Critiques

La Colère des doux : Ire, utopies et culs-de-sac

La dernière création du Théâtre du Futur n’est pas du cinéma à proprement parler, ni de la performance et encore moins du théâtre filmé. Olivier Morin et Guillaume Tremblay signent une œuvre hybride prenant la forme d’une carte interactive où chaque marqueur géographique mène à une capsule vidéo d’une durée allant de moins d’une minute à trois quarts d’heure. Certaines, purement loufoques, se trouvent en périphérie de l’itinéraire principal. Celui-ci, narratif malgré son parti pris assumé pour l’humour absurde, propose de suivre les péripéties d’un jeune homme, qui, à l’instar de la majeure partie de la population québécoise, en a soupé de la bêtise humaine.

Ces citoyens et citoyennes révulsé·es, ces douces et doux en courroux, initient une révolution, puis essaient ensuite d’ériger une nouvelle société. Or, les idées quant à ce que devraient être les bases de ce monde renouvelé diffèrent, si bien que se créent diverses communautés dispersées sur le territoire. Le héros de ce récit d’anticipation éclaté se retrouve ainsi à Wokesbury, où la bien-pensance atteint de tels sommets qu’il est excessivement ardu d’y être… inclus·es. Il visitera aussi, entre autres, un microcosme articulé autour d’un culte hégémonique voué aux années 1990. Là et ailleurs, les références culturelles foisonnent et réjouissent. Et c’est sans compter la facture visuelle, mêlant le collage, le surréalisme, le cinéma d’animation, et le texte, qui multiplie les œillades, notamment en direction du cinéma d’horreur des années 1970 et 1980.

Malgré l’efficacité variable des gags et des capsules – dont quelques-unes s’avèrent longuettes –, La Colère des doux déploie originalité, recherche artistique et, bien sûr, énormément d’humour. Cette création unique pose aussi (ou surtout) une question essentielle : quand bien même nous entendrions-nous tous et toutes pour changer le monde, comment sera-t-il possible de le faire alors que les valeurs des un·es et des autres semblent plus disparates que jamais ?

La Colère des doux

Texte : Olivier Morin et Guillaume Tremblay. Mise en scène : Olivier Morin. Musique : Navet Confit. Montage et environnement sonore : Navet Confit et Guillaume Tremblay. Éclairages : Marie-Aube St-Amant Duplessis. Costumes : Estelle Charron. Sonorisation : Estelle Sabourin. Caméra : Simon Gaudreau, Frédérique Bérubé, Martin Skorek, Michel Fordin, Guillaume Tremblay et Olivier Morin. Montage vidéo et dessin animé : Olivier Morin. Montage des mini-capsules : Julien Charbonneau. Site web : Folklore. Direction technique : Michel Fordin. Avec Olivier Morin, Guillaume Tremblay et Navet Confit. Une production du Théâtre du Futur, en collaboration avec le Théâtre Aux Écuries, présentée en ligne jusqu’au 30 mai 2021.

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