Entrevues

Les Contes urbains 2013 selon… Martin Bellemare

La cuvée 2013 des Contes urbains ne risque pas d’être banale! En effet, cette année, six jeunes auteurs ont pris possession de la tribune. Gageons que Martin Bellemare, Sébastien David, Rébecca Déraspe, Annick Lefebvre, Julie-Anne Ranger-Beauregard et Olivier Sylvestre sauront insuffler une énergie toute nouvelle à cette tradition du temps des Fêtes.

Les auteurs des Contes urbains 2013 ont accepté de répondre à mes questions. Consacré à Martin Bellemare, ce billet est le premier d’une série de 6.

Martin Bellemare

Diplômé de l’École nationale de théâtre en 2008, on lui doit notamment Le chant de Georges Boivin – le spectacle mis en scène par Mario Borges, avec Pierre Collin, est en tournée à travers le Québec jusqu’au 25 avril 2014 – et Un château sur le dos – le spectacle mis en scène par Marie-Ève Huot est présenté aux Gros Becs (Québec) du 3 au 8 décembre 2013. Ses textes sont publiés chez Dramaturges et Lansman.

Quel est votre plus beau souvenir du temps des Fêtes?

Je n’aime pas tellement cette question… Je ne sais pas trop. Un Noël où il n’y avait pas de neige du tout. Et puis le 24 au soir, il s’était mis à neiger. Beaucoup. C’était super. Oui, moi j’aime la neige! Sinon, la fois où moi et mon colocataire – célibataires – on était revenus à l’appartement (chacun de notre côté) avec une fille. C’était drôle et très révélateur du besoin qu’on a de chaleur humaine à cette période de l’année. C’était un 23 au soir.

Quel est votre pire souvenir du temps des Fêtes?

Je n’ai pas l’impression de mesurer mes mauvais souvenirs en fonction du temps des Fêtes. Si j’en ai, de mauvais souvenirs, ils ne sont pas liés au temps des Fêtes, ils se sont juste passés, sur le plan personnel, à cette période de l’année, c’est tout. En fait, j’ai de la difficulté à en trouver un. Je pense à une engueulade, chez nous, parce que mon frère avait pété une bouteille de vin en l’ouvrant, dans l’excitation et le stress ambiant d’arriver à faire les choses (messe, souper, cadeaux, visites, etc.) dans l’ordre et selon l’horaire. Mais je ne qualifierais pas ça de mauvais souvenir. En fait, c’est presque un bon souvenir avec la distance, je veux dire que c’est juste drôle maintenant.

Est-ce que votre texte respecte ou bafoue la tradition du conte urbain?

Je respecte la frontalité et la langue orale du genre. Le conte se déroule bien dans le temps des Fêtes et en ville. S’il bafoue la tradition, je dirais que c’est par sa structure. 

Est-ce que les gens qui connaissent bien votre écriture seront surpris de la direction que prend votre conte?

Oui et non. Oui, parce que je viens de faire une traversée d’écriture pour jeunes publics et que là, bien, c’est un conte urbain. Non, parce qu’en général, dans mon écriture, je cherche la sincérité d’une parole, d’une expérience humaine. Et je pense, du moins j’espère que c’est à peu près à ça que je suis arrivé. J’ai aussi une petite préoccupation formelle qui se retrouve ici. 

Est-ce que votre conte a quelque chose de typiquement québécois?

Les références géographiques, évidemment. Comme le veut le conte urbain. Il y a aussi la langue, orale, parce que je veux que le public reçoive sans effort d’écoute, parce que l’important est dans le ressenti. Dans la sensation de proximité. D’où les références géographiques. Qu’est-ce qui est typiquement québécois aujourd’hui? Je n’aborde pas forcément la diversité ethnique par exemple. Le typiquement québécois serait… l’incertitude? Et la spontanéité.

Avez-vous été influencé par une quelconque actualité?

Je n’ai pas puisé consciemment à l’actualité. Mais il reste que ça s’imprime en nous d’une manière ou d’une autre, dans la façon dont il est difficile, dans ce contexte, de trouver des repères solides. Quand un soulèvement amène peu de résultats, quand la corruption s’avère aussi présente qu’on la soupçonnait, etc. Un conte urbain, c’est effectivement l’occasion d’un coup de sonde dans sa société, d’un regard sur l’ici et maintenant. En même temps, je pense que comme groupe, six auteurs d’une même génération, on pense beaucoup au futur, à la suite des choses. Comment vit-on? Quelles traces du passé sont encore présentes? Qu’est-ce qu’on veut garder, qu’est-ce qu’on ne veut pas garder? L’idée de transmission est présente, à mon avis, dans le spectacle, mais aussi dans l’idée du spectacle, dans l’idée de ce groupe de 6 individus d’une même génération à qui on donne la parole, une parole qu’ils ont revendiqué. 

De quoi fallait-il absolument (ou absolument pas) que vous parliez dans ce conte?

Il n’y a pas eu de thèmes imposés. Dès le départ, il était clair pour nous que l’essentiel était de ramener du sens dans une manifestation qui nous semblait un peu en perte de souffle sur ce plan. Pour ma part, je trouvais important d’être près du présent, près de l’humain. Et je crois que tous les textes ont cette préoccupation. Que ce soit dans leurs ramifications souterraines ou dans les thèmes abordés de front. Aucun sujet ne nous était interdit. C’est plutôt dans la façon d’aborder que nous avions des exigences. 

Qui est le personnage qui s’adresse à nous dans votre conte?

Mon personnage raconte sa propre histoire. C’est un trentenaire. Classe moyenne, voire pauvre. Ça ne t’en dit pas beaucoup, mais je ne peux pas trop t’en dire… 

Que six jeunes auteurs dramatiques d’une même génération investissent les Contes urbains, quel sens ça a pour vous?

J’ai déjà un peu répondu plus haut. C’est un peu une mise à jour concentrée de l’événement. Une nouvelle caisse de résonnance. Même au niveau des comédiens et comédiennes qui sont présents, ça parle. J’ai vraiment l’impression que ce sera une soirée très réussie. Le conte d’Annick en particulier est un incontournable, un événement en soi.

 

Contes urbains 2013

Production Théâtre Urbi et Orbi. Textes: Martin Bellemare, Sébastien David, Rébecca Déraspe, Annick Lefebvre, Julie-Anne Ranger-Beauregard et Olivier Sylvestre. Mise en contes: Stéphane Jacques. Avec: Mathieu Gosselin, Rachel Graton, Hubert Lemire, Marie-Ève Milot, Hubert Proulx et Catherine Trudeau. Musique: Viviane Audet et Robin-Joël Cool. Scénographie: Elen Ewing. Éclairages: Alexandre Pilon-Guay. À La Licorne du 3 au 21 décembre 2013.


Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *