au montage du texte, parvient à captiver l’auditoire de ce radio-théâtre avec une direction généralement juste de la distribution, bien investie dans ce texte colossal saisissant et brûlant d’actualité.

Quelques moments d’action et de dialogues poussent la note de l’intensité et plafonnent quelque peu dans une énergie outrancière. De grands instants de beauté, livrés sobrement, viennent toutefois équilibrer l’ensemble de la proposition. La musique de Katia Makdissi-Warren et Stéphane Caron accompagne soigneusement les histoires des migrantes et des migrants, tantôt par des chants féminins berçants, tantôt telle une trme sonore trépidante de ces traversées difficiles. Un radio-théâtre vibrant, réalisé avec finesse par Charles-Étienne Beaulne, qui apporte une part de lumière et d’humanité à la quête d’une terre d’accueil propice à un nouveau départ.

Eldorado

Texte : Laurent Gaudé. Mise en scène et montage du texte : Marie-Josée Bastien. Assistance à la mise en scène : Christian Garon. Musique : Stéphane Caron et Katia Makdissi-Warren. Réalisation : Charles-Étienne Beaulne. Prise de son, mixage et bruitage : Réjean Julien. Avec Jean-Marie Alexandre, Marie-Josée Bastien, Charles-Étienne Beaulne, Mamoudou Camara, Gaïa Cherrat Naghshi, Lyndz Dantiste, Leïla Donabelle Kaze, Hugues Frenette, Israël Gamache, Nadia Girard Eddahia, Véronika Makdissi-Warren, Jean-Sébastien Ouellette et William Savoie. Une coproduction du Théâtre du Trident et du Théâtre Niveau Parking disponible en ligne.

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