Critiques

Les Mains de mon père : Connivence laborieuse

Quatre ans après la Robe de ma mère, Serge Marois a écrit les Mains de mon père. Dans les deux pièces, Émile et Gaston sont deux frères jumeaux, mais cette fois, on ne voit qu’Émile, Gaston étant simplement évoqué. Aujourd’hui adulte, il se rend à la plage en voiture (la plage était aussi le cadre de la Robe de ma mère) quand un texto de son père qu’il n’a pas vu depuis longtemps lui rappelle à quel point celui-ci lui a manqué. S’ensuit une série de scènes de réminiscences où l’on voit Émile à 10 ans, 4 ans, 9 ans, 5 ans, sans aucun ordre chronologique mais toujours avec son père. Jouant à la balle, faisant du camping, dansant le rock n’ roll ou mangeant au restaurant, il rejoue les hauts et les bas qui ont marqué sa vie d’homme. Interdiction de s’habiller en femme pour l’Halloween, fin des baisers sur la joue à 9 ans, obligation d’aller se coucher le soir quand l’heure sonne, enfin, départ inexplicable et douloureux du père un jour, avec son baluchon, car après tout, chacun n’a qu’une vie et il ne sert à rien de la sacrifier pour ses enfants.

Ce qui caractérise le texte, c’est d’abord un dialogue fait de phrases brèves, souvent d’un, deux ou trois mots. Comme s’il fallait aller à l’essentiel pour tout de suite bien se faire comprendre. Choix surprenant, mais qui témoigne d’une charmante connivence entre les deux personnages, à défaut de profondeur. Cette brièveté de la phrase est aussi, comme le cadre de la plage, un ressort cher à Serge Marois.

Quant à la mise en scène de Denis Lavalou, elle repose sur une scénographie de la surprise, remplie d’objets colorés jaillissant comme du chapeau d’un prestidigitateur. Au milieu de la scène trône une auto jaune, qui ne se déplacera pas mais qui en donnera l’impression grâce à un écran posé sur le pare-brise. Puis, le capot de la voiture se rabat pour former la table d’un restaurant branché, tandis que le toit en toile deviendra la tente où père et fils camperont sous la pluie. Constamment, des projections sur le pare-brise de l’auto ou sur le grand écran derrière feront avancer l’action sans le secours d’autre chose qu’un dialogue le plus souvent squelettique.

L’essentiel, Émile le dit, est que les mains de son père sont restés dans sa mémoire depuis qu’il l’a tenu dans ses bras, à 4 ans, pour lui laisser conduire sa voiture. Que dire de cette pièce ? Je n’y ai pas été transporté comme avec Vipérine, vue deux heures plus tôt. Elle semble atteindre son jeune public, sans doute tenu en alerte par la mise en scène, mais le texte m’est apparu plus laborieux et fabriqué qu’inspiré.

 

Les mains de mon père
Texte de Serge Marois
Mise en scène par Denis Lavalou
Une production l’Arrière-Scène
Présentée aux Écuries jusqu’au 21 novembre dans le cadre des Coups de théâtre

 

À propos de

Docteur en études théâtrales, critique au Devoir et à la chaîne culturelle de la SRC, lauréat d’un prix Hommage de la SODEP, Michel Vaïs a enseigné dans trois universités, publié L’Écrivain scénique, L’accompagnateur. Parcours d’un critique de théâtre, dirigé le Dictionnaire des artistes du théâtre québécois et traduit en français le livre de L. Tassinari, John Florio alias Shakespeare. Rédacteur émérite à Jeu, où il écrit depuis le no 1, il est secrétaire général de l’Association internationale des critiques de théâtre.

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