Critiques

Uasheiau : trouer les nuages : Ni lu, ni vu, ni connu

© David Ospina

Le Festival du Jamais Lu nous a habitué∙es à des surprises, des moments inédits et des paroles incandescentes dans le passé. Le spectacle d’ouverture de la 23e édition a fait encore une fois honneur à ce rendez-vous annuel de découvertures dramaturgiques. Mais jamais comme dans jamais lu, ni vu, ni connu, on avait assisté à un aussi joyeux festin comme ce spectacle, fort bienvenu dans les circonstances moroses qui sont les nôtres, Uasheiau : trouer les nuages, préparé et animé par l’artiste innue Soleil Launière et ses deux belles-filles.

Le concept de départ, donner aux enfants les commandes d’une création unique empreinte de vie, a donné lieu à une soirée d’une grande liberté, réjouissante et sensible. Le thème de l’événement, « Attiser la lumière », a été servi à toutes les sauces avec beaucoup d’imprévus et de moments émouvants. Avec autant de jeunes gens sur scène que dans la salle, les artistes et leur progéniture, biologique ou non et peu importe, ont lu, joué, chanté (on y a même entendu une chanson en atikamekw ainsi que la voix chaude de Feu Jean-Pierre Ferland) et dansé en abordant de juste façon des thématiques comme le ravissement, la solidarité, l’environnement, la tolérance, la collectivité et la diversité.

© David Ospina

Adjuvants

Ces propos ont été soulignés, encadrés et ornementés par des adjuvants adultes faisant preuve d’un sens de l’improvisation et d’un esprit festif de tous les instants. Pour que l’on puisse trouer les nuages avec de la lumière, il a également été utile de nommer les cumulus et les stratus qui s’accumulent au-dessus de nos têtes : la Palestine, le sous-financement des arts, la planète qui se meurt, l’isolement, le racisme, la mauvaise humeur et les disputes futiles des plus vieux aux yeux des plus jeunes, disons-le. Mais rien n’allait empêcher artistes et public de célébrer le fait d’être vivant∙es, d’être connecté∙es et de faire éclater la joie du mieux-être ensemble. Dans un chaos ludique et un espoir candide que seuls les enfants pouvaient susciter.

Le 23e Festival est donc bien lancé. Il se poursuit pendant huit jours au Théâtre aux Écuries avec des lectures pour jeunes et adultes, des ateliers, des performances et des classes de maître qui se dérouleront dans cette même effervescence issue de la nouveauté et du renouveau de cœurs qui battent à l’unisson.

Uasheiau : trouer les nuages

Idéation et animation : Soleil Launière, Élodie Lessard Charron et Éléonore Lessard Charron. Duos de performeurs et de performeuses : Catherine Boivin et Maskowisi, Alice Dorval et Barthélémy, Papy Mbwiti et Chloé, Ève Presseault et Aimée, Sabina Rony et Aza Kaöna, Elkahna Talbi et Romane, Xavier Watso avec Léonie et Arthur, Hodan Ismaël Youssouf et Zuma. Interprète LSQ français : Marie Penelle. Musique en direct : Zepha et Nahualie. Présenté en spectacle d’ouverture lors du 23e Festival du Jamais Lu, le 3 mai 2024.

Mario Cloutier

À propos de

Journaliste depuis 30 ans, Mario Cloutier est spécialisé en arts et culture après avoir été chef de division aux arts (La Presse), correspondant parlementaire (La Presse, Le Devoir) et rédacteur de nouvelles à la radio (Radio-Canada). Membre du comité de rédaction et rédacteur en chef de JEU, il siège aussi aux conseils d’administration de l’Association des journalistes indépendants du Québec et de la revue Séquences. Dans les arts vivants, c’est la poésie qui le passionne, celle que l’on retrouve dans des créations originales, sortant des sentiers battus.