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Critiques

Chansons pour le musée : Art consolateur

Dévoilé à l’occasion du Mois Multi et du Festival Big Bang du Centre national des Arts (CNA), le « concert théâtral » de Karine Sauvé est servi sous forme de balado aux enfants à partir de 7 ans. La performeuse raconte, chante, met en espace et en vie des objets divers, « tricotant » une enveloppante intimité avec le jeune public, pour reprendre la métaphore inaugurale de ce dernier opus.

Avec les mêmes complices à l’écriture (David Paquet) et à l’environnement sonore (Nicolas Letarte-Bersianik), elle avait créé en 2014 Les Grands-Mères mortes (prix de l’Association québécoise des critiques de théâtre pour le meilleur spectacle jeunes publics), sur la mort et le deuil, sujets tabous – surtout, hélas ! lorsqu’on s’adresse aux enfants. Il est à nouveau question de deuil dans Chansons pour le musée, mais cette fois de celui qui suit non pas la mort d’un être cher, mais sa perte à la suite d’une séparation. Dans cette œuvre autofictionnelle, la narratrice décline son nom selon ses états d’âme, de « Karine Pas-Sauvée » à « Karine Pas-Sauvable », en passant par « Karine Sauvez-moi ». En proie au vertige du vide et en quête d’un sens à sa nouvelle vie de mère à temps partiel, elle tente d’accepter la perte de l’amoureux et celle de la famille nucléaire.

Une consultation chez une « psyquelette » – un squelette « ostéopathe de l’âme » – l’amènera à entreprendre une bien étrange thérapie : s’immiscer la nuit dans un musée et chanter pour une œuvre. Ainsi ira-t-elle du Musée de l’Informe au Musée du Fragile, trouvant consolation auprès de sculptures ou d’installations dont émanent des émotions faisant écho aux siennes. Au Musée du Dépouillé, elle se réconciliera enfin avec « la maison vide » (elle-même et son foyer), y puisant une apaisante légèreté et un amour renouvelé d’elle-même.

La visite des trois musées constitue autant d’épisodes de 20 minutes, baignés par l’environnement sonore de Nicolas Letarte-Bersianik, qui entremêle des leitmotive structurant la trame narrative, un bruitage rigolo (les « répliques » du psyquelette) et une musique agréablement planante ou électro-pop donnant envie d’écouter les yeux fermés ou de danser dans son salon.

Artiste pluridisciplinaire, Karine Sauvé, privée ici de la scène, nous tient par le seul fil de l’ouïe, mais elle n’en fait pas moins intervenir une foule d’objets, tels ceux, chargés de souvenirs, qu’elle peine à sortir des boîtes dans son nouvel appartement. Comme les œuvres muséales, ils font partie intégrante de la proposition, dans une scénographie imaginaire qui se déploie sous nos yeux… fermés.

Ce balado enchante, car il est rare qu’une voix d’artiste, dans une démarche aussi personnelle, murmure ainsi à l’oreille des enfants, partageant avec eux une intimité véritable ainsi qu’une conviction, celle du pouvoir soignant de l’art.

Chansons pour le musée

Écriture, mise en scène et interprétation : Karine Sauvé. Coécriture : David Paquet. Complicité à l’écriture scénique et dramaturgie : Anne-Marie Guilmaine. Conception musicale et sonore : Nicolas Letarte-Bersianik. Complicité aux costumes : Julie Vallée-Léger et Mélanie Charest. Éclairage, assistance à la mise en scène et régie : Marie-Claude D’Orazio. Avec Nicolas Letarte-Bersianik et Karine Sauvé. Réalisation du balado : Jean-Philippe Fréchette (Navet Confit). Une coproduction de Mammifères et du Théâtre Français du CNA en trois épisodes, disponibles gratuitement à compter du 11 février 2021 sur le site du Mois Multi.

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