Critiques

Festival St-Ambroise Fringe de Montréal : Trois spectacles remèdes à la pandémie

Chip Show : L’enquête croustillante : La main dans le sac, entre délice et supplice

Trois amis devisent d’un sujet sacrément salé : les chips. D’ailleurs, ne doit-on pas plutôt dire croustilles ou grignotines, se demandent-il ? Saveur barbecue, ketchup ou crème sure ? Puis vient l’incontournable dilemme : comment s’arrêter ? Difficile de ne pas saliver devant cet original projet théâtral qui vient titiller notre « point de félicité », cet accord d’ingrédients parfait développé par les industries pour parvenir à la chip irrésistiblement addictive. Le joyeux trio épingle notre relation amour-haine avec ce parangon du péché mignon, sans manquer d’en retracer les origines à partir d’anecdotes historiques forcément croustillantes. C’est drôle, dans l’apologie de la petite tuile à croquer, ludiquement régressif, voire transgressif même quand, chacun à tour de rôle, les interprètes se livrent à une parodie de confession sur leurs comportements alimentaires. Malgré l’apparente légèreté du sujet d’étude, le Chip Show en exploite habilement les ressources insoupçonnées qui, en fin de compte, en disent long sur la nature humaine.

Chip Show : L’enquête croustillante

Texte, mise en scène et conception: Thomas Boudreault-Côté, Clémence Lavallée et Clara Vecchio. Une production du Théâtre Trouble présentée au Studio Hydro-Québec du Monument-National, à l’occasion du Festival St-Ambroise Fringe de Montréal, jusqu’au 20 juin 2021.

Seul.e.s ensemble : club edition : Vous vous confiniez ? Eh bien, dansez maintenant !

Les discothèques n’ont toujours pas rouvert, mais qu’à cela ne tienne ! Seul.e.s ensemble : club edition ose restaurer l’ambiance des planchers de danse, version salle de théâtre en quart de jauge et participant·es masqué·es. Dans les conditions sanitaires (encore) actuelles, le défi n’a rien d’évident, mais l’énergie communicatrice des quatre danseuses finira par emporter la salle sur des airs de Sean Paul, de Queen, de Beyonce et autres classiques des platines. Si leur préparation initiale s’étire un peu en longueur, entre l’habillage, la coiffure et le maquillage, un verre à la main et un cellulaire dans l’autre, la séquence de danse tant attendue fait office de catharsis après des mois de confinement et d’isolement social. Avec ses boules à facettes et son ambiance survoltée, Seul.e.s ensemble : club edition vire même au joyeux défouloir avec des chorégraphies bien ficelées et quelques solos visiblement improvisés. Comme une bulle d’insouciance à l’écart des turbulences du monde, sans autres paroles que celles des chansons, et comme un pied-de-nez aux restrictions en vigueur. Derrière un masque à paillettes, cela va de soi.

Seul.e.s ensemble : club edition

Texte, mise en scène, chorégraphie et conception : Maude Laurin-Beaulieu, Krystina Dejean, Gabriela Jovian-Mazon et Audrey Sargent. Distribution : Florine Gall. Collaboration : Jessica Gauthier. Une production du Collectif Asymmetry présentée à La Chapelle Scènes contemporaines, à l’occasion du Festival St-Ambroise Fringe de Montréal, jusqu’au 20 juin 2021.

coño : La pandémie, drôle de bouffonnerie

Avant le début de chaque représentation, le Fringe invite le public « à réfléchir aux injustices sociales et au racisme qui ont eu lieu et qui perdurent ». La minute d’après, coño (« con » en espagnol) nous transporte sans transition dans une chambre d’ado au style kawaii japonais – plus connu sous le vocable anglo-saxon de cuteness – pour une soirée pyjama entre adultes, comme le précise le programme. Derrière une rangée de vernis à ongles, Melania Maria Balmaceda Venegas et Marie Reid campent deux colocataires que l’on croirait surprendre en plein confinement, comme deux personnages de Beckett qui expérimentent le vide et l’absence au quotidien s’inscrivant dans une vacuité totale de l’existence. Enfermées dedans et en dedans. Concentrées sur leurs borborygmes en engloutissant un bubble tea devant la télé, se chamaillant et s’ennuyant à deux. Malgré quelques temps morts – est-ce vraiment voulu ? – les saynètes ciblent avec justesse et un humour amer une apathie terriblement contemporaine, où les sursauts de vie se déroulent surtout par les réseaux sociaux mais où, là encore, la mise en scène de soi tourne ridiculement à vide. De quoi renvoyer le public à sa propre vacuité…

coño

Texte, interprétation et mise en scène : Melania Maria Balmaceda Venegas, Marie Reid. Une production du Théâtre Fille Unique présentée à La Balustrade du Monument-National à l’occasion du Festival St-Ambroise Fringe de Montréal, jusqu’au 20 juin 2021.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *