Critiques

Hermanitas : Toutes couleurs unies

Attendant impatiemment le retour de leurs parents de l’hôpital avec leur nouveau petit frère ou nouvelle petite sœur, Zola et Mélie s’occupent en chantant et en jouant, et se bercent de douceur en se racontant l’histoire familiale : la rencontre de maman, « pâle comme la lune », et de papa, « sombre comme la nuit », puis leur naissance, jumelles inséparables, l’une noire, l’autre blanche. Si elles se taquinent sur leurs traits de personnalité différents, elles sont néanmoins convaincues de leur ressemblance. Les coquilles brunes et blanches renferment le même œuf, philosophent-elles. La complicité et le plaisir du jeu dominent leur univers : nulle rivalité au sein de cette « sororie ».

 

La directrice du Théâtre des Petites Âmes, Isabelle Payant, qui, depuis 2007, propose des spectacles pour la petite enfance, puisant au théâtre d’objets et de marionnettes, s’est alliée ici Stéphane Heine et Robine Kaseka à la création, cette dernière partageant également la scène avec elle. Une structure de bois toute simple offre un décor multifonctionnel, abritant tour à tour le lit à deux étages des jumelles, le castelet des marionnettes, le lieu où se déploie le rêve de Zola et le garde-manger où la gourmande Mélie se cache pour grignoter la nuit. Il est comme toujours mignon de voir les bambin·es (ici de 2 ans et demi à 5 ans) mystifié·es par les jeux scéniques, par exemple lorsque les comédiennes, tapies derrière cette structure, font croire qu’une seule s’y trouve, son corps semblant s’étirer démesurément.

Cacao et sucre

Les sœurs se décrivent ainsi : Zola est cacao cuivré et Mélie, sucre doré. Elles se demandent avec un peu d’appréhension de quelle couleur sera la peau du nouveau membre de la famille. Zola fait d’ailleurs un rêve étrange dans lequel le bébé naît zébré ! Pour tromper l’attente, elles veulent préparer un gâteau marbré pour son arrivée. Les métaphores alimentaires versent certes un peu dans le cliché. Elles permettent toutefois de convier sur scène, de façon ludique, des pots à ingrédients dont les teintes déclinent l’éventail des carnations possibles pour les sœurs et le bébé attendu. Les fillettes s’amusent à enfariner leurs bras ou à les recouvrir de cacao en poudre pour changer leur couleur. Même le nom de la gardienne, Tata Morena (tante brune), traduit une volonté de représenter sur scène une diversité marquée par la couleur de la peau.

 

Isabelle Payant

Quelques flous narratifs embrouillent inutilement le spectacle. Tata Morena, qui est évoquée sans être présente sur scène, ne semble pas être leur tante, comme son nom l’indique. « Las hermanitas », les petites sœurs, ne sont pas hispanophones, comme on est porté à le croire, c’est leur gardienne qui les appelle ainsi. On comprend qu’elles sont plutôt afro-québécoises, sans que soit précisé le pays d’origine du père musicien. Dans le programme, on lit que leurs jolies ritournelles sont des chansons congolaises traditionnelles. On présume que les quelques mots affectueux qu’elles disent à leur père par visioconférence sont dans la même langue. Le choix de demeurer dans un vague culturel est un parti pris défendable, bien sûr, mais du moment qu’on fait entendre sur scène une langue étrangère, on inscrit tout de même l’histoire dans une culture donnée – qu’il aurait pu être fécond d’exploiter, d’ailleurs.

Au-delà de ces réserves, le très jeune public à qui s’adresse le Théâtre des Petites Âmes, dont c’est pour la plupart la toute première sortie au théâtre, quitte la Maison Théâtre habité par une rassurante atmosphère de complicité familiale et des images surprenantes, créées par la magie du spectacle. C’est déjà beaucoup… Nous savons aujourd’hui plus que jamais combien cette expérience est précieuse.

Hermanitas

Idéation : Isabelle Payant. Conception/création : Isabelle Payant et Stéphane Heine, avec la collaboration de Robine Kaseka. Lumières : Nancy Longchamp. Musique : Isabelle Payant et chansons traditionnelles congolaises. Avec Robine Kaseka et Isabelle Payant. Une production du Théâtre des Petites Âmes, présentée à la Maison Théâtre jusqu’au 17 octobre 2021.

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