Nuages en pantalon – compagnie de création célèbre plus de 20 ans d’activités en plongeant dans son répertoire pour faire revivre un spectacle dont les envolées chorégraphiques, le ludisme et la délicieuse étrangeté poétique sont portées par l’esprit du compositeur Erik Satie.
Cette recréation de Satie, agacerie en tête de bois, présentée au Théâtre Périscope, permet de renouer avec des éléments qui nous ont manqué, au théâtre, ces derniers temps. On savoure la dimension corporelle, charnelle, incarnée de l’interprétation. La trame narrative, où la musique prend presque plus de place que les mots, parle autant à la tête qu’au cœur. Surtout, le parti-pris de laisser résonner les images sans avoir à tout expliquer, à tout appuyer, fait un bien fou en cette ère où l’on martèle, l’on surligne, l’on renchérit à grand renfort d’artifices pour retenir notre attention fuyante.
Idée originale de Patrick Ouellet, qui interprète Satie, la pièce se veut un portrait impressionniste du créateur inclassable. Précurseur du néoclassicisme et du minimalisme, le compositeur et pianiste français avait un penchant pour l’absurde, un humour vif et une âme tourmentée. Le manque cruel de reconnaissance de son vivant et un dépit amoureux ont creusé en lui les sillons d’un profond mal-être, dont les affres ont tranquillement étouffé la flamboyance joyeuse de son esprit libre. Son histoire et sa musique sont à la fois insolites, lumineuses et infiniment tristes, ce qui donne une matière formidable pour créer à la manière de Nuages en pantalon.
On l’oublie parfois, en regardant ses dernières productions, mais la compagnie, dont le nom est tiré d’un poème langoureusement explosif de Vladimir Maïakovski, a mis la danse, la musique et l’exploration scénographique au cœur de ses premières créations. Satie, agacerie en tête de bois en est un exemple probant.
Après un prélude un peu scolaire, où quatre personnages discutent de Satie avant de pénétrer dans son appartement, cocon créatif où il ne laissait entrer personne, nous plongeons rapidement dans le monde du musicien. Nous sommes d’abord guidés par le personnage lui-même, dont Patrick Ouellet dose et incarne avec brio toutes les facettes, avant de flotter, de plus en plus, dans les moments dansés et les images créées avec divers accessoires emblématiques.
Images soignées et magiques
Le décor est fait d’un mur de papier à musique, qui donne un arrière-fond texturé, d’une porte centrale qui s’ouvre sur un placard et sur des images scéniques soigneusement cadrées, sensuelles et évocatrices, et d’un piano, dont le banc est muni d’une grande traîne de partitions gribouillées et froissées.
Parapluies noirs, chapeau melon et lunettes rondes sont agencés tout du long pour évoquer Satie, comme une marionnette invisible ou un personnage articulé. Les parapluies deviennent aussi, à deux moments clés — celui du coup de foudre avec Suzanne Valadon et la très belle finale — des cœurs qui pulsent, comme des méduses, avec un émoi palpable.
Les interprètes qui gravitent autour de Ouellet incarnent des acteurs de la vie de Satie, mais aussi des créations de son esprit. Jean-Philippe Joubert, qui guide la mise en scène orchestrée en équipe, joue un critique avec qui le compositeur se lancera dans un duel truculent. Marie-Hélène Lalande et Mélissa Merlo interprètent, en alternance, une petite fille aux yeux verts, incarnation de sa muse et du destin qui le guette.
Avec Jocelyn Paré, la troupe forme souvent une sorte de chœur qui donne de l’ampleur aux émotions et aux musiques de Satie, par les mouvements de leurs corps. L’image de leurs dos nus, qui ondulent comme des volutes au-dessus du piano, caressés par des éclairages soignés, est envoûtante. La musique de Satie, offerte presque en continu durant la représentation, enveloppe le tout d’un écrin sublime.
Il fait bon réentendre cette partition théâtrale à la précision et à l’expressivité rares, qui donne envie de réécouter en boucle Gymnopédies et Gnossiennes et de revoir d’autres pièces marquantes de la compagnie, comme la trilogie Eau. Vivement d’autres recréations de cette trempe.
Textes et musique : Érik Satie. Idée originale : Patrick Ouellet. Création originale (2004) : Claudia Gendreau, Jean-Philippe Joubert, Valérie Laroche, Patrick Ouellet, Caroline Tanguay et Klervi Thienpont. Recréation (2023) : Claudia Gendreau, Jean-Philippe Joubert, Marie-Hélène Lalande, Valérie Laroche, Olivier Normand et Patrick Ouellet. Mise en scène : Jean-Philippe Joubert avec la collaboration de l’équipe de création. Avec Jean-Philippe Joubert, Marie-Hélène Lalande, Valérie Laroche et/ou Mélissa Merlo, Jocelyn Paré et Patrick Ouellet. Conception visuelle : Claudia Gendreau. Traitement sonore : François Leclerc. Éclairages : Jean-Philippe Joubert assisté d’Emilie Potvin. Décor et accessoires : Claudia Gendreau. Costumes : Julie Morel. Une production de Nuages en pantalon – compagnie de création présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 6 mai 2023.
Nuages en pantalon – compagnie de création célèbre plus de 20 ans d’activités en plongeant dans son répertoire pour faire revivre un spectacle dont les envolées chorégraphiques, le ludisme et la délicieuse étrangeté poétique sont portées par l’esprit du compositeur Erik Satie.
Cette recréation de Satie, agacerie en tête de bois, présentée au Théâtre Périscope, permet de renouer avec des éléments qui nous ont manqué, au théâtre, ces derniers temps. On savoure la dimension corporelle, charnelle, incarnée de l’interprétation. La trame narrative, où la musique prend presque plus de place que les mots, parle autant à la tête qu’au cœur. Surtout, le parti-pris de laisser résonner les images sans avoir à tout expliquer, à tout appuyer, fait un bien fou en cette ère où l’on martèle, l’on surligne, l’on renchérit à grand renfort d’artifices pour retenir notre attention fuyante.
Idée originale de Patrick Ouellet, qui interprète Satie, la pièce se veut un portrait impressionniste du créateur inclassable. Précurseur du néoclassicisme et du minimalisme, le compositeur et pianiste français avait un penchant pour l’absurde, un humour vif et une âme tourmentée. Le manque cruel de reconnaissance de son vivant et un dépit amoureux ont creusé en lui les sillons d’un profond mal-être, dont les affres ont tranquillement étouffé la flamboyance joyeuse de son esprit libre. Son histoire et sa musique sont à la fois insolites, lumineuses et infiniment tristes, ce qui donne une matière formidable pour créer à la manière de Nuages en pantalon.
On l’oublie parfois, en regardant ses dernières productions, mais la compagnie, dont le nom est tiré d’un poème langoureusement explosif de Vladimir Maïakovski, a mis la danse, la musique et l’exploration scénographique au cœur de ses premières créations. Satie, agacerie en tête de bois en est un exemple probant.
Après un prélude un peu scolaire, où quatre personnages discutent de Satie avant de pénétrer dans son appartement, cocon créatif où il ne laissait entrer personne, nous plongeons rapidement dans le monde du musicien. Nous sommes d’abord guidés par le personnage lui-même, dont Patrick Ouellet dose et incarne avec brio toutes les facettes, avant de flotter, de plus en plus, dans les moments dansés et les images créées avec divers accessoires emblématiques.
Images soignées et magiques
Le décor est fait d’un mur de papier à musique, qui donne un arrière-fond texturé, d’une porte centrale qui s’ouvre sur un placard et sur des images scéniques soigneusement cadrées, sensuelles et évocatrices, et d’un piano, dont le banc est muni d’une grande traîne de partitions gribouillées et froissées.
Parapluies noirs, chapeau melon et lunettes rondes sont agencés tout du long pour évoquer Satie, comme une marionnette invisible ou un personnage articulé. Les parapluies deviennent aussi, à deux moments clés — celui du coup de foudre avec Suzanne Valadon et la très belle finale — des cœurs qui pulsent, comme des méduses, avec un émoi palpable.
Les interprètes qui gravitent autour de Ouellet incarnent des acteurs de la vie de Satie, mais aussi des créations de son esprit. Jean-Philippe Joubert, qui guide la mise en scène orchestrée en équipe, joue un critique avec qui le compositeur se lancera dans un duel truculent. Marie-Hélène Lalande et Mélissa Merlo interprètent, en alternance, une petite fille aux yeux verts, incarnation de sa muse et du destin qui le guette.
Avec Jocelyn Paré, la troupe forme souvent une sorte de chœur qui donne de l’ampleur aux émotions et aux musiques de Satie, par les mouvements de leurs corps. L’image de leurs dos nus, qui ondulent comme des volutes au-dessus du piano, caressés par des éclairages soignés, est envoûtante. La musique de Satie, offerte presque en continu durant la représentation, enveloppe le tout d’un écrin sublime.
Il fait bon réentendre cette partition théâtrale à la précision et à l’expressivité rares, qui donne envie de réécouter en boucle Gymnopédies et Gnossiennes et de revoir d’autres pièces marquantes de la compagnie, comme la trilogie Eau. Vivement d’autres recréations de cette trempe.
Satie, agacerie en tête de bois
Textes et musique : Érik Satie. Idée originale : Patrick Ouellet. Création originale (2004) : Claudia Gendreau, Jean-Philippe Joubert, Valérie Laroche, Patrick Ouellet, Caroline Tanguay et Klervi Thienpont. Recréation (2023) : Claudia Gendreau, Jean-Philippe Joubert, Marie-Hélène Lalande, Valérie Laroche, Olivier Normand et Patrick Ouellet. Mise en scène : Jean-Philippe Joubert avec la collaboration de l’équipe de création. Avec Jean-Philippe Joubert, Marie-Hélène Lalande, Valérie Laroche et/ou Mélissa Merlo, Jocelyn Paré et Patrick Ouellet. Conception visuelle : Claudia Gendreau. Traitement sonore : François Leclerc. Éclairages : Jean-Philippe Joubert assisté d’Emilie Potvin. Décor et accessoires : Claudia Gendreau. Costumes : Julie Morel. Une production de Nuages en pantalon – compagnie de création présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 6 mai 2023.