Dans une atmosphère légèrement enfumée, le son amplifié du public dans la salle s’interrompt brusquement. Apparaissent dans la pénombre de drôles d’épouvantails aux têtes de chiffon: chandails ou pantalons avec des bâtons de bois qui deviennent des bras ou des jambes, un visage humain apparaissant à travers eux. Ils gesticulent et se déglinguent.
Puis, six personnages se pointent sur scène: une dynamique brunette, une grande altière aux longs cheveux châtains, un petit noiraud très nerveux – Zimmermann, qui signe les chorégraphies – en collants de spandex noir et trois barbus: un inépuisable et formidable bougeur en chandail rayé, un grisonnant un peu lunatique, un gus à casquette en ridicules culottes courtes qui chante sa vie.
Dès le début de Hans was Heiri, la performance de Methinee Wongtrakoon, aussi énergique que flexible, impressionne: la vivacité et l’amplitude de ses mouvements contrastant avec sa capacité à s’immobiliser ou à se dissimuler dans une petite boîte de bois. Le personnage incarné par le chorégraphe mime de pédaler et l’imposante structure carrée divisée en quatre cases égales commence à tourner.
Cet élément d’envergure de la scénographie donne lieu aux moments les plus intéressants du spectacle, comme celui où Mélissa Von Vépy, élégante et décalée à la fois, passe d’un carré à l’autre avec une certaine lenteur, ajoutant au registre d’interprétation une couleur plus calme et une grâce fort plaisante. La mécanique du décor devient le catalyseur de l’action qui intègre une galerie de personnages improbables, dont l’agitation humoristique dérisoire, voire caricaturale fait qu’on les imagine aisément, sans doute grâce aux cases du décor, dans une bande dessinée.
Mouvement perpétuel
À la musique aux accents électroacoustiques de Dimitri de Perrot – qui officie comme DJ pendant le spectacle – s’ajoute un travail chorégraphique où l’important n’est pas tant la prouesse que le mouvement acrobatique. La mise en scène, très ludique, assaisonne le tout de chant et d’une forme de comique amalgamant loufoque, ridicule et saugrenu. Sans oublier manipulations, escamotages, apparitions et disparitions, n’ayant plus de secret pour Zimmermann & de Perrot pour qui les objets ont une âme.
Dans Hans Was Heiri, les deux Suisses-Allemands jouent même de l’illusion avec des bouts de bois qui sortent de scène tous seuls, une chaise qui se déplace par elle-même sur le plancher ou une autre tournant en équilibre sur une patte sur la platine du DJ. Ils savent utiliser astucieusement tables, chaises et panneaux comme ils l’ont fait dans leur duo Gaff Aff ou intégrer un plancher qui devient une pente comme dans Öber Öpsis.
La démarche unique de la compagnie intègre travail chorégraphique, acrobatie, et gestuelle avec un travail de mouvement pour la mécanique scénique tout autant que pour les interprètes. Les personnages se distinguent les uns des autres par une gestuelle particulière, mais ils se rejoignent parfois dans une danse de groupe ou en adoptant tous au même moment une démarche comme s’ils avaient des jambes de caoutchouc.
Visuellement, tout apparaît simple et anguleux: des cadres en bois clair et du noir, des panneaux rectangulaires, une ou deux portes, quelques objets, des meubles; les individus se détachent d’autant mieux. Le titre de cette œuvre signifie qu’au bout du compte, tout est du pareil au même, mais le propos esthétique de la compagnie, bien défini et cohérent d’une création à l’autre, apparaît particulier en cirque contemporain, même si les deux directeurs artistiques de la compagnie définissent leur travail comme du théâtre. Si on a l’impression une ou deux fois qu’on étire un peu la sauce, il s’agit d’une faible proportion du spectacle, bien rythmé, qu’il faut voir pour l’originalité de la proposition artistique et le plaisir du mouvement des corps.
Hans Was Heiri. Conception, mise en scène et décor: Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot. Production Verein Zimmermann & de Perrot. À la TOHU jusqu’au 13 octobre.
Dans une atmosphère légèrement enfumée, le son amplifié du public dans la salle s’interrompt brusquement. Apparaissent dans la pénombre de drôles d’épouvantails aux têtes de chiffon: chandails ou pantalons avec des bâtons de bois qui deviennent des bras ou des jambes, un visage humain apparaissant à travers eux. Ils gesticulent et se déglinguent.
Puis, six personnages se pointent sur scène: une dynamique brunette, une grande altière aux longs cheveux châtains, un petit noiraud très nerveux – Zimmermann, qui signe les chorégraphies – en collants de spandex noir et trois barbus: un inépuisable et formidable bougeur en chandail rayé, un grisonnant un peu lunatique, un gus à casquette en ridicules culottes courtes qui chante sa vie.
Dès le début de Hans was Heiri, la performance de Methinee Wongtrakoon, aussi énergique que flexible, impressionne: la vivacité et l’amplitude de ses mouvements contrastant avec sa capacité à s’immobiliser ou à se dissimuler dans une petite boîte de bois. Le personnage incarné par le chorégraphe mime de pédaler et l’imposante structure carrée divisée en quatre cases égales commence à tourner.
Cet élément d’envergure de la scénographie donne lieu aux moments les plus intéressants du spectacle, comme celui où Mélissa Von Vépy, élégante et décalée à la fois, passe d’un carré à l’autre avec une certaine lenteur, ajoutant au registre d’interprétation une couleur plus calme et une grâce fort plaisante. La mécanique du décor devient le catalyseur de l’action qui intègre une galerie de personnages improbables, dont l’agitation humoristique dérisoire, voire caricaturale fait qu’on les imagine aisément, sans doute grâce aux cases du décor, dans une bande dessinée.
Mouvement perpétuel
À la musique aux accents électroacoustiques de Dimitri de Perrot – qui officie comme DJ pendant le spectacle – s’ajoute un travail chorégraphique où l’important n’est pas tant la prouesse que le mouvement acrobatique. La mise en scène, très ludique, assaisonne le tout de chant et d’une forme de comique amalgamant loufoque, ridicule et saugrenu. Sans oublier manipulations, escamotages, apparitions et disparitions, n’ayant plus de secret pour Zimmermann & de Perrot pour qui les objets ont une âme.
Dans Hans Was Heiri, les deux Suisses-Allemands jouent même de l’illusion avec des bouts de bois qui sortent de scène tous seuls, une chaise qui se déplace par elle-même sur le plancher ou une autre tournant en équilibre sur une patte sur la platine du DJ. Ils savent utiliser astucieusement tables, chaises et panneaux comme ils l’ont fait dans leur duo Gaff Aff ou intégrer un plancher qui devient une pente comme dans Öber Öpsis.
La démarche unique de la compagnie intègre travail chorégraphique, acrobatie, et gestuelle avec un travail de mouvement pour la mécanique scénique tout autant que pour les interprètes. Les personnages se distinguent les uns des autres par une gestuelle particulière, mais ils se rejoignent parfois dans une danse de groupe ou en adoptant tous au même moment une démarche comme s’ils avaient des jambes de caoutchouc.
Visuellement, tout apparaît simple et anguleux: des cadres en bois clair et du noir, des panneaux rectangulaires, une ou deux portes, quelques objets, des meubles; les individus se détachent d’autant mieux. Le titre de cette œuvre signifie qu’au bout du compte, tout est du pareil au même, mais le propos esthétique de la compagnie, bien défini et cohérent d’une création à l’autre, apparaît particulier en cirque contemporain, même si les deux directeurs artistiques de la compagnie définissent leur travail comme du théâtre. Si on a l’impression une ou deux fois qu’on étire un peu la sauce, il s’agit d’une faible proportion du spectacle, bien rythmé, qu’il faut voir pour l’originalité de la proposition artistique et le plaisir du mouvement des corps.
Hans Was Heiri. Conception, mise en scène et décor: Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot. Production Verein Zimmermann & de Perrot. À la TOHU jusqu’au 13 octobre.