Critiques

Noli : Théâtre pornographique

La représentation ou même la simple évocation de l’intimité et de la sexualité sur scène n’est pas une mince affaire. Un vétéran comme le dramaturge et metteur en scène Pascal Brullemans (Beauté, chaleur et mort, Éden) s’y frotte avec succès, mais l’aventure, dans son cas, se déroule depuis de nombreuses années Dans Noli, Virginie Daigle réussit de façon mitigée ce défi assez relevé, faut-il dire, quand l’on sort à peine des écoles de théâtre.

Il n’y a pas vraiment de conflit narratif ou d’arc dramatique dans Noli. La pièce s’apparente plutôt à une autofiction où Jule, une actrice en attente d’un bon rôle au théâtre ou à la télévision, travaille dans une garderie. Pendant que sa vie amoureuse s’encombre d’un amant égocentrique et qu’un rôle dans une série jeunesse risque de lui échapper, elle exerce sa créativité auprès d’enfants attachant·es. Elle découvrira également Noli, une application de pornographie auditive qui lui ouvrira de nouveaux horizons. 

La mise en scène, réalisée par la dramaturge et sa complice Joannie Vignola, s’avère l’élément le plus réussi de ce spectacle. Imaginons une garderie avec tout le décor, les jouets et les accessoires colorés que cela suppose. Si l’on y additionne une ingéniosité de tous les instants, l’on obtient une cruche d’eau qui imite une douche, un étui à crayon qui résonne comme une fermeture éclair et des livres pour enfants qu’on referme brusquement pour évoquer des ébats sexuels. 

Si un thème diaphane émerge de la pièce, il s’agit donc de la découverte de la sexualité. Chez les enfants, cela donne une façon inventive de parler de masturbation en mentionnant un « trésor » génital qui se doit de rester dans le domaine de l’intime. Les personnages chantent aussi de très belles comptines pour aborder la question du consentement, entre autres.

Texte problématique

Les interprètes – Virginie Daigle, Renaud Soublière, Lea St-Pierre et Eric Vega – se surpassent en changeant de registre constamment entre l’enfance et l’âge adulte. Le texte, cependant, s’étire trop longuement sur des descriptions explicites à caractère sexuel. Une fois, on a compris, mais deux et trois fois sans que ces scènes, bien montées et jouées disions-nous, n’apportent quoi que ce soit de nouveau au récit… on frôle les répétitions gênantes. 

Le programme de soirée fait valoir qu’il s’agit ici de sexualité « féministe et bienveillante » comme si c’était quelque chose de quelque peu inédit dans l’écriture des femmes. Désolé, mais non, et cela autant en littérature qu’au théâtre. Dans un registre fort différent, avouons-le, La Fureur de ce que je pense, aussi à l’affiche en ce moment, fait éclore des angles différents et une parole autrement plus forte et poétique. 

N’est pas Nelly Arcan qui veut, soit, mais en quoi les fantasmes de domination ou de trios sexuels, vieux comme le monde et plutôt masculins d’ailleurs, apportent-ils une perspective nouvelle au sujet de la découverte de la sexualité. Que cela provienne de l’imagination d’une femme n’a rien de particulièrement original non plus. 

Reste que nous sommes devant de jeunes artistes aux multiples talents, indéniables et réjouissants. On les suivra ailleurs que sur ce terrain visqueux avec intérêt. 

Noli

Texte : Virginie Daigle. Mise en scène : Joannie Vignola et Virginie Daigle. Assistance à la mise en scène : Mathilde Boudreau. Scénographie : Amélie Marchand et Joannie Vignola. Costumes et accessoires : Maryanna Chan. Lumières : Joannie Vignola. Conception sonore : Lea St-Pierre, avec le soutien d’Eric Vega et de Renaud Soublière. Spatialisation sonore : Frédéric Auger. Conseils dramaturgiques : Julie-Anne Ranger-Beauregard. Conseils éthiques et artistiques : Stéphane Crête. Mentorat : Paméla Dumont. Collaborations artistiques : Geneviève Jacob et Maxime Pouliot. Harmonies pour« La Chanson du vent » : Paul Keenan. Collaboration à la musique et aux paroles pour les chansons « Pas d’câlin » et « Tu peux pleurer » : Yves Marchand. Avec Virginie Daigle, Renaud Soublière, Lea St-Pierre et Eric Vega. Une production de Virginie Daigle, en coproduction avec Carte Blanche, présentée à la salle intime du Théâtre Prospero du 8 au 26 novembre 2022.

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