Critiques

Mommy : Le bon vieux parfum d’antan

Attention, prenez garde : Mommy est revenue d’entre les morts, et avec elle une idée-phare: c’était mieux avant. Qu’est-ce qui était mieux? Tout! Les enfants étaient bien élevés, ils savaient parler français correctement, la religion était respectée, et on avait la chance d’être dirigés par Maurice D., un «tyran éclairé». Vous l’aurez compris, l’ironie est de mise dans ce spectacle qui dénonce la nostalgie comme système de référence.

Dans ses pièces, Olivier Choinière nous a habitués à une critique sociale cinglante. Mommy ne fait pas exception : elle dénonce une génération d’individus qui, faute de parvenir à envisager l’avenir de manière positive (mais peut-on vraiment les en blâmer?), se tourne sans cesse vers le passé; ceux-là mêmes qui traitaient les étudiants d’enfants gâtés pendant le printemps érable et prétendent leur donner une bonne leçon de vie. Après moi, le déluge… Vous avez dit «réactionnaire»?!

Choinère, qui incarne le personnage de Mommy, en plus de cosigner (avec Alexia Bürger) et de mettre en scène la pièce, la qualifie de conte d’horreur musical. C’est que pour mieux se faire comprendre des jeunes, ces «ignares», Mommy s’adresse à eux en rappant, certaines chansons originales étant mixées en direct par DJ Naes avec des extraits de discours politiques, d’émissions télévisées, de chansons du passé. Comme les stars de la pop musique, Mommy change de costume entre chaque chanson et nous laisse entrevoir ses chairs flasques en décomposition; les scènes sont ponctuées de tintements de la fée Clochette (Fanny Rainville), comme dans les livres musicaux de Walt Disney; les enfants zombies de Mommy (Jean-François Nadeau, Guillermina Kerwin, Guillaume Tremblay)  l’accompagnent, couverts de sang, qui avec des viscères qui pendent entre les jambes, qui avec la tête arrachée. Le «conte d’horreur» a ainsi des allures de film gore de série B à très petit budget.

Disons-le, le résultat est cocasse: Mommy, c’est le règne de l’irrévérentieux, de l’ironie, de l’absurde, un moment de délire jouissif où la forme renforce le propos: faire un pied de nez à l’immobilisme de la droite conservatrice (pour ne pas dire rétrograde) qui nous gouverne (le «discours» de Stephan Harper – Olivier Morin – sur les aînés est particulièrement drôle!). C’est chaotique, outrancier, grossier, parfois confus, mais débordant d’énergie et de folie assumée. Mommy n’est pas faite pour plaire à tout le monde et c’est très bien comme ça!

Mommy. Texte et musique d’Olivier Choinière. Mise en scène d’Alexia Bürger et Olivier Choinière. Une production de L’Activité. Au Théâtre Aux Écuries jusqu’au 7 décembre 2013.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *