Critiques

Passim : Les oripeaux du théâtre

D’élaborés et savants discours peuvent parfois nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais, au théâtre, les intentions des créateurs n’atteignent pas toujours le cœur et l’esprit du spectateur, véritable jauge, et juge, de l’effet produit. Fi des discours ! Devant le spectacle Passim, présenté au Festival TransAmériques par le Théâtre du Radeau du Mans, en France, mis en scène par François Tanguy, plusieurs ressentiront une perplexité certaine.

Le renouveau du théâtre peut-il vraiment s’appuyer sur ses vieux artifices ? Cela semble être le pari de l’équipe. Sur scène, s’entasse un bric-à-brac de panneaux de bois alignés de chaque côté, de tables rudimentaires, disparates, un bouquet de fleurs en plastique, quelques objets qui traînent, indéfinissables, comme dans un entrepôt ou à l’arrière-scène d’un ancien théâtre. De cela, tout peut surgir, et des tableaux étonnants se déploieront sous nos yeux.

Dans la pénombre, une femme entame un monologue où il est question d’une cavalière, Reine des Amazones, de chevaux piaffant dans la poussière, de combats. Il s’agit d’un extrait du Penthésilée de Kleist, évocateur mais difficile à suivre. Pendant que l’interprète achève sa diatribe, d’autres acteurs entrent en scène, la soulèvent, la manipulent. Un peu de lumière donne de la profondeur à la scène. Des murmures comme dans un salon funéraire : apparaissent des spectres en costumes d’époque, robes somptueuses, qui chantent en langue étrangère, en allemand, avec de riches harmonies. Un cri, on déplace des tables qui deviennent tréteaux pour un autre monologue.

Ainsi s’enchaînent des scènes, passages de textes de Marlowe, de l’Arioste, de Shakespeare, de Flaubert et bien d’autres, en français, en italien, en espagnol, moments de théâtre bien conventionnels, entrecoupés de déplacements, de jeux d’ombre et de lumière, de changements de costumes. Impression que les siècles se superposent, se succèdent. Intéressant. L’ensemble se déroule comme une sorte de rituel, un rêve cérémonial, un peu lugubre, avec des éclats comiques qui seront de plus en plus nombreux à mesure qu’on avance dans le temps.

Des passages suscitent une réelle adhésion, telle l’emblématique scène où le roi Lear, souhaitant abandonner le pouvoir, questionne ses trois filles sur leur amour envers lui, afin de leur offrir à chacune le meilleur tiers de son royaume. La plus jeune, Cordelia, ne quémandant rien, sera cruellement déshéritée. Beau moment comme sorti d’une autre époque. Ainsi, on se rend du Moyen Âge au 20e siècle, les comédiens revenant chaque fois dans de nouvelles hardes, comme s’ils fouillaient dans un grand costumier.

Malgré tout, le jeu paraît trop souvent compassé, soutenu par les musiques omniprésentes qui montent en intensité aux instants de tension. Impossible de se raccrocher à un récit, on finit par se désintéresser de ces textes découpés en morceaux, sans liens, épars. Les tableaux vivants qui se succèdent se déroulent par ailleurs trop souvent sur un ton uniforme, sans qu’on sorte vraiment du cadre. C’est l’ambiance glauque de ce théâtre qui finit par triompher.

Passim

Mise en scène et scénographie de François Tanguy. Un spectacle du Théâtre du Radeau. À l’Espace GO, à l’occasion du FTA,  jusqu’au 31 mai 2015.

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