Entrevues

Caroline Laurin-Beaucage : Déshabiller le poulet

Danseuse, chorégraphe et enseignante depuis une quinzaine d’années, Caroline Laurin-Beaucage est à un tournant de sa carrière. Interprète depuis trois ans au sein de O Vertigo, après avoir dansé pour la Fondation Jean-Pierre Perrault, pour Fortier Danse Création, Deborah Dunn, Jacques Poulin-Denis et Hélène Langevin, elle a décidé de «plonger dans sa démarche de chorégraphe» et de se consacrer à ses projets.

Au OFF.T.A., elle présente une courte performance au titre évocateur, Charcuterie: «C’est une exploration de la chair, explique Caroline Laurin-Beaucage en entrevue, je voulais faire un lien entre la chair du corps et celle de l’âme, en présentant un processus de dépeçage pour illustrer, pour creuser nos propres failles.»

Sur scène, deux femmes dépècent méthodiquement deux poulets. Puis, quand les morceaux sont étalés, elles reconstruisent un nouveau volatile, difforme. «Charcuterie est écrit comme une nouvelle, qui explore la gestuelle, le rituel chirurgical.  Tout le monde découpe des poulets, de façon anodine, automatique. Mais ce qui m’intéresse, c’est le passage du quotidien au sacré, du rite inconscient au rituel pensé et mis en scène, comment jouer entre beauté et dégoût.»

Caroline Laurin-Beaucage s’est plongée dans l’histoire de la dissection, quand les premiers dépeceurs de cadavres encouraient les foudres de la religion et que les philosophes posaient la question de l’existence physique de l’âme. Quand l’âme quitte le corps, que reste-t-il de la chair? «Nous sommes dans une époque où on a recours à la chirurgie pour améliorer notre corps, notre identité est reliée à ce véhicule. Pourquoi y est-on si attaché, alors que l’âme est si puissante ? Est-on capable de se dissocier de l’intimité du corps, de se libérer de la relation symbiotique avec l’âme?»

Faisant suite à Entailles, présenté à Tangente en mars 2014, Charcuterie est le deuxième volet de la Trilogie du poulet. Dans Entailles, on écorchait le poulet, «on le déshabillait et les interprètes étaient soumis au même sort». Pour Décompte, le troisième volet actuellement en processus de création, Caroline Laurin Beaucage veut renverser les rôles et pousser plus loin le travail du corps: «Dans Décompte, les interprètes vont se soumettre à une fragmentation, à une transformation de leur corps.»

Charcuterie est présenté dans un programme triple, avec Donald Trépanier (Le chantier des cochylis) et Andrew Tay (Monsters, Angels and Aliens are not a Substitute for Spirituality…). «C’est la beauté du festival, dit Caroline Laurin-Beaucage,  d’être ainsi jumelé à d’autres artistes, dont on ne connaît pas forcément la parcours. Je ne savais pas comment ni où présenter cet objet scénique qu’est Charcuterie. Le OFF.T.A. me permet de le faire dans un contexte particulier, qui permet une expérience intime, qui se vit de près.»

Charcuterie

Chorégraphie de Caroline Laurin-Beaucage. Avec Esther Rousseau-Morin et Rachel Harris. Une production de Lorganisme et Montréal Danse, présentée dans le cadre du OFF.T.A., le 31 mai au Monument-National.

 

À propos de

Rédactrice indépendante, membre de la rédaction de JEU de 2009 à 2019, rédactrice en chef de la publication Marionnettes, elle collabore avec diverses entreprises culturelles du grand Montréal.

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