Critiques

Marie Tudor : La valse des passions

Qui pense Claude Poissant pense habituellement «création», mais voilà que le metteur en scène renoue avec les classiques en montant Marie Tudor au Théâtre Denise Pelletier. Avec le doigté qu’on lui connaît, il évite tout aussi bien la grandiloquence que le mélo, conduisant les comédiens (notamment Julie Le Breton, dans le rôle titre) à adopter un ton général plutôt décontracté, ce qui surprend au départ mais fonctionne somme toute très bien.

Dans ce drame romantique, Hugo imagine celle que l’on surnomma Bloody Mary tant son règne vit rouler de têtes comme une femme passionnelle, capricieuse et changeante, laissant ses émotions dicter ses actions. Débutant avec un commentaire sexiste («Quand une femme règne, le caprice règne»), la pièce semble de ce point de vue être le reflet de son époque (elle date de 1833), et on pourrait en être agacé si Hugo n’avait doté le personnage masculin de Gilbert des mêmes caractéristiques que Marie Tudor. Finalement le message qui prime est que pauvre ou riche, issu du peuple ou bien né, homme ou femme, nous perdons tous les pédales quand l’être aimé nous trahit, prompts à la colère et au chagrin, cherchant tour à tour la vengeance et la consolation auprès de celui-là même qui cause nos larmes. 

Ainsi, la reine d’Angleterre, quand elle découvre que son amant (Jean-Philippe Perras) s’est collé dans les jupes d’une autre, trouve un subterfuge pour le faire emprisonner et condamner à mort. Mais, à chaque jour qui passe, elle repousse l’exécution et s’abîme dans le désespoir quand elle ne peut plus reculer. À son instar, Gilbert (David Boutin), l’homme du peuple au coeur brisé, décide de sacrifier sa vie pour se venger de sa promise (Rachel Graton) et de celui qui l’a déshonorée. Finalement, il décide de lui pardonner et serait somme toute bien content de rester en vie. Pour faire contrepoids à l’exacerbation des sentiments, Poissant a opté pour un décor sobre, misant sur l’évocation des ambiances par la lumière et la musique (jouée en direct et sur scène par les comédiens). Si elle est constamment évoquée, l’histoire de l’Angleterre sert surtout à donner un contenant au contenu romantique et au suspense entourant le devenir des personnages. Car il y a un suspense indéniable dans cette oeuvre, que l’on accueille comme on dévore un roman policier: avidement.

Marie Tudor. Texte de Victor Hugo. Mise en scène de Claude Poissant. Une production du Théâtre Denise-Pelletier. Au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 12 février 2014.

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