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Critiques

Pour en finir avec octobre ? : Les pantins de l’histoire

La metteure en scène Brigitte Haentjens et le comédien et membre des Loco Locass Sébastien Ricard proposent huit balados sur les événements qu’a connus le Québec en octobre 1970. Paraphrasant le titre du livre du felquiste Francis Simard, Pour en finir avec octobre, il et elle y ajoutent un point d’interrogation annonçant ainsi leur posture éditoriale. On n’y avance rien de définitif sur la crise d’octobre 1970 ; beaucoup de questions restent en suspens, dans une sorte de purgatoire éternel. À partir d’une large recherche, Sébastien Ricard nous invite à revivre de l’intérieur la crise qui va de l’enlèvement (le 5 octobre) de James R. Cross, délégué commercial britannique, à la découverte du corps de Pierre Laporte, ministre du gouvernement Bourassa, 12 jours plus tard.

Crédit photo: Xavier Inchauspé

Dans une langue dense et fluide, Ricard réactualise les acteurs et actrices de cette tragédie nationale, mettant en lumière avec courage et justesse les non-dits et les condamnations sans appel du Front de libération du Québec, après la mort de Pierre Laporte, ce « crime horrible » invalidant aux yeux des autorités et de la presse en général le projet des felquistes d’éveiller la conscience du peuple. La série de balados se déploie à partir de ce point de rupture entre une certaine sympathie populaire pour le FLQ jumelée à la colère contre la Loi sur les mesures de guerre, décrétée par Ottawa, et le choc généralisé qui a suivi la découverte de la dépouille de Pierre Laporte.

L’auteur et lecteur analyse ces 12 journées à travers une narration qui va « de la lumière à l’ombre » — alors que le peuple à peine sensibilisé au politique recule avec effroi devant l’acte terroriste — puis de l’ombre vers la lumière.

Crédit photo: Xavier Inchauspé

Il y parvient en soulignant les motivations du mouvement de libération du Québec, en recadrant la chronologie des événements, en montrant la fourberie du fédéral qui invente de toutes pièces un gouvernement parallèle. L’enjeu étant de décapiter le mouvement indépendantiste québécois et de réaffirmer l’emprise fédérale sur le pays. Le célèbre « Well, just watch me ! » de Pierre Elliott Trudeau résonne amèrement, ici, en contrepoint au puissant et touchant témoignage d’Andrée Ferretti (réparti sur les huit balados), qui décrit ses 51 jours d’incarcération, ignorant alors ce qui se passait dehors. On imagine par cette parole les 497 personnes arrêtées sans mandat dans la nuit du 16 octobre.

Pour en finir avec octobre ? est un incontournable pour qui veut se remettre dans l’état d’esprit qui a façonné la Révolution tranquille. Soulignons la grande qualité de la réalisation : voix, citations, musique, textes, tout coule de source dans cette séduisante proposition. On se laisse emporter dans un voyage d’émotions, de révolte, de tendresse, d’analyse (parfois un peu courte), de réflexion sur l’art de la guerre, évoquant Thucydide au passage. Les coups de griffes sont nombreux et sans appel. Il y a du Pierre Falardeau et du Michel Chartrand dans l’air, ce qui est plutôt vivifiant.

Pour en finir avec octobre ?

Idéation : Brigitte Haentjens et Sébastien Ricard. Texte et narration : Sébastien Ricard.
Extraits d’entrevues :
Andrée Ferretti, Michel Garneau, Félix Leclerc, Francis Simard, d’autres encore et une centaine de citoyens et citoyennes. Voix : Marc Beaupré, Marc Béland, Sylvie Drapeau, Brigitte Haentjens, Jacques Leblanc, Robert Lepage, Pierre-Laval Pineault, Mani Soleymanlou, Leïla Thibeault-Louchem et les étudiant·es du Conservatoire d’art dramatique de Québec (Miryam Amrouche, Margaux Auclair, Thomas Boudreault-Côté, Eva D’Aoust, Clément Desbiens, Laurent Fecteau-Nadeau, Clémence Lavallée, Carla Mezquita-Honhon, Jérémie Michaud, Anthony Parent Castanha, Aude Seppey, Clara Vecchio. Musique : Bernard Falaise. Réalisation : Pierre Antoine Lafon Simard et Julien Morissette. Conception sonore : François Larivière.

Une coproduction du Regroupement citoyen pour le Moulin à Paroles, de Sibyllines, de La Scène nationale du son, du Diamant et de Québec en toutes lettres, en collaboration avec La Fabrique culturelle de Télé-Québec et le Conservatoire d’art dramatique de Québec. Les huit balados sont disponibles sur le site de La Fabrique culturelle.

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