Critiques

L’Orangeraie : Un conte percutant

© Gunther Gamper

Au départ, il y a le roman de Larry Tremblay, L’Orangeraie, que l’on pourrait d’emblée classer au rang de chef-d’œuvre. Pour preuve, il n’en finit pas de rafler des prix, il est déjà traduit en cinq langues, adapté au théâtre et il ne serait pas surprenant qu’il soit porté au grand écran puisque des producteurs en ont déjà acheté les droits. Puis, il y a cette cinquième collaboration entre l’auteur et le metteur en scène, actuel directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier, Claude Poissant. Un tandem qui nous a donné des spectacles marquants, comme Le Ventriloque et The Dragonfly of Chicoutimi.

Qui de mieux placé que Larry Tremblay pour faire l’adaptation de son roman à la scène ? Le récit original possède déjà une structure théâtrale : divisé en tableaux dialogués, concis et poétique, chaque mot prenant une importance capitale. Sur la scène du Théâtre Denise-Pelletier, la nature littéraire du texte a été conservée, donnant à cette œuvre la dimension d’un conte classique, en résonnance très forte avec l’actualité mondiale.

En effet, l’action de L’Orangeraie se situe dans une zone en conflit quelque part au Moyen-Orient, dans une famille vivant au flanc d’une montagne et dont le grand-père a accompli le « miracle » de transformer ce bout de terre aride en une magnifique plantation d’orangers. Les grands-parents ayant été tués récemment par les ennemis vivants de l’autre côté de la montagne, la famille est approchée par Soulayed, le caïd du coin qui, pour venger cet assaut et se faire justice, demande de sacrifier un des jumeaux de neuf ans, qui devrait aller se faire exploser dans le camp ennemi.

© Gunther Gamper

La distribution très solide est dirigée avec intelligence et retenue par Claude Poissant. Les jumeaux, Amed et Aziz, (Gabriel Cloutier-Tremblay et Sébastien Tessier) sont parfaits. Jean-Moïse Martin est très crédible dans la figure de Soulayed, un fin manipulateur n’hésitant pas à mentir pour parvenir à ses fins, agissant toujours au nom de Dieu et faisant miroiter tous les honneurs dus aux martyrs. Poissant s’éloigne du jeu psychologique pour donner à l’ensemble de la production la grandeur nécessaire à la nature poétique de l’œuvre.

Ce qu’il y a de plus extraordinaire dans cette pièce, c’est que son auteur, sans avoir jamais connu la guerre, nous livre un texte d’une grande pertinence. En effet, en s’attaquant au sacrifice de l’enfance, il touche à un sentiment universel : l’horreur devant la destruction de la beauté et l’innocence. Le plateau presque vide, laissant toute la place aux acteurs et au texte, est constitué d’un plancher et d’un mur sur lequel sont projetés les arbres stylisés de l’orangeraie, puis de la neige, quand l’action est transportée à Montréal.

Aucune fausse note dans cette coproduction réunissant des acteurs de Québec et de Montréal. Une mise en scène sans aucun effet spectaculaire ou théâtral pour nous montrer les horreurs de la guerre. Tout concourt, dans l’approche du metteur en scène, à mettre en valeur les mots choisis avec parcimonie par l’auteur : économie du geste, niveau de langue châtié, décor épuré, environnement sonore discret, projections subtiles. On y reconnait la signature élégante de Poissant.

© Gunther Gamper

L’Orangeraie

Texte : Larry Tremblay. Mise en scène : Claude Poissant. Une coproduction du Théâtre Denise-Pelletier et du Théâtre du Trident, présentée au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 16 avril 2016, puis en tournée.