Avec D.écimées, Les Gorgones abordent l’adoption et le processus des retrouvailles à travers la quête des origines d’une mère et de sa fille. La compagnie multidisciplinaire de Québec infuse le récit théâtral de données historiques, de danse et de musique, en liant le thème de la filiation à la découverte de racines autochtones.
Le projet est porté par Marie-Eve Chabot Lortie qui signe un texte inspiré d’éléments biographiques et d’une recherche documentaire, ainsi que la mise en scène. La représentation s’ouvre sur un collage de voix donnant des dates de naissance, puis se penchant sur un moment en famille où les hommes racontent l’histoire de leur venue au monde.
Marie-Anne (Myriam Lenfesty) écoute les récits colorés de son copain et de son père. Sa mère Lise (Agnès Zacharie) se renfrogne. Aux funérailles de la grand-mère, la vérité sort : Lise a été adoptée et cette blessure, profonde, se transforme chez sa fille en enquête fiévreuse et entêtée.
Il y aurait eu matière à se lancer dans une grande fresque sociologique. Mais plutôt que de s’appuyer sur un florilège de témoignages et de données pour composer un documentaire choral, Les Gorgones ont choisi de se concentrer sur les deux femmes.
Si on sort de la salle en ayant appris plusieurs éléments importants à propos des lois liées à l’adoption au Québec et à ce pan de notre histoire, on est cependant loin d’avoir fait le tour de la question. Ça demeure un arrière-plan méditatif, un mélange d’informations et de pensées qui se bousculent dans la tête du personnage de Marie-Anne.
Plusieurs scènes, toutefois, se démarquent par leur équilibre entre l’affect et l’intellect. Une conférence sur les séquelles laissées par la séparation d’un poupon et de sa mère est livrée de main de maître par Lise Castonguay, et ce, malgré un distrayant problème de micro à la première. Pour sa part, Catherine Côté incarne avec une belle justesse une femme qui narre la rencontre de ses deux mères, biologique et adoptive.
Par contre, en fin de course, une incursion dans une communauté malécite aurait pu être pleinement lumineuse, si elle n’avait pas versé dans la démagogie.
Entre poésie et humour
La pièce est enveloppée d’une certaine poésie. Le décor est fait de plusieurs zones, habillées de bois, de tissus et de vidéo. Les retours dans le temps y flottent comme des bulles : des images d’archives de crèches défilent, des religieuses font un sapin de Noël sur scène, et les parents de Lise valsent, jeunes et amoureux.
La danseuse d’origine wendat Catherine Dagenais-Savard, qui apparaît sur un plateau surélevé partiellement caché par un rideau de fibres textiles, incarne la grand-mère inconnue, dont le portrait deviendra de plus en plus précis. Pour renforcer cette filiation, le personnage de Marie-Anne est également une interprète de danse contemporaine qui travaille à un solo sur ses racines, ce qui donnera lieu à plusieurs beaux moments chorégraphiés pendant le spectacle.
L’humour est aussi bien présent dans certaines scènes : un téléjournal humoristique, une tribune téléphonique de radio communautaire que ne renierait pas François Pérusse, l’émission Les retrouvailles de Claire Lamarche passée à la moulinette de la caricature. Ces moments comiques appuyés visent probablement à alléger un sujet émotionnellement chargé, mais ils détonnent beaucoup.
C’est d’ailleurs la principale faiblesse de D.écimées, qui comporte plusieurs éléments intéressants et évocateurs, mais qui manque, de manière générale, de cohésion. L’espace scénique où les lieux se multiplient, le propos qui part dans plusieurs directions et le mélange éclectique de tons créent un certain éparpillement. On salue tout de même la sensibilité de la démarche et de ce premier texte de Marie-Eve Chabot Lortie.
Texte et mise en scène : Marie-Eve Chabot Lortie. Assistance à la mise en scène : Marie-Josée Godin. Conception de la lumière et de la vidéo : Keven Dubois. Conception du décor et des accessoires : Dominique Giguère. Conception des costumes : Mélanie Robinson. Compositeur : Mathieu Turcotte. Direction du mouvement : Jean-François Duke. Avec Catherine Côté, Agnès Zacharie, Myriam Lenfesty, Élie St-Cyr, Jocelyn Paré, Éric Leblanc, Lise Castonguay et Catherine Dagenais-Savard. Une production de la compagnie Les Gorgones, présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 1er avril 2023.
Avec D.écimées, Les Gorgones abordent l’adoption et le processus des retrouvailles à travers la quête des origines d’une mère et de sa fille. La compagnie multidisciplinaire de Québec infuse le récit théâtral de données historiques, de danse et de musique, en liant le thème de la filiation à la découverte de racines autochtones.
Le projet est porté par Marie-Eve Chabot Lortie qui signe un texte inspiré d’éléments biographiques et d’une recherche documentaire, ainsi que la mise en scène. La représentation s’ouvre sur un collage de voix donnant des dates de naissance, puis se penchant sur un moment en famille où les hommes racontent l’histoire de leur venue au monde.
Marie-Anne (Myriam Lenfesty) écoute les récits colorés de son copain et de son père. Sa mère Lise (Agnès Zacharie) se renfrogne. Aux funérailles de la grand-mère, la vérité sort : Lise a été adoptée et cette blessure, profonde, se transforme chez sa fille en enquête fiévreuse et entêtée.
Il y aurait eu matière à se lancer dans une grande fresque sociologique. Mais plutôt que de s’appuyer sur un florilège de témoignages et de données pour composer un documentaire choral, Les Gorgones ont choisi de se concentrer sur les deux femmes.
Si on sort de la salle en ayant appris plusieurs éléments importants à propos des lois liées à l’adoption au Québec et à ce pan de notre histoire, on est cependant loin d’avoir fait le tour de la question. Ça demeure un arrière-plan méditatif, un mélange d’informations et de pensées qui se bousculent dans la tête du personnage de Marie-Anne.
Plusieurs scènes, toutefois, se démarquent par leur équilibre entre l’affect et l’intellect. Une conférence sur les séquelles laissées par la séparation d’un poupon et de sa mère est livrée de main de maître par Lise Castonguay, et ce, malgré un distrayant problème de micro à la première. Pour sa part, Catherine Côté incarne avec une belle justesse une femme qui narre la rencontre de ses deux mères, biologique et adoptive.
Par contre, en fin de course, une incursion dans une communauté malécite aurait pu être pleinement lumineuse, si elle n’avait pas versé dans la démagogie.
Entre poésie et humour
La pièce est enveloppée d’une certaine poésie. Le décor est fait de plusieurs zones, habillées de bois, de tissus et de vidéo. Les retours dans le temps y flottent comme des bulles : des images d’archives de crèches défilent, des religieuses font un sapin de Noël sur scène, et les parents de Lise valsent, jeunes et amoureux.
La danseuse d’origine wendat Catherine Dagenais-Savard, qui apparaît sur un plateau surélevé partiellement caché par un rideau de fibres textiles, incarne la grand-mère inconnue, dont le portrait deviendra de plus en plus précis. Pour renforcer cette filiation, le personnage de Marie-Anne est également une interprète de danse contemporaine qui travaille à un solo sur ses racines, ce qui donnera lieu à plusieurs beaux moments chorégraphiés pendant le spectacle.
L’humour est aussi bien présent dans certaines scènes : un téléjournal humoristique, une tribune téléphonique de radio communautaire que ne renierait pas François Pérusse, l’émission Les retrouvailles de Claire Lamarche passée à la moulinette de la caricature. Ces moments comiques appuyés visent probablement à alléger un sujet émotionnellement chargé, mais ils détonnent beaucoup.
C’est d’ailleurs la principale faiblesse de D.écimées, qui comporte plusieurs éléments intéressants et évocateurs, mais qui manque, de manière générale, de cohésion. L’espace scénique où les lieux se multiplient, le propos qui part dans plusieurs directions et le mélange éclectique de tons créent un certain éparpillement. On salue tout de même la sensibilité de la démarche et de ce premier texte de Marie-Eve Chabot Lortie.
D.écimées
Texte et mise en scène : Marie-Eve Chabot Lortie. Assistance à la mise en scène : Marie-Josée Godin. Conception de la lumière et de la vidéo : Keven Dubois. Conception du décor et des accessoires : Dominique Giguère. Conception des costumes : Mélanie Robinson. Compositeur : Mathieu Turcotte. Direction du mouvement : Jean-François Duke. Avec Catherine Côté, Agnès Zacharie, Myriam Lenfesty, Élie St-Cyr, Jocelyn Paré, Éric Leblanc, Lise Castonguay et Catherine Dagenais-Savard. Une production de la compagnie Les Gorgones, présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 1er avril 2023.