Si la pandémie a demandé plusieurs ajustements pour les artistes, les écoles de théâtre ont aussi dû apprendre à se « réinventer », tant au niveau de la forme des cours que de la diffusion des spectacles de fin de parcours. Nous avons discuté avec des étudiant·es ainsi qu’avec l’ancien étudiant maintenant auxiliaire à l’enseignement à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM Samuel Paul-Hus, au sujet de l’adaptation et des changements auxquels ils et elles ont dû faire face depuis le printemps dernier.
Après avoir été obligé·es d’annuler les représentations des finissant·es de 2020, les écoles de théâtre souhaitaient remédier à la situation cet automne. C’est pourquoi elles ont décidé de se tourner vers le numérique pour offrir une vitrine à leurs étudiant·es. Elles ont également davantage orienté leur choix de textes vers des monologues. Ce fût notamment le cas à l’École nationale de théâtre, qui a présenté Pulvérisés et La Terre tremble d’Alexandra Badea il y a quelques semaines.
Par ailleurs, les cégeps et les universités ont dû s’adapter au fait qu’il pouvait parfois manquer de locaux pour tenir tous les cours pratiques en présentiel tout en respectant les normes sanitaires. Ainsi, certaines classes, dont celles de diction et d’écriture ont dû être données à distance, ce qui n’est pas sans poser un défi supplémentaire aux enseignant·es, qui ont l’habitude de s’approcher des élèves pour évaluer leur respiration et leur appui vocal. D’autres cours ont plutôt été dispensés ailleurs. L’École supérieure de théâtre de l’UQAM a déplacé certains des siens dans un autre pavillon afin de pouvoir le mieux possible créer des « bulles-classes ».
Des cohortes se subdivisent en deux groupes, notamment lors des cours de voix. « On ne peut plus aller au laboratoire de langues comme on le faisait avant », souligne Samuel Paul-Hus, auxiliaire à l’enseignement. « Étant donné les réfections de l’école [déjà entamées], nous n’avons plus non plus accès à la salle de spectacle Marie Gérin-Lajoie. Il est donc parfois difficile d’avoir un aperçu exact de la technique des élèves dans le contexte d’une salle de théâtre. Par contre, on s’est tourné vers d’autres options, comme le studio-d’essai Claude-Gauvreau, auquel nous pouvons recourir de temps à autre », enchaîne-t-il.
L’École nationale de théâtre et le Conservatoire d’art dramatique de Montréal ont également dû adapter leurs cours à la pandémie et certaines restrictions se sont imposées d’elles-mêmes. Les cours pratiques se font masqué·es,, les élèves ont une classe attitrée et ce sont les enseignant·es qui se déplacent. Toutefois, quelle que soit l’école de théâtre, les étudiant∙es n’ont pas accès aux locaux de répétitions. Il a donc fallu trouver des alternatives. Plusieurs se sont donné la réplique à l’extérieur lorsque le beau temps le permettait et, maintenant, ils et elles se tournent vers la visioconférence.
Garder l’étincelle
Certes, la pandémie a entraîné une baisse de motivation en début d’année pour ces jeunes comédien∙nes qui, comme plusieurs, étaient plongé·es dans l’incertitude. Ils et elles ne savaient pas si leur session pourrait être achevée et si les répétitions avaient lieu en vain. « On vit présentement un burn out collectif et ça se ressent en classe. Les élèves sont mentalement épuisé·es et on essaie de les référer aux ressources disponibles à l’école. Ce n’est pas le même genre de fatigue que j’éprouvais lors de mes cours il y a deux ans. Ils et elles ne sont pas brûlé·es pour les mêmes raisons. On ne veut pas les surmener, mais on ne veut pas qu’ils et elles perdent des notions non plus », avoue Samuel Paul-Hus. « Lorsqu’il a été question de peut-être devoir refermer les écoles, nous avons ressenti plus d’anxiété chez les élèves. Nous avons dû prendre un cours à les écouter, et ils et elles en avaient gros sur le cœur », ajoute-t-il.
Chez certain·es, la pandémie a toutefois engendré une solidarité et une détermination encore plus fortes. « La situation en ce moment n’est vraiment pas belle, autant pour les finissant·es que pour les gens dans le milieu. On ne sait pas ce que ce sera en sortant de l’école. On ne connaît pas les répercussions économiques. On ne sait pas ce qui nous attend plus tard, mais si on peut garder notre fibre artistique, notre étincelle, ce sera au moins ça », souligne l’étudiante du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, Caroline Payeur.
Si nombre d’étudiant·es ont peur que la pandémie affecte leur cheminement scolaire et fasse en sorte qu’ils et elles achèvent leur formation avec un bagage d’apprentissages moins grand que prévu, d’autres font preuve de résilience et se servent du confinement pour créer dans le moment présent. C’est le cas notamment de Caroline Payeur : « Est-ce que j’attends trois ans avant de développer mes projets ou j’en profite en ce moment, pendant que je suis dans une situation stable comme celle que m’offre l’école ? On ne veut pas tomber dans la paresse et l’inertie. C’est là qu’il faut avancer », dit-elle. De son côté, Mélania Balmaceda Venegas, étudiante au collège Lionel-Groulx, abonde dans le même sens : « C’est sûr qu’il y a un deuil à faire, mais je pense que Lionel s’est bien adapté. Ce sûr que notre cheminement n’est pas comparable à ceux et celles qui sont passé∙es par là avant nous, mais ça va nous apporter une sorte de résilience, une autonomie supplémentaire ».
Un impact se fait aussi sentir du côté des enseignant∙es. La transmission s’effectue certes différemment, mais se poursuit bel et bien. Et il ne s’agit pas simplement de notions académiques. Cette année, l’accent est − plus que jamais − aussi mis sur des valeurs humaines. L’adaptation, la persévérance, l’entraide, l’acceptation et l’écoute sont au cœur du parcours scolaire de ces jeunes comédien∙nes. « Si je compare à mon cheminement, je ne peux pas dire qu’il n’y a pas de différence avec ce que les étudiant∙es vivent en ce moment. Ils et elles apprennent plus lentement, mais en ressortiront grandi·es. Je sais que ça fait un peu quétaine de dire ça, et moi-même je n’aime pas me faire dire ça, mais c’est vrai. Déjà, si je compare avec le début de l’année, leur progression est juste débile ! C’est incroyable ! », soutient Samuel Paul-Hus.
Terminer son parcours scolaire en théâtre avec un bagage différent, mais tout aussi pertinent, c’est ce à quoi s’attend Caroline Payeur, qui perçoit déjà des changements positifs au sein de sa cohorte en ce qui concerne l’éthique de travail : « Ça fait qu’on est vraiment débrouillard·es. Est-ce que ce projet-là peut se faire par Zoom ? Est-ce qu’on a un plan B ? C’est l’fun. On ne peut pas juste s’asseoir et avoir peur. On est beaucoup dans la création et dans l’adaptation, le cheminement ». L’importance d’être dans le moment présent, de profiter de ce que l’école apporte et de l’encadrement qui y est offert, c’est aussi ce en quoi croit le finissant en interprétation de l’École nationale de théâtre, Fabrice Girard, qui ne souhaite pas se projeter dans le futur tant que son apprentissage n’est pas achevé. « J’ai l’impression qu’on ne peut pas vivre pire que ce qu’on vit en ce moment et que ce qu’on a vécu la session passée, renchérit Mélania Balmaceda Venegas. Ça nous forge pour être encore plus d’attaque quand on va sortir de l’école. On travaille fort et on fait comme s’il n’y avait plus de lendemain. Ça va être dur de nous rentrer dedans à notre sortie ».
Si la pandémie a demandé plusieurs ajustements pour les artistes, les écoles de théâtre ont aussi dû apprendre à se « réinventer », tant au niveau de la forme des cours que de la diffusion des spectacles de fin de parcours. Nous avons discuté avec des étudiant·es ainsi qu’avec l’ancien étudiant maintenant auxiliaire à l’enseignement à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM Samuel Paul-Hus, au sujet de l’adaptation et des changements auxquels ils et elles ont dû faire face depuis le printemps dernier.
Après avoir été obligé·es d’annuler les représentations des finissant·es de 2020, les écoles de théâtre souhaitaient remédier à la situation cet automne. C’est pourquoi elles ont décidé de se tourner vers le numérique pour offrir une vitrine à leurs étudiant·es. Elles ont également davantage orienté leur choix de textes vers des monologues. Ce fût notamment le cas à l’École nationale de théâtre, qui a présenté Pulvérisés et La Terre tremble d’Alexandra Badea il y a quelques semaines.
Par ailleurs, les cégeps et les universités ont dû s’adapter au fait qu’il pouvait parfois manquer de locaux pour tenir tous les cours pratiques en présentiel tout en respectant les normes sanitaires. Ainsi, certaines classes, dont celles de diction et d’écriture ont dû être données à distance, ce qui n’est pas sans poser un défi supplémentaire aux enseignant·es, qui ont l’habitude de s’approcher des élèves pour évaluer leur respiration et leur appui vocal. D’autres cours ont plutôt été dispensés ailleurs. L’École supérieure de théâtre de l’UQAM a déplacé certains des siens dans un autre pavillon afin de pouvoir le mieux possible créer des « bulles-classes ».
Des cohortes se subdivisent en deux groupes, notamment lors des cours de voix. « On ne peut plus aller au laboratoire de langues comme on le faisait avant », souligne Samuel Paul-Hus, auxiliaire à l’enseignement. « Étant donné les réfections de l’école [déjà entamées], nous n’avons plus non plus accès à la salle de spectacle Marie Gérin-Lajoie. Il est donc parfois difficile d’avoir un aperçu exact de la technique des élèves dans le contexte d’une salle de théâtre. Par contre, on s’est tourné vers d’autres options, comme le studio-d’essai Claude-Gauvreau, auquel nous pouvons recourir de temps à autre », enchaîne-t-il.
L’École nationale de théâtre et le Conservatoire d’art dramatique de Montréal ont également dû adapter leurs cours à la pandémie et certaines restrictions se sont imposées d’elles-mêmes. Les cours pratiques se font masqué·es,, les élèves ont une classe attitrée et ce sont les enseignant·es qui se déplacent. Toutefois, quelle que soit l’école de théâtre, les étudiant∙es n’ont pas accès aux locaux de répétitions. Il a donc fallu trouver des alternatives. Plusieurs se sont donné la réplique à l’extérieur lorsque le beau temps le permettait et, maintenant, ils et elles se tournent vers la visioconférence.
Garder l’étincelle
Certes, la pandémie a entraîné une baisse de motivation en début d’année pour ces jeunes comédien∙nes qui, comme plusieurs, étaient plongé·es dans l’incertitude. Ils et elles ne savaient pas si leur session pourrait être achevée et si les répétitions avaient lieu en vain. « On vit présentement un burn out collectif et ça se ressent en classe. Les élèves sont mentalement épuisé·es et on essaie de les référer aux ressources disponibles à l’école. Ce n’est pas le même genre de fatigue que j’éprouvais lors de mes cours il y a deux ans. Ils et elles ne sont pas brûlé·es pour les mêmes raisons. On ne veut pas les surmener, mais on ne veut pas qu’ils et elles perdent des notions non plus », avoue Samuel Paul-Hus. « Lorsqu’il a été question de peut-être devoir refermer les écoles, nous avons ressenti plus d’anxiété chez les élèves. Nous avons dû prendre un cours à les écouter, et ils et elles en avaient gros sur le cœur », ajoute-t-il.
Chez certain·es, la pandémie a toutefois engendré une solidarité et une détermination encore plus fortes. « La situation en ce moment n’est vraiment pas belle, autant pour les finissant·es que pour les gens dans le milieu. On ne sait pas ce que ce sera en sortant de l’école. On ne connaît pas les répercussions économiques. On ne sait pas ce qui nous attend plus tard, mais si on peut garder notre fibre artistique, notre étincelle, ce sera au moins ça », souligne l’étudiante du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, Caroline Payeur.
Si nombre d’étudiant·es ont peur que la pandémie affecte leur cheminement scolaire et fasse en sorte qu’ils et elles achèvent leur formation avec un bagage d’apprentissages moins grand que prévu, d’autres font preuve de résilience et se servent du confinement pour créer dans le moment présent. C’est le cas notamment de Caroline Payeur : « Est-ce que j’attends trois ans avant de développer mes projets ou j’en profite en ce moment, pendant que je suis dans une situation stable comme celle que m’offre l’école ? On ne veut pas tomber dans la paresse et l’inertie. C’est là qu’il faut avancer », dit-elle. De son côté, Mélania Balmaceda Venegas, étudiante au collège Lionel-Groulx, abonde dans le même sens : « C’est sûr qu’il y a un deuil à faire, mais je pense que Lionel s’est bien adapté. Ce sûr que notre cheminement n’est pas comparable à ceux et celles qui sont passé∙es par là avant nous, mais ça va nous apporter une sorte de résilience, une autonomie supplémentaire ».
Un impact se fait aussi sentir du côté des enseignant∙es. La transmission s’effectue certes différemment, mais se poursuit bel et bien. Et il ne s’agit pas simplement de notions académiques. Cette année, l’accent est − plus que jamais − aussi mis sur des valeurs humaines. L’adaptation, la persévérance, l’entraide, l’acceptation et l’écoute sont au cœur du parcours scolaire de ces jeunes comédien∙nes. « Si je compare à mon cheminement, je ne peux pas dire qu’il n’y a pas de différence avec ce que les étudiant∙es vivent en ce moment. Ils et elles apprennent plus lentement, mais en ressortiront grandi·es. Je sais que ça fait un peu quétaine de dire ça, et moi-même je n’aime pas me faire dire ça, mais c’est vrai. Déjà, si je compare avec le début de l’année, leur progression est juste débile ! C’est incroyable ! », soutient Samuel Paul-Hus.
Terminer son parcours scolaire en théâtre avec un bagage différent, mais tout aussi pertinent, c’est ce à quoi s’attend Caroline Payeur, qui perçoit déjà des changements positifs au sein de sa cohorte en ce qui concerne l’éthique de travail : « Ça fait qu’on est vraiment débrouillard·es. Est-ce que ce projet-là peut se faire par Zoom ? Est-ce qu’on a un plan B ? C’est l’fun. On ne peut pas juste s’asseoir et avoir peur. On est beaucoup dans la création et dans l’adaptation, le cheminement ». L’importance d’être dans le moment présent, de profiter de ce que l’école apporte et de l’encadrement qui y est offert, c’est aussi ce en quoi croit le finissant en interprétation de l’École nationale de théâtre, Fabrice Girard, qui ne souhaite pas se projeter dans le futur tant que son apprentissage n’est pas achevé. « J’ai l’impression qu’on ne peut pas vivre pire que ce qu’on vit en ce moment et que ce qu’on a vécu la session passée, renchérit Mélania Balmaceda Venegas. Ça nous forge pour être encore plus d’attaque quand on va sortir de l’école. On travaille fort et on fait comme s’il n’y avait plus de lendemain. Ça va être dur de nous rentrer dedans à notre sortie ».