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Critiques

PARC : Terrain glissant

Les Productions de L’Instable, spécialisées en création spontanée, nous proposent en ce moment au Théâtre Aux Écuries une nouvelle forme d’improvisation où la scénographie devient l’élément déclencheur de l’imaginaire des interprètes. Ainsi, à partir de sept modules et d’une douzaine de praticables agencés chaque soir différemment, Odile Gamache, conceptrice de l’espace, et Julie Basse, à l’éclairage, imposent aux comédiens et comédiennes une aire de jeu originale. En entrant dans l’arène, les six acteurs et actrices découvrent la zone scénique avec laquelle ils et elles devront composer et créer pendant l’heure et quart qui suivra.

Arach' Pictures - Najim Chaoui

Tel·les des enfants débarquant dans un parc d’attraction, les trois hommes et les trois femmes réagissent avec beaucoup de plaisir à leur nouvel environnement. Sautant, roulant, grimpant, rampant, criant, dansant et tapant sur les structures du décor, les artistes explorent toutes les possibilités que leur confèrent les escaliers, rampes et tunnels mis à leur disposition. Une fois l’apprivoisement terminé, tout s’arrête, plus un son, tombent les masques; la représentation peut commencer.

Mais avant, Dominiq Hamel, l’homme-orchestre, se dévoile. Délesté de son blouson, il tient en bandoulière un dispositif d’effets sonores portatif doté d’un amplificateur qui permettra, tout au long du spectacle, de proposer des atmosphères musicales et de ponctuer actions et émotions.

Amours impossibles

D’un braquage de banque qui se transforme en un règlement de compte entre adolescent·es à un camp de vacances où un groupe de moniteurs et de monitrices a perdu la trace d’un jeune surnommé Pop-Sicle qui a sûrement « fondu au large » lors d’une promenade en pédalo, la plupart des histoires inventées – et anecdotiques – vont dans toutes les directions. Celle bien amorcée du petit garçon enfermé dans le placard, tétanisé par un chien féroce fictif, se termine malheureusement en queue de poisson. Pensons aussi à cette envolée lyrique d’Anne-Marie Binette, dont la note finale sera la chute d’un message publicitaire pour la margarine Becel. On sent un peu trop souvent la recherche de la formule irrésistible du punch : recette et moteur créatif des ligues d’impro.

Arach' Pictures - Najim Chaoui

Un fil conducteur fort prometteur s’est toutefois dessiné. L’approfondir eût été heureux. Plusieurs propositions ont tourné autour de relations improbables, de désirs inassouvis comme ce futur prêtre (troublant Félix Beaulieu-Duchesneau) qui tente de se laver de l’attirance qu’il ressent pour une jeune femme ou encore cette mannequin en pleine ascension (impressionnante Cynthia Trudel) qui cache sa dépression. Et que dire de cette liaison non avouée entre deux policiers, amorcée en début de soirée et qui, subtilement, est venue la clore grâce à un Frédéric Barbusci inventif et allumé.

Sur papier, la démarche des Productions de L’Instable est innovante, mais il faudra s’approprier l’enceinte de la représentation de façon plus convaincante pour vraiment se démarquer des méthodes convenues. Peut-être qu’au soir de la première on a voulu trop en faire. On s’attend pour la suite des choses à des silences plus sentis, le temps d’éviter les raccourcis et pour que s’installe véritablement la magie de la création improvisée.

PARC

Idéation :Frédéric Barbusci et Rachel Gamache. Mise en scène et direction artistique : Frédéric Barbusci. Mise en espace (lumières) : Julie Basse, assistée de Joëlle Leblanc. Mise en espace (scénographie) : Odile Gamache. Conception musicale : Dominiq Hamel. Avec Frédéric Barbusci, Félix Beaulieu-Duchesneau, Anne-Marie Binette, Amélie Geoffroy, Dominiq Hamel et Cynthia Trudel. Une production des Productions de L’Instable présentée au Théâtre Aux Écuries jusqu’au 3 juillet 2021.

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