Avec son rythme vif, La Blessure de l’autrice Gabrielle Lessard, en ce moment sur les planches de l’Espace Libre, résonne fortement par le regard critique qu’elle pose sur débats qui nous animent et qui finissent la plupart du temps en dialogue de sourd·es. Le titre révèle toute sa portée parce que l’on ressent bien cette brûlure intense d’un face-à-face avec la réalité environnementale et sociale actuelle que nul ne peut nier.
Il peut être difficile, de prime abord, de déceler une pointe d’espoir dans cette pièce chorale à la parole fougueuse et libérée. Un texte brillant, il faut le souligner. Un essai poétique et franc dans lequel plongent des comédiennes qui se livrent avec brio à une performance exigeante.
Le point de départ de ce qui prendra l’allure d’un affrontement est le refus, par conviction politique, du personnage d’Anne de se faire soigner après avoir reçu un diagnostic de cancer. Autour de cette femme cultivée, écoanxieuse, en colère, gravitent sa conjointe, sa sœur, une amie et sa mère : des figures féminines qui expriment vulnérabilité et lucidité face au monde qui les entoure, mais qui choisissent de mener leur traversée différemment, que ce soit en optant pour le déni ou pour une acceptation complice.
Une écriture et une distribution au diapason
En proie à son impuissance, Anne tente de briser l’inertie et d’éveiller la conscience collective de celles qui partagent sa vie. Par le geste radical de se laisser mourir plutôt que de nourrir un système qu’elle estime capitaliste et inhumain, elle cherche à rallumer ce qui est peut-être déjà mort. Où est la colère et est-il encore temps d’y recourir ? Gabrielle Lessard brosse le portrait de personnages réalistes, mais avec une pointe de caricature. Ils font émerger une réflexion autour du manque d’écoute et de recul qui peut survenir lorsque vient le moment de regarder les choses en face.
On finit par ressentir une grande empathie pour la sœur, avocate pragmatique qui n’est pas épargnée par la souffrance. Ou pour cette amie, autrice de livres de cuisine et maman optimiste qui essaie tant bien que mal de suivre le mouvement. Sans parler de la conjointe d’Anne, qui ne devient pas un monstre parce qu’elle est partie prenante du système. Quant à la mère, symbole d’un écart générationnel, elle incarne cette propension qu’ont certain·es à ignorer les problèmes évidents.
À travers les dialogues houleux, on perçoit que même bien assis·es dans nos certitudes, il y a des angles morts. Des subtilités que nous, spectateurs et spectatrices, décelons, mais qui échappent complètement aux protagonistes. Et tout cela, c’est grâce à un texte sans temps mort. Le flot des répliques ressemble au flot d’informations qui nous assaille tous les jours. On assiste à une sorte de chorégraphie verbale, entrecoupée de quelques monologues, au cœur des souvenirs d’Anne et aux débuts de son militantisme. Devant ce florilège de reproches et d’accusations qui fusent de part et d’autre, on oscille entre le rire et les larmes.
Le texte de Gabrielle Lessard, à lui seul, atteint son but. Il est d’ailleurs disponible en librairie. Il prend toutefois un tout autre élan grâce à la distribution fantastique composée de Lamia Benhacine, Marie-Anick Blais, Eve Duranceau, Monique Spaziani et Catherine Bouliane. Ces comédiennes agiles se donnent la réplique avec un naturel qui séduit et qui nous rend totalement investi·es dans leurs disputes. Ce sont elles qui insufflent ce mariage de comique et de drame à travers leurs gestes, leurs expressions, dans l’exagération des réactions des unes et des autres.
Le duo formé par Blais et Benhacine révèle une belle complicité de jeu malgré les personnalités diamétralement opposées de celles qu’elles campent. Cette complicité est au service de la fluidité de leur débit et de leur répartie. L’interprétation savoureuse de Monique Spaziani est tout en hyperbole, Catherine Bouliane exprime avec justesse le ras-le-bol de son personnage, tandis qu’Eve Duranceau s’avère très convaincante dans sa posture de personne dépassée par les événements. Lorsque toutes les actrices se retrouvent sur scène, à parler en se coupant ou par-dessus nos rires, on perçoit la force de la direction de Gabrielle Lessard, qui arrive à créer une cohésion à partir de ces forces vives.
Texte et mise en scène : Gabrielle Lessard. Concepteurs et conceptrices : Jasmine Kamruzamman, Wendy Kim Pires, Cédric ‑Delorme-Bouchard, Chloé Barshee, Marie Lépine, Olivier Hardy et Le Futur. Avec Lamia Benhacine, Marie‑Anick Blais, Eve Duranceau, Monique Spaziani et Catherine Bouliane. Une production du Théâtre PAF, présentée au Théâtre Espace Libre jusqu’au 9 avril 2022.
Avec son rythme vif, La Blessure de l’autrice Gabrielle Lessard, en ce moment sur les planches de l’Espace Libre, résonne fortement par le regard critique qu’elle pose sur débats qui nous animent et qui finissent la plupart du temps en dialogue de sourd·es. Le titre révèle toute sa portée parce que l’on ressent bien cette brûlure intense d’un face-à-face avec la réalité environnementale et sociale actuelle que nul ne peut nier.
Il peut être difficile, de prime abord, de déceler une pointe d’espoir dans cette pièce chorale à la parole fougueuse et libérée. Un texte brillant, il faut le souligner. Un essai poétique et franc dans lequel plongent des comédiennes qui se livrent avec brio à une performance exigeante.
Le point de départ de ce qui prendra l’allure d’un affrontement est le refus, par conviction politique, du personnage d’Anne de se faire soigner après avoir reçu un diagnostic de cancer. Autour de cette femme cultivée, écoanxieuse, en colère, gravitent sa conjointe, sa sœur, une amie et sa mère : des figures féminines qui expriment vulnérabilité et lucidité face au monde qui les entoure, mais qui choisissent de mener leur traversée différemment, que ce soit en optant pour le déni ou pour une acceptation complice.
Une écriture et une distribution au diapason
En proie à son impuissance, Anne tente de briser l’inertie et d’éveiller la conscience collective de celles qui partagent sa vie. Par le geste radical de se laisser mourir plutôt que de nourrir un système qu’elle estime capitaliste et inhumain, elle cherche à rallumer ce qui est peut-être déjà mort. Où est la colère et est-il encore temps d’y recourir ? Gabrielle Lessard brosse le portrait de personnages réalistes, mais avec une pointe de caricature. Ils font émerger une réflexion autour du manque d’écoute et de recul qui peut survenir lorsque vient le moment de regarder les choses en face.
On finit par ressentir une grande empathie pour la sœur, avocate pragmatique qui n’est pas épargnée par la souffrance. Ou pour cette amie, autrice de livres de cuisine et maman optimiste qui essaie tant bien que mal de suivre le mouvement. Sans parler de la conjointe d’Anne, qui ne devient pas un monstre parce qu’elle est partie prenante du système. Quant à la mère, symbole d’un écart générationnel, elle incarne cette propension qu’ont certain·es à ignorer les problèmes évidents.
À travers les dialogues houleux, on perçoit que même bien assis·es dans nos certitudes, il y a des angles morts. Des subtilités que nous, spectateurs et spectatrices, décelons, mais qui échappent complètement aux protagonistes. Et tout cela, c’est grâce à un texte sans temps mort. Le flot des répliques ressemble au flot d’informations qui nous assaille tous les jours. On assiste à une sorte de chorégraphie verbale, entrecoupée de quelques monologues, au cœur des souvenirs d’Anne et aux débuts de son militantisme. Devant ce florilège de reproches et d’accusations qui fusent de part et d’autre, on oscille entre le rire et les larmes.
Le texte de Gabrielle Lessard, à lui seul, atteint son but. Il est d’ailleurs disponible en librairie. Il prend toutefois un tout autre élan grâce à la distribution fantastique composée de Lamia Benhacine, Marie-Anick Blais, Eve Duranceau, Monique Spaziani et Catherine Bouliane. Ces comédiennes agiles se donnent la réplique avec un naturel qui séduit et qui nous rend totalement investi·es dans leurs disputes. Ce sont elles qui insufflent ce mariage de comique et de drame à travers leurs gestes, leurs expressions, dans l’exagération des réactions des unes et des autres.
Le duo formé par Blais et Benhacine révèle une belle complicité de jeu malgré les personnalités diamétralement opposées de celles qu’elles campent. Cette complicité est au service de la fluidité de leur débit et de leur répartie. L’interprétation savoureuse de Monique Spaziani est tout en hyperbole, Catherine Bouliane exprime avec justesse le ras-le-bol de son personnage, tandis qu’Eve Duranceau s’avère très convaincante dans sa posture de personne dépassée par les événements. Lorsque toutes les actrices se retrouvent sur scène, à parler en se coupant ou par-dessus nos rires, on perçoit la force de la direction de Gabrielle Lessard, qui arrive à créer une cohésion à partir de ces forces vives.
La Blessure
Texte et mise en scène : Gabrielle Lessard. Concepteurs et conceptrices : Jasmine Kamruzamman, Wendy Kim Pires, Cédric ‑Delorme-Bouchard, Chloé Barshee, Marie Lépine, Olivier Hardy et Le Futur. Avec Lamia Benhacine, Marie‑Anick Blais, Eve Duranceau, Monique Spaziani et Catherine Bouliane. Une production du Théâtre PAF, présentée au Théâtre Espace Libre jusqu’au 9 avril 2022.