Critiques

Oh Lord : Réjouissant

La production éponyme de Projet Bocal avait beaucoup fait jaser en mars 2013 et les attentes se voulaient relativement élevées pour ce deuxième spectacle visant une réappropriation inusitée du terroir.

Beaucoup de tons de terre déjà dans un décor kitsch à souhait dans lequel se côtoient murs ajourés, pelisses, troncs d’arbre devenant sièges et panaches assemblés en lustre. Beaucoup moins dans les costumes, tantôt extravagants (chapeau à Elen Ewing qui signe aussi le décor et accessoires pour ces têtes de Kenora, Antoine et de la Femme-roche), tantôt franchement country, mais surtout les textes, mordants et incisifs.

À travers une série de saynètes ciselées et de chansons interprétées avec brio, Sonia Cordeau, Simon Lacroix, Raphaëlle Lalande et leur complice musical Yves Morin racontent, déforment, multiplient les clins d’œil.

On aura ainsi droit à un condensé épique, faisant la part belle aux percussions, des Filles de Caleb, à une reconstitution explosive de la bataille des Patriotes, à une page plus tranquille de l’histoire du Québec « profond » alors que Théophile  fait sa cour à la très peu dégourdie Adélaïde sous le regard de sa sœur Mathurine. On plongera aussi dans les références country, québécois et américain, notamment à travers deux succès de Dolly Parton (qui viendra même consoler, le temps d’un numéro, une barmaid esseulée) : The Bargain Store et surtout Jolene, une des grandes réussites de la soirée avec l’Oh Lord final.

Du classique au gospel en passant par le country slam, la musique joue un rôle essentiel, nous faisant tour à tour rêver ou rire à gorge déployée (« Le bonheur, c’est un casseau de crème/Moi je suis une tasse de café »). Elle donne surtout son sens à cette courtepointe presque sans défaut.

Toutefois, nous aurions très bien pu vivre sans l’avant-dernier segment, dans lequel Sonia Cordeau « mange d’la marde » – ce n’est pas une figure de style – et voir raccourcie la scène entre l’oiseau qui sait tout et la pauvre Annie-Claude, guide au Parc Oméga – Cordeau encore, convaincante dans tous les registres.

Pas de message social enfoncé de force ici, pas de récriminations gratuites (malgré quelques attaques indirectes à notre société de consommation); on invite plutôt le spectateur à poser un regard autre, toujours plus tendre que cynique, sur ce folklore qui a bien besoin d’être dépoussiéré.

Oh Lord

Texte, mise en scène et interprétation de Simon Lacroix, Sonia Cordeau et Raphaëlle Lalande. Une production du Projet Bocal. Au théâtre La Licorne jusqu’au 28 novembre 2014. Supplémentaires les 2 et 3 décembre.

 

À propos de

Décédée en 2016, elle était professeure, journaliste et rédactrice spécialisée en musique classique, en théâtre et en nouvelle littérature québécoise.

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