Critiques

L’Histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste : Un jeu d’enfants à bride abattue

Compagnie de théâtre d’objets, La Pire Espèce investit tout le mois de mars le Théâtre Aux Écuries, où elle présente quatre spectacles en commençant sur les chapeaux de roue avec L’Histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste. Un road-trip poético-country pour deux acteurs-marionnettistes et leurs petites voitures, jalonné de récits familiaux, de rencontres improbables, d’inventions surprenantes, mais non dénué de quelques longueurs en chemin.

« L’Amérique mythique » décrite dans le programme de soirée, c’est celle des champs de maïs boueux, du blues aux voix maltées, de l’emprise de la religion et de l’alcool auquel on a recours pour s’y dérober, des bars et des stations d’essence quand il faut refaire le plein. C’est aussi l’histoire d’un père et de son fils qui s’apprivoisent, apprennent à se connaître en convoquant un autre mythe, celui du gars « ben ordinaire ». Pêche, bière, tracteur, « Entr’ deux joints » inéluctablement.

Tout ce petit monde émerge du coffre à jouets de Francis Monty et Alexandre Leroux, les créateurs-marionnettistes de L’Histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste. Le duo s’affaire autour d’une table d’où surgit une panoplie d’accessoires hétéroclites. Coton, capsules, chapelet, bouteilles et balai… les acteurs manipulent à vue les objets et l’imaginaire prend très vite le dessus, comme dans un jeu d’enfants qui carbure aux autos miniatures, fil rouge – littéralement – du spectacle.

Forte théâtralité

La fiction s’infiltre par tous les bords dans la création, et l’objet devient surtout un prétexte au jeu des comédiens. Jimmy, représenté par un camion à coffre ouvert (pick-up), est aussi incarné par Francis Monty avec une exubérance réjouissante. On se croirait catapulté dans un cartoon délirant rappelant ceux de Tex Avery. Le décapsulage de bière, à lui seul, vaut certainement le déplacement. Le bruitage fait mouche, particulièrement celui du cours paternel de pêche à la ligne : y réside tout l’art de maîtriser un « ploc » qui ne fasse pas « flop ». Le tandem de marionnettistes joue énergiquement la carte de l’humour et de l’ironie parodique. Pour entrer dans l’univers mythologique de l’Amérique, il fait défiler toute une galerie de personnages truculents : shérif constipé, prêtre endormant, agriculteur peu amène, gloire locale pseudo-italienne… Les femmes, malheureusement, semblent avoir été laissées sur le bas-côté.

Armelle Ilop

Avec plus ou moins de rythme et de fluidité s’enchaînent de nombreux tableaux comme autant de visions de l’Amérique profonde des années 1960. Parmi les plus réussis : une soirée au ciné-parc où les personnages finissent par se voir à l’écran. Au palmarès également, une vidange de voiture transformée en visite chez le dentiste, sans oublier une séance de lave-auto avec des guimauves et des cotons-tiges en guise de brosses à reluire.

Ces trouvailles confirment le talent de La Pire Espèce en théâtre d’objets. Elles évoquent simplement l’enfance, le rêve, le plaisir du jeu et les possibilités infinies de la transposition imaginaire. Certaines démonstrations tiennent un peu du gadget, mais, dans l’ensemble, la création donne lieu à de beaux effets et maintient une juste tonalité ludique. À découvrir en famille, à partir de 12 ans.

L’Histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste

Texte : Francis Monty. Création : Francis Monty et Alexandre Leroux. Conception des objets et des costumes : Julie Vallée-Léger. Collaboration à la création : Antoine Laprise et Antonia Leney-Granger. Assistance à la mise en scène : Martine Richard, Jonathan Cusson et Julie Brosseau-Doré. Conseils dramaturgiques : Jonathan Cusson. Idéation du personnage de Jimmy Jones : Pier Porcheron. Avec Francis Monty et Alexandre Leroux. Une production du Théâtre de la Pire Espèce présentée au Théâtre Aux Écuries jusqu’au 19 mars 2022.

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