Critiques

Glengarry Glen Ross : 100 % testostérone

Exploration assumée de la masculinité, ponctuée de «coarse language» (on prévient d’ailleurs les spectateurs lors d’une annonce hors-champ bien pensée), Glengarry Glen Ross devait valoir à David Mamet un Prix Pulitzer en 1984. Le dramaturge et scénariste puise ici dans son vécu pour dresser un portrait en couleurs vives d’une agence immobilière de Chicago au début des années 1980.

Pas le choix de s’inscrire au tableau des ventes: le meilleur recevra une Cadillac, le deuxième des couteaux à steak et les autres… une visite au bureau de l’assurance-emploi. Si la pièce date forcément côté technologie (pas de téléphone cellulaire ici ou d’ordinateur) et qu’il serait inutile aujourd’hui de mettre à sac le bureau pour voler une liste de clients potentiels, cette volonté de se hisser au sommet, coûte que coûte, reste d’une troublante actualité, le mot «corruption» faisant partie du vocabulaire de tout un chacun.

Il faut saluer particulièrement le cynisme suave avec lequel Brett Watson campe Ricky Roma et la présence de R.H. Thomson en Shelly «The Machine» Levine, ex-numéro un qui peine maintenant à tirer son épingle du jeu, frère d’encre de Willy Loman (La mort d’un commis voyageur). Ils réussissent dans le deuxième acte à nous faire oublier les incarnations cinématographiques d’Al Pacino et Jack Lemmon, un exploit en soi.

Souhaitant laisser toute la place au texte et aux nombreux gros mots qui agissent comme ponctuation, Paul Flicker a opté pour une mise en scène sage, peut-être un peu trop dans le premier acte, alors que trois duos occupent tour à tour la banquette d’un restaurant chinois vintage bien rendu par Michael Eagan. Ce segment donne vaguement l’impression d’assister à une période d’échauffement des pugilistes.

Une fois de retour dans leur élément naturel, au bureau, le vent tourne, la pièce adoptant enfin un rythme trépidant, devenant un véritable feu roulant de monologues et de dialogues, chacun des quatre vendeurs et le gestionnaire de bureau (Graham Cuthbetson, très convaincant dans le rôle) y disposant d’un moment pour briller. En écho, presque unidimensionnels, on retrouve James Lingk, un client plumé qui tente de récupérer ses billes, affligeant de mollesse (Mike Paterson), et Baylen, le détective, un peu trop caricatural pour être crédible (Tristan D. Lalla, pourtant éblouissant l’année dernière dans Mahalia).

Juste retour du balancier, on attend avec impatience de découvrir comment les Top Girls s’en tireront lors de l’ultime production de la saison du Centre Segal.

Glengarry Glen Ross. Texte de David Mamet. Mise en scène de Paul Flicker. Une production du Centre Segal. Au Centre Segal jusqu’au 30 mars 2014.

À propos de

Décédée en 2016, elle était professeure, journaliste et rédactrice spécialisée en musique classique, en théâtre et en nouvelle littérature québécoise.

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